V. — La marque de l’infantile dans la psychologie individuelle et collective. La réalisation du désir dans le rêve et le mythe

La brève description que j’ai faite ne donne qu’une notion incomplète des sources multiples qui confluent dans la légende de Prométhée. Cette investigation est d’une haute portée scientifique. Elle a conduit à l’abandon de la conception classique du mythe comme expression imagée d’une pensée religieuse ou philosophique. Kuhn chercha à montrer que tout mythe repose sur une conception de la nature. Il prouva que chaque mythe renferme, en deçà du contenu immédiatement appréhendé grâce aux mots, un contenu latent qui se cache derrière les expressions symboliques26. Celui qui connaît la méthode freudienne d’interprétation des rêves et la théorie qui en découle remarquera les analogies importantes avec l’interprétation de la légende de Prométhée par Kuhn. Lorsque la même méthode d’investigation s’applique à des formations apparemment aussi différentes que le rêve et le mythe, on peut y voir une nouvelle confirmation de l’hypothèse que ces différences masquent une parenté. L’exemple de la légende de Prométhée nous servira à prouver la parenté psychologique du rêve et du mythe.

Le mythe de Prométhée — dans la mesure, où il nous intéresse ici — peut être raconté en peu de mots. L’interprétation qui nous a découvert le vrai sens de ces quelques mots en a exigé bien plus. Il en est de même pour le rêve car, même court, il contient infiniment plus que son récit ne permet de le supposer. Comme Freud l’a remarqué pour le rêve, le mythe aussi cache un contenu latent derrière le contenu manifeste. Pour l’atteindre, il faut une technique d’interprétation. Comme pour le rêve, ce procédé doit dévoiler l’ensemble du matériel de représentations et de sentiments qui s’exprime dans le mythe.

Les différences plus ou moins marquées des contenus latent et manifeste expliquent que l’intéressé ne soit que rarement en mesure de comprendre son rêve. Il déclare le rêve absurde, déraisonnable, il s’élève contre la recherche d’un sens ; s’il tente vraiment de pénétrer la signification de son rêve, il en donne une explication insuffisante, ne s’inspirant que du contenu manifeste. Une collectivité ne fait pas autrement ! Elle ne comprend pas davantage le contenu latent de ses mythes ; elle en donne une explication trop limitée. Les exemples le montrent bien. Les rêves de la mort des proches — dont nous avons déjà parlé — sont régulièrement interprétés de façon erronée par les intéressés. De même, les Grecs méconnaissaient le sens réel de la légende de Prométhée et la signification du nom de Prométhée. Nous reviendrons sur ce point.

Il faudrait expliquer le fait que la collectivité formatrice de mythes se conduit vis-à-vis de ses créations comme le rêveur vis-à-vis de ses rêves. Freud nous apporte la clef de cette énigme. Sa théorie du rêve culmine dans cette phrase : Le rêve est un fragment dépassé de la vie psychique infantile. Cette affirmation n’est pas d’emblée compréhensible. La conception de Freud s’est élaborée de la façon suivante. Notre mémoire conserve bien plus d’impressions que celles auxquelles le souvenir a ordinairement accès. Il en est en particulier ainsi des réminiscences qui sont marquées d’un sentiment pénible et que nous « oublions » volontiers. Elles ne sont pas absolument éteintes, mais simplement soustraites à la reproduction volontaire. Nous avons déjà fait connaissance de ce processus de refoulement dans l’inconscient. Nous avons coutume d’écarter de la conscience les souhaits non accomplis ou irréalisables en raison des émotions pénibles qui leur sont liées. Les rêves tissent la part majeure et essentielle de leur matériel à partir des représentations refoulées ; seule, une proportion réduite du contenu onirique est de nature actuelle, récente. Il en est de même lorsque des phénomènes pathologiques troublent l’activité consciente. Là aussi, d’anciennes réminiscences émergent d’un refoulement profond. Nous pouvons l’observer tout particulièrement dans l’hystérie et la démence précoce. La conception du refoulement est indispensable pour expliquer les symptômes morbides les plus variés. Les souvenirs refoulés proviennent de toutes les époques de la vie. Une analyse exacte peut prouver que le fondement ultime d’un rêve ou d’un symptôme de la maladie considérée est une réminiscence infantile. L’enfant accomplit ses désirs, mêmes actuels et non refoulés et pour autant qu’ils ne se réalisent pas par des fantasmes diurnes ou oniriques. À un âge plus avancé, cette activité fantasmatique se limite essentiellement au sommeil. Dans le rêve, l’adulte conserve non seulement sa façon enfantine de penser, mais encore les objets de cette période. Les désirs et les événements infantiles déposés dans l’inconscient ne sont qu’apparemment oubliés. Là, ils attendent en quelque sorte que le sujet vive un événement analogue à celui de l’enfance. Cette analogie étaie l’assimilation des deux événements. Le souvenir infantile subit un renforcement dans l’inconscient. Lorsqu’il a atteint une certaine intensité, il s’impose dans le rêve du sujet sain, dans les manifestations pathologiques du névrosé ou du psychotique. Deux conditions doivent être remplies : l’abaissement de l’activité consciente que réalisent Je rêve et certains états morbides, et un motif actuel. En général, on n’est guère enclin à ménager aux événements vécus et aux désirs infantiles la place que je leur accorde avec Freud. On objectera que les intérêts infantiles sont écrasés par d’autres, tout différents, mais il s’avérera qu’il ne s’agit là que d’une objection apparente. Jusqu’à la parution en 1895 des Études sur l'hystérie de Breuer et Freud, la signification des émois et des réminiscences infantiles pour la psychologie normale et pathologique n’avait jamais été vraiment appréciée. C’est le mérite de ces deux auteurs d’avoir attiré l’attention sur la signification des réminiscences infantiles. Au cours des années suivantes, Freud a continuellement élaboré cette théorie. Si les conceptions sur la signification des événements infantiles ont subi des modifications essentielles, la théorie des « infantilismes psychiques »27 n’a nullement été abandonnée. Il nous est possible d’expliquer pourquoi les réminiscences infantiles précoces ont une telle influence sur le développement psychique de l’individu. Si les événements qui frappent l’enfant sont souvent d’origine externe, sans rapport avec son individualité, il en est d’autres qui précisément en surgissent. J’ai essayé de le prouver pour certains événements vécus de nature sexuelle dans deux articles28. Nous pouvons formuler en termes généraux que l’enfant doit une partie des événements qu’il a vécus et probablement les plus impressionnants à des émois internes, innés. Il faut ajouter que l’enfant en bas âge n’a pas encore appris à subordonner ses désirs à des désirs étrangers pour des motifs éthiques, qu’il n’est pas encore blasé mais réceptif à toutes les impressions et qu’ainsi, il réagit avec une vive intensité.

Les souvenirs tardifs sont assimilés à ceux de l’enfance. En particulier les souvenirs refoulés ultérieurs prennent place près des désirs infantiles refoulés. Je rappelle ici la préférence infantile du fils pour la mère, sa rivalité avec le père et les désirs qui sont liés à ces émotions. Une cause actuelle réveille ces souvenirs d’enfance. Ils trouvent maintenant leur expression dans un rêve. Cet exemple parmi d’autres éclaire le sens de ce que Freud a dit du rêve : un fragment de vie psychique infantile dépassée.

Dans le rêve, l’activité fantasmatique infantile et ses objets survivent. Ainsi apparaît l’analogie entre le mythe et le rêve. Le mythe tire son origine d’une période de la vie de la collectivité depuis longtemps révolue et que nous pourrions appeler son enfance. Il est facile de justifier cette comparaison. Une expression que Freud utilise dans la Science des rêves illustre bien cet état de fait. À propos de la période de l’enfance dont nous ne nous souvenons pas clairement, il parle de l’époque préhistorique du sujet. Si les réminiscences de ce temps sont imprécises, elles n’en ont pas moins laissé des impressions. Les désirs qui nous tenaient à cœur en ce temps-là et dont nous ne nous souvenons qu’imparfaitement n’ont pas totalement disparu, ils ont seulement été refoulés et vivent dans nos fantasmes oniriques. Il en est de même des mythes. Ils ont pris naissance au temps préhistorique de la collectivité, dont nous n’avons aucun témoignage précis. Ils contiennent des réminiscences de son enfance. La théorie de la réalisation du désir dans le rêve peut-elle être transposée au mythe ?

Je le prétends et prenant appui sur Freud, je formule ainsi mon point de vue : Le mythe est un fragment dépassé de la vie psychique infantile de la collectivité. Il contient (sous une forme voilée) les désirs de l’enfance de la collectivité.

Nous avons déjà rencontré des preuves importantes étayant cette conception en analysant certains mythes et des rêves « typiques ». Nous avons reconnu que la légende d’Œdipe exprimait la sexualité infantile tout comme certains rêves. Le transfert29 sexuel du fils sur la mère donne lieu à des désirs qui, comme bien d’autres, subissent le refoulement. L’éducation de l’être humain n’est rien d’autre qu’un refoulement contraint et systématique des émois innés.

Ces pulsions pouvaient se réaliser pendant la jeunesse de la collectivité, alors que les relations étaient plus naturelles, que les conventions n’avaient pas encore pris une forme rigide. Au cours d’une période plus tardive, elles furent refoulées par un processus que nous pouvons mettre en parallèle avec le refoulement individuel. Mais elles ne succombèrent pas totalement et se conservèrent dans le mythe. Ce processus pour lequel je proposerai le nom de refoulement collectif est responsable du fait que le peuple ne comprend plus le sens originel de ses mythes, de même que nous ne comprenons pas, sans plus, celui de nos rêves30.

Il semble que dans les mythes qui touchent sa prime enfance, un peuple exprime ceux de ses désirs qu’il a l’habitude de refouler le plus. Considérons les descriptions bibliques du paradis ! Freud les a remarquablement caractérisées : « Le paradis n’est rien d’autre que le fantasme collectif de l’enfance de chacun. » D’Adam et d’Eve, la Genèse accuse surtout la nudité et le fait qu’ils n’en avaient pas honte. Nous savons que l’usage juif exigeait sévèrement que le corps soit couvert. L’infraction à cette coutume est particulièrement réprouvée dans les récits bibliques. Nous trouvons dans un rêve typique, le parallèle à ce fantasme collectif de nudité. Nous rêvons occasionnellement que nous nous promenons très peu vêtus et rencontrons des gens qui ne tiennent pas compte de notre état. La peur qui accompagne habituellement ce rêve correspond au refoulement marqué du désir infantile de se montrer nu. Freud a apporté la preuve qu’il s’agit dans ce rêve d’un fantasme infantile de nudité (Science des rêves, p. 166). Il souligne le plaisir que prennent les enfants à se montrer nus ou à s’exhiber devant d’autres enfants ou des adultes. Chez certains sujets, cette déviation infantile du besoin sexuel persiste avec une force inhabituelle, entravant toute activité normale : ce sont les exhibitionnistes.

L’éthique des Juifs, très rigoureuse en matière sexuelle, exigeait que le fantasme collectif de la nudité soit repoussé à la prime enfance de l’humanité. Les Grecs, bien moins honteux de leur nudité, n’avaient pas à remonter si haut dans le passé. Freud a souligné que la légende d’Ulysse et Nausicaa traite du même thème. Elle peut être mise en parallèle avec les rêves de nudité sus-mentionnés.

La légende grecque de Prométhée est conforme au récit biblique de la création du premier homme. Comme nous le disions, elle s’en distingue par l’absence d’une composante correspondant à un fantasme de nudité. Elle contient par contre le récit du rapt du feu dont la description biblique n’offre pas l’équivalent. Nous chercherons maintenant quels fantasmes ou désirs collectifs refoulés s’expriment dans l’anthropogonie grecque et spécialement quelle est la signification du rapt du feu. Pour parvenir à ce but, il nous faut considérer certaines propriétés générales du mythe dont l’explication nous ramènera à son tour à la théorie freudienne du rêve.

Freud déclare que tout rêve est égoïste. Nous avons bien dû apprendre à refouler toutes nos pulsions égoïstes. Pour l’amour des autres — pour des raisons sociales et familiales — nous avons été contraints de le faire. Lorsque l’inconscient s’exprime comme dans le rêve, ces pulsions refoulées s'affirment. Bien sûr, elles doivent être soigneusement masquées ; leur apparition ouverte est inhibée par la censure. L’égoïsme du rêve apparaît en ce que le rêveur est toujours au centre du rêve. Ceci ne veut bien entendu pas dire que le rêveur se voit constamment lui-même au centre du déroulement onirique. Fréquemment, il suit le scénario en spectateur. Mais il est alors représenté par l’acteur qui tient le rôle principal. Celui-ci est tenu par une personne qui présente un point commun avec le rêveur, une particularité ou un événement vécu ou autre chose. Le rêveur s’identifie avec le personnage principal du rêve. Ainsi naît l’impression que le héros du rêve en forme également le centre. Effectivement l’identification est un « de même que » (Freud, Traumdeutung, p. 216). Mais la particule « de même que » manque au langage onirique. Le rêve ne peut exprimer la comparaison qu’en remplaçant une personne ou un objet par une analogie. Le fait que le but du rêve, la réalisation du désir, est également totalement égoïste a déjà été constaté conformément aux investigations de Freud. Les autres formations psychiques que nous avons mises en parallèle avec le rêve sont égoïstes dans le même sens. Nous serions entraînés trop loin à tenter de le démontrer par exemple pour les états crépusculaires hystériques. La situation est plus claire dans les troubles mentaux chroniques comportant des formations délirantes. La psychose est elle aussi intégralement égoïste. Le malade est en tout cas le centre du système délirant. Il est exposé à toutes sortes d’intrigues, de préjudices, de persécutions, venant de tous côtés. Ses collègues veulent l’évincer, une armée de détectives l’épie. Il est l’unique, le solitaire, le juste, auquel un monde injuste et envieux a déclaré la guerre. Ainsi tout délire de persécution contient implicitement une mégalomanie. La psychiatrie, il est vrai, n’a coutume de parler de délire de grandeur que lorsqu’une idée de grandeur précise est exprimée. C’est pourquoi nous préférons parler, dans un sens plus général, d’un complexe de grandeur. Lorsqu’il nous entretient de son système délirant, le malade mental nous évoque la constitution de l’anneau des fables de la mythologie autour de certaines silhouettes. Le système délirant d’un malade mental est comme un mythe par lequel il célèbre sa propre grandeur. Il est des malades qui prétendent être telle personnalité historique célèbre, Napoléon ou Bismarck. En trouvant cette analogie entre lui et Napoléon, ce malade s’identifie sans arrière-pensée à Napoléon — tout comme nous le faisons en rêve. Dans la psychose, le « de même que » fait défaut comme dans le rêve. Dans le détail nous trouvons de nombreuses preuves confirmant la justesse de cette comparaison. Souvent les malades transposent dans leur enfance leurs idées délirantes, en particulier de grandeur. Je pense surtout aux idées délirantes de filiation car elles sont d’un intérêt particulier pour l’analyse de la légende de Prométhée. Tout psychiatre connaît des cas de ce genre. Un patient prétend par exemple que ceux dont il porte le nom ne sont pas ses vrais parents ; de fait, il serait le fils d’une personne noble, il aurait dû être écarté pour un motif mystérieux et aurait été, enfant, confié à ses « parents ». Ses ennemis veulent maintenir la fiction de sa basse extraction pour étouffer ses droits légitimes à la couronne ou à de grandes richesses.

Les idées délirantes de filiation nous rappellent les rêveries infantiles où le garçon est un prince ou un roi, dont les victoires surpassent en gloire celles de tous les autres. Le désir d’être grand se satisfait par le fantasme de l’origine royale. Car dans l’imagination infantile, un prince est de toute évidence prédestiné à susciter l’admiration de tous. L’aspiration nostalgique vigile de tout enfant, c’est de devenir grand — au double sens de ce mot. Il me semble que celui qui, adulte, accomplit ou pense accomplir quelque chose d’exceptionnel a nourri un tel complexe de grandeur. Il a oublié les imaginations de son enfance, mais le complexe qui les a suscitées ne meurt qu’avec lui. L’âge venant, ces ambitions n’ont pas été remplies. L’homme sain en transpose aussi la réalisation dans l’enfance et devient le laudator temparis acti.

Ce complexe de grandeur est propre tant à l’enfance d’un peuple qu’à celle d’un sujet. Il ne disparaît pas totalement au cours de la période « historique » d’un peuple. Dans le mythe, il y a également une identification. Le peuple s’identifie au personnage central du mythe. Le « de même que » lui est également étranger31.

Chaque peuple a voilé l’histoire de ses débuts à l’aide d’un mythe qui nous rappelle de façon saisissante les idées délirantes de filiation des patients. Chaque peuple veut être issu de son Dieu principal, il veut avoir été « créé » par lui. La création n’est rien d’autre qu’une conception dépouillée de sexualité. L’interprétation par Kuhn de la légende de Prométhée le montre clairement. Prométhée « crée » les hommes ; mais si nous poursuivons son histoire, il est celui qui fore, conçoit et simultanément il est le dieu du feu. Les Védas nous parlent de plusieurs générations de prêtres au service du dieu du feu Agni, et tirant leur origine du feu ! Les noms de ces prêtres (Angirases, Bhrgn, etc.) signifient feu ou flamme. Ainsi l’homme fait remonter son origine aux Dieux qu’il s’est créés, au feu qu’il a divinisé, au divin frêne d’où le feu lui est venu. Askr, le frêne, est le père originel dans la légende nordique. Ainsi l’homme des temps immémoriaux a projeté au ciel son complexe de grandeur. Les patients qui se contentent d’une haute origine terrestre et nous qui faisions de même dans nos imaginations infantiles, nous ne sommes que les épigones insignifiants de cet homme passé.

La légende de Prométhée est riche en exemples d’identifications. Il suffit de rappeler celle entre le foreur, l’éclair et l’homme. Si l’homme a été conçu par un dieu, il est également divin ou bien le dieu est également humain. L’homme s’identifie donc à la divinité. Il en est ainsi dans la version ancienne de la légende de Prométhée. Ce n’est que plus tardivement que la création prit la place de la conception.

L’histoire de la création dans l’Ancien Testament ne fait qu’apparemment exception. Bien entendu, le récit de la Genèse ne dit pas que l’homme est issu de son divin créateur. Dieu crée l’homme à son image. Ici, le contenu manifeste de l’histoire comporte une analogie à la place d’une identification. Les origines d’Israël sont retracées jusqu’aux pères archaïques. Les recherches de la mythologie comparée nous apprennent que les pères archaïques sont des divinités païennes modifiées. Ainsi Israël fait, lui aussi, remonter ses origines à un être divin. Cette conception dut être adaptée au monothéisme par la suite. Les anciens dieux originels entrent au service du Dieu unique. L’orgueil national doit se contenter d’établir un rapport étroit entre les pères archaïques et leur Dieu. Dieu les contacte personnellement, leur parle, contracte avec eux une alliance dont leurs descendants profiteront ; de sorte que ceux-ci se sentent particulièrement proches de lui.


26 Kuhn n’hésita pas à dénoncer ouvertement le caractère sexuel de cette symbolique. Nous savons par notre expérience actuelle qu’une telle théorie est attaquée comme non scientifique et immorale. Steinthal entreprit, dans le texte cité, de défendre Kuhn. Je ne me priverai pas ici de reproduire ses termes ; ils semblent adressés aux adversaires de la théorie freudienne : « Lorsqu’une telle précision et les scrupules d’un juge ont éprouvé chaque motif et que les conclusions en sont tirées sans essai de persuasion ni maquillage mais avec le plus grand soin, alors le mérite est non seulement scientifique, mais également éthique. »

27 Traduction littérale ; il s’agit des réminiscences infantiles.

28 Abraham : Ueber die Bedeutung sexueller Jugendtraumen für die Symptomatologie der dementia praecox (La signification des traumatismes sexuels juvéniles pour la symptomatologie de la démence précoce), « Zentralblatt für Nervenheilkunde & Psychiatrie », 1907, et Das Erleiden sexuelier Traumen als Form infantiler Sexualbetätigung (Les traumatismes sexuels comme forme d’activité sexuelle infantile).

29 Si Abraham emploie la notion de transfert pour le premier objet authentique d’amour, c’est par rapport à l’étape libidinale —auto-érotique — anobjectale. (N. d. T).

30 Le fait qu’un peuple ne comprend pas ses mythes ne peut pas être ramené à la notion qu’il les a en partie empruntés à un voisin. Il n’a pu s’en saisir que parce qu’il y retrouvait ses propres complexes. C’est justement ceux-ci qui sont refoulés. De plus, toute collectivité modifie les mythes qu’elle a repris ; il faudrait alors qu’elle saisisse le sens de ces modifications, mais il n’en est rien.

31 Steinthal (Die Sage von Simson (La légende de Samson), « Zeitschrift für Völkerpsychologie & Sprachwissenschaft », vol. 2, 1862) explique que la formule « de même que » a opéré une modification capitale dans le développement psychique de l’humanité.