I. La crainte névrotique3 de la lumière

J’appelle « crainte névrotique de la lumière » un trouble dont l’analyse nous ouvre des perspectives particulièrement instructives. Il ne s’agit nullement d’une affection rare, elle a déjà suscité un certain intérêt dans la littérature non analytique. J’ai observé une petite série de cas univoques et pour la plupart j’ai pu en poursuivre l’analyse. Comme ces patients présentaient d’autres troubles également issus du refoulement du voyeurisme, je joindrai l’explication psychanalytique de ces derniers aux considérations suivantes sur la crainte de la lumière.

Ceux qui souffrent d’une crainte de la lumière éprouvent désagréablement la lumière du soleil, c’est-à-dire le jour, souvent aussi la lumière électrique. Une lumière même atténuée les éblouit ; certains se plaignent de douleurs oculaires plus ou moins violentes, dès qu’ils sont exposés à la lumière, fût-ce brièvement ! Par toutes sortes de moyens, ils tentent de protéger leurs yeux. De tout rayon lumineux comme un obsédé du toucher préserverait ses mains de tout contact avec un objet. Le contenu de la peur est le danger d’éblouissement.

Le trouble schématisé ici n’a pas été l’objet d’une élaboration spéciale dans la littérature psychanalytique. Et cependant, il nous indique quelque chose d’important pour la compréhension de l’affection qui nous occupe.

Dans son « Appendice à l’autobiographie d’un cas de paranoïa »4, Freud soumet une idée délirante paranoïa à l’interprétation psychanalytique. L’aliéné Schreber prétendait supporter la lumière du soleil pendant plusieurs minutes sans éblouissement marqué5. La relation du patient au soleil – consignée dans ses particularités curieuses – permet de conclure que le soleil signifiait pour lui un « symbole paternel sublimé ». Se référant aux épreuves de filiation en usage chez certains peuples (ordalies) Freud arriva à cette supposition : « Quand Schreber se vante de pouvoir regarder le soleil impunément et sans être ébloui, il retrouve une expression mythologique pour sa relation d’enfant au soleil, il la confirme si nous concevons son soleil comme père. »

L’idée délirante de Schreber constitue la contrepartie psychotique achevée de la crainte névrotique de la lumière. Tandis que l’homme sain réagit sans inconvénient particulier à l’éclairage de ses yeux dans certains limites, mais se protège d’une lumière trop crue de façon instinctive et suffisante, l’aliéné prétend ne pas succomber à l’éblouissement de la plus vive clarté solaire, le névrosé s’effraie à l’excès du danger d’être ébloui. C’est pourquoi on peut véritablement parler d’une phobie du soleil.

Je rapporterai d’abord les faits et les données, tirés de l’analyse d’un jeune homme, qui peuvent amorcer une explication de la crainte de la lumière et de certaines manifestations voisines.

Le patient que je nommerai « A » me consulta pour un trouble de sa puissance sexuelle et pour une dépression prononcée. Au moment du début du traitement, il était dans un état d’abattement. Alors qu’auparavant il participait activement à tout ce qui se passait, il avait perdu tout intérêt aux êtres, à son métier, aux distractions, etc... Son activité intellectuelle se limitait de plus en plus à une rumination névrotique. Une étude plus détaillée des symptômes permit de constater le rôle remarquable joué par l’œil, la vision et le fait de voir, la liaison de certaines représentations avec une peur précise, l’existence enfin d’une perversion sexuelle concernant également l’œil et la véritable crainte de la lumière de ce patient.

On peut apprécier l’intensité du trouble lorsqu’on apprend les mesures de protection que prenait le patient. Il se protégeait du plein jour en fermant convulsivement les yeux et par d’autres moyens ne dépassant que quantitativement le comportement des gens normaux. Le soir, il se protégeait de même de la lumière artificielle. La manière dont il se barricadait contre tout reflet lumineux la nuit (c’est-à-dire à partie du moment où il allait dormir) était plus franchement pathologique. Il avait couvert les fenêtres de sa chambre à coucher de trois épaisseurs de rideau de sorte qu’aucun rayon ne pénétrait le matin. Pour être à l’abri de la lumière artificielle, il avait obturé le trou de la serrure et comblé soigneusement le moindre interstice du bois.

Au début de son analyse, un autre matériel occupa le premier plan. Ce n’est qu’au bout d’un mois qu’il fut possible d’aborder les pensées concernant la vue. Cette hésitation permettait déjà de penser que les associations en cause étaient de nature particulièrement pénible. Le cours ultérieur de l’analyse le confirma ; il apparut que ces pensées étaient en relation étroite avec les désirs incestueux refoulés du patient.

À la description de sa peur de la lumière, le patient enchaîna qu’il souffrait de la peur obsédante que lui-même ou l’un des siens soit privé d’un œil. Il était extrêmement sensible à tout ce qui venait à proximité de ses yeux. Les affections oculaires des autres l’intéressaient au plus haut point : « Les gens qui ont quelque chose aux yeux forcent mon intérêt. » Il s’intéressait surtout aux filles lorsqu’elles portaient un pince-nez ; par ailleurs, il recherchait celles qui étaient borgnes. Pour des femmes ayant des yeux en bon état, il se surprenait à se dire « qu’elles étaient aveugles d’un côté ». Il rêva au sujet d’une fille atteinte de cécité unilatérale que son père lui avait crevé l’œil et était donc le responsable.

Il apparut bientôt que la peur pour la vision des autres concernait en premier lieu le père du patient. Il était déjà apparu qu’il était très ambivalent vis-à-vis de son père. La première expression du patient à ce sujet fut celle de sa « vénération brûlante » pour son père ; mais lorsqu’il eut prononcé ces mots, il y eut une brusque « rupture des pensées », une pause brève de la conscience. Bientôt des représentations de caractère opposé apparurent, par exemple des fantasmes de mort et d’enterrement du père. Suivirent des plaintes sur sa vie ratée (du patient), sur son père qui pesait littéralement sur lui. Il dit qu’il devait reconnaître l’intelligence exceptionnelle de son père qui occupait un poste important dans sa partie, et qu’il était exclu de jamais l’égaler ou le surpasser. Il avait souvent souhaité trouver l’occasion de savoir ou faire mieux que son père ; mais il avait toujours dû s’incliner devant sa supériorité. De plus, il se sentait contrôlé par lui : il lui avait toujours été impossible de lui cacher quelque chose. De toute façon, celui-ci voyait tout.

De là s’ensuivirent des associations, établissant des relations, non conscientes pour le malade, entre le « père » et le « soleil ». L’œil observateur du père était identifié au soleil ; cette identification fut largement illustrée.

La peur du patient pour les yeux de son père ne nous est plus complètement incompréhensible : elle est l’expression déformée de son désir d’échapper à l’œil inquisiteur.

Je mentionnerai une autre confirmation de l’identification du père et du soleil, révélée avec une émotion intense. Il rapporta qu’un poème appris à l’école était tout spécialement objet de son « dégoût ». Dans ce poème qui traite de la découverte inattendue d’un criminel, chaque strophe se termine par le refrain : « Le soleil le porte au grand jour6 » (découvre la réalité).

Le soleil recelait une deuxième signification de substitut paternel ; la position du patient à l’égard de son père n’était pas épuisée par le rôle de surveillance de celui-ci on pourrait dire d’« omniscience ». Une seconde détermination apparaît à partir des expressions enthousiastes du fils sur la grandeur du père, c’est-à-dire son intelligence, ses connaissances, son « savoir »7 ; bref, tout ce qui, pour le fils écrasé par des sentiments d’insuffisance, était puissance, supériorité de son père comparées à l’éclat du soleil. L’éclat du père devait à jamais voiler l’éclat du fils, de même que l’éclat du soleil éclipse les autres astres. Malgré son éloge excessif du père, la jalousie du patient était patente8. Lorsque l’inconscient du patient condensait la représentation de l’œil paternel et de l’éclat du père, lorsqu’il leur trouvait une expression commune dans le symbole solaire, il ne faisait pas autrement que les civilisations depuis des temps immémoriaux. Le dieu solaire est souvent décrit comme exerçant une surveillance. Dans les poèmes homériques, Hélios par exemple est constamment appelé « celui qui observe et écoute tout »9.

Il en est de même dans le psaume biblique 19 (qui contient visiblement les restes d’un vieil hymne au soleil) : « Lui (c’est-à-dire le soleil, originellement le dieu du soleil), il se lève à une extrémité du ciel et se propage jusqu’à l’autre extrémité et rien ne reste caché à son ardeur. »

Dans l’histoire des civilisations les exemples sont nombreux d’une telle identification de l’œil du père avec l’éclat de la lumière du soleil. Je citerai quelques exemples linguistiques. Bien qu’il s’agisse de phénomènes répandus dans les différentes langues, je me limiterai à certaines indications concernant l’allemand.

La langue aussi identifie souvent l’œil et la lumière, l’expression « lumière des yeux » est démonstrative. En réalité, les yeux perçoivent la lumière ; la langue se comporte comme si lumière appartenait aux yeux ou en était issue. L’emploi du mot « aveugle » est intéressant. Nous n’appelons pas seulement ainsi un homme qui a perdu son acuité visuelle, qui ne peut pas voir, mais nous parlons également d’un « passager aveugle », c’est-à-dire que nous employons le même mot au sujet d’un homme qui n’est pas vu. Il est par ailleurs d’usage courant d’appeler « aveugle » un objet qui a perdu son éclat. Ceci nous montre que le langage identifie aussi « voyant » et « brillant ». Ces phénomènes sont certainement en rapport avec « les sens opposés des mots primitifs » (Abel). Dans un court essai10, Freud a montré que les contraires sont couplés dans l’inconscient du sujet de la même façon qu’aux stades primitifs de la langue, stades qui laissent des traces dans la langue ultérieure.

La crainte qu’inspirait au patient le regard observateur de son père s’accompagnait de la peur de regarder sa mère. Il s’imposait une véritable interdiction de la regarder. Depuis son enfance, il évitait de trouver belle sa mère, comme il disait. Lors du traitement il craignait violemment de voir une partie du corps de sa mère dévoilée, en dehors du visage et des mains. Un corsage échancré, au cou, lui causait un malaise considérable.

Par la suite il apparut que le soleil que le patient redoutait de voir était pour lui un symbole à signification bisexuelle. Il était non seulement le père (son œil observateur ou son éclat) mais encore la mère, que le fils ne doit pas regarder, s’il ne veut pas encourir la colère du père. Comme ce cas et d’autres nous le montrent, l’interdit général de regarder la mère signifie plus précisément celui de la voir nue et particulièrement de voir ses organes génitaux. La représentation de ne pas devoir regarder la mère se mue en crainte de ne pas pouvoir contempler la lumière du soleil.

Le cours des réflexions de Schreber nous permet de noter la même bisexualité du symbole solaire. Il y a un passage des « Mémoires » ou Schreber harangue le soleil et l’injurie en ces termes : « Le soleil est une putain. » Ici, la féminité du symbole solaire est hors de doute.

Sans vouloir envisager plus avant les interdits de regarder le corps de la mère, je constate qu’une crainte particulière de voir des parties, même indifférentes, du corps maternel provient d’un voyeurisme refoulé, qui intéresse initialement et de façon excessive la mère, et plus particulièrement ses organes génitaux.

Le voyeurisme concernant d’autres femmes était excessif. Mais il ne s’attachait pas aux parties du corps normalement excitantes. Une crainte particulière des organes génitaux retenait ce patient. Il s’agissait d’un voyeurisme de l’œil et du pied, deux régions du corps de la femme fort éloignées du sexe : celles-ci ne jouaient pas elles-mêmes le rôle que le processus du déplacement leur conférait, ce rôle appartenait à des accessoires ne faisant pas partie du corps : ainsi les jeunes filles ayant un pince-nez ou un pied artificiel exerçaient une grande séduction sur le patient. Il en était de même d’une démarche claudicante qui permettait de supposer une jambe raide ou une prothèse. La crainte du sexe de la femme était évidente puisqu’en réalité il ne s’approchait pas plus d’une fille qui boitait ou qui avait une jambe artificielle.

La crainte du corps féminin, en fait du sexe, se montra dépendre de déterminations multiples parmi lesquelles en premier lieu la peur de castration. Une série associative d’un grand intérêt dévoila les relations étroites entre différentes représentations fortement investies :

1° Étonnement du patient enfant devant l’absence de pénis de sa petite sœur.

2° Évitement anxieux de l’attouchement de son propre pénis.

3° Refus de s’intéresser au sexe de la femme.

4° Intérêt pour des femmes ayant subi une amputation.

Ce dernier intérêt trahit la prévalence de la représentation de la castration puisqu’il s’agit de la femme « à laquelle un membre a été coupé ». Comme nous le voyons si souvent dans nos analyses, l’inconscient maintient la représentation enfantine d’après laquelle la femme a également droit à un pénis. À la peur de castration s’oppose alors souvent la représentation active de châtrer des femmes. J’ai déjà mentionné ces manifestations dans un travail antérieur à l’occasion de l’analyse d’un fétichisme du pied11. Dans le cas présent il s’agit également d’un fétichisme. Je m’abstiens d’approfondir ici cet aspect ; non sans ajouter quelques mots sur la relation du fétichisme du pied et du pince-nez avec la pulsion partielle sadique.

L’un des fantasmes les plus plaisants du patient consistait à se représenter enlevant son pince-nez à une fille myope (si possible borgne), ou dérobant sa jambe artificielle à une fille amputée en la laissant impuissante. Les associations du patient permirent de plus en plus de reconnaître qu’il s’agissait de fantasmes déplacés de castration. Un rêve déjà cité fut très révélateur : il s’agit d’une jeune fille qu’il connaissait de vue et qui ne voyait que d’un œil. Dans le rêve, il apparaissait que l’œil manquant avait été crevé par le père. De là, on était amené à la crainte du patient de perdre son propre œil12. Cette peur était à double détermination : l’idée de la punition pour une contemplation interdite et le déplacement de la peur de castration du sexe à l’œil. Ce déplacement est identique à celui, énoncé plus haut, du sexe de la femme à l’œil. Les deux représentations avaient de toute évidence un caractère de talion. À ma satisfaction, je constate que ces données de l’analyse concordent parfaitement non seulement avec les considérations de Freud déjà citées, mais aussi avec celles d’autres auxquels je voudrais me référer brièvement sans prétendre être complet.

Ferenczi (Imago, 1912, vol. I, p. 281) considère l’automutilation d’Œdipe comme le substitut symbolique de l’auto-émasculation, c’est-à-dire de l’autopunition conforme à l’inceste. Rank13 a diversement contribué à cette question : Rank et d’autres auteurs14 fournissent un matériel probant riche, en partie issu d’analyses de rêves d’où il ressort que l’œil peut tantôt signifier le sexe masculin, tantôt le sexe féminin. Eder montre que des interventions sur l’œil, de même que sur les dents, peuvent signifier la castration.

L’exactitude de cette supposition fut confirmée par des rêves ultérieurs où la castration s’exprimait à l’aide de symboles de signification indiscutable. Je ne mentionnerai qu’un rêve où figure un personnage qui veut couper les poils pubiens du rêveur.

La « punition » par privation de la vue apparaît comme le talion des tendances voyeuristes s’adressant à la mère et des fantasmes actifs de châtrer le père ou de le rendre aveugle.

Parmi les données recueillies au cours de l’analyse, on peut souligner que ce dernier méfait jouait un rôle dans les fantasmes du patient. Je fais allusion à une représentation obsédante qui poursuivit le malade pendant sa scolarité. Au cours de l’enseignement d’un de ses maîtres, il se représentait régulièrement comment il viserait le milieu de son front. Visiblement, ce maître avait valeur de substitut paternel.

La balle au front n’est pas directement reconnaissable comme symbolisant la castration. Elle n’attirerait pas notre attention si certaines preuves ne montraient pas clairement que cette partie du corps remplace très habituellement l’œil.

Rappelons-nous en premier lieu la légende de l’aveuglement du cyclope par Ulysse. Les êtres ne possédant qu’un œil au milieu du front sont nombreux dans les légendes. Il est intéressant de noter dans les rêves une séquence analogue à celle de la légende de Polyphème. Eder rapporte un rêve de ce genre (l. c.). J’ai pu faire des observations semblables. Mon expérience confirme la constatation d’Eder que le Cyclope correspond au père du rêveur et que l’acte d’aveugler le géant représente la castration du père.

Le fait que le milieu du front, correspondant à un œil imaginaire, puisse représenter symboliquement aussi bien le sexe de l’homme que de la femme me semble d’un intérêt exceptionnel. J’en référerai en premier lieu à une communication de Reitler15 pour donner, au sujet de la deuxième affirmation, un rapport issu de mon expérience personnelle.

Reitler traite de certaines figurines servant à des plaisanteries obscènes ; il joint l’illustration. Elles sont réalisées par la population paysanne du Salzkammergut. La plaisanterie, c’est qu’une pression sur la tête de la figure fait apparaître un grand pénis. La tête du bonhomme de bois comporte un troisième œil grossièrement dessiné sur le front. Reitler apprit que cet œil était un symbole pénien évident pour les gens de la région.

Je mettrai une observation personnelle en parallèle avec ce curieux fait de la psychologie collective. Une patiente que je traitai se sentait contrainte à plisser le front au milieu selon une ride longitudinale. Elle se frottait violemment cette ride avec l’index de la main droite. Dans un contexte auquel je dois renoncer ici, il lui apparut subitement que cette façon de faire n’était qu’une masturbation déplacée vers le haut, c’est-à-dire que le pli longitudinal correspondait à la vulve. Cette conception est encore confirmée par le fait que cette friction frontale lui occasionnait un « sentiment de pesanteur dans le bas-ventre »16.

Les autres qui ont démontré la signification sexuelle de l’œil n’ont expliqué cette symbolisation que pour l’œil à valeur de sexe féminin. Ce n’est que récemment que la signification masculine de l’œil m’apparut au cours de l’analyse d’un rêve. La rêveuse m’expliqua que le gland du pénis lui apparaissait comme un œil.

Je reviens à la peur du patient a pour la « lumière de ses yeux ». Après avoir trouvé dans la représentation de la castration sa déterminante essentielle, considérons un détail qui pourrait paraître négligeable. Dans ce cas, comme pour d’autres patients aussi, je fus frappé de leur peur pour l’œil du père ou de leur crainte de tout contact de l’œil, etc... Avec une régularité qui exclut le hasard, il n’était jamais question des yeux, les patients s’exprimaient comme s’il n’existait qu’un œil. Du point de vue du « déplacement vers le haut », cette façon de s’exprimer devient très compréhensible. L’œil remplace un organe qui n’existe qu’une fois17.

La crainte pour l’œil du père correspond donc au fantasme refoulé de la castration du père. Connaissant déjà l’identité de l’œil et du soleil, il n’est guère permis de douter que le soleil a la même signification phallique que l’œil du père. La crainte de voir le soleil contient de ce fait la signification de la crainte de voir le pénis paternel, signification que la psychologie collective confirme.

Ce n’est pas le lieu d’approfondir la peur de la castration. Je n’ajouterai que quelques remarques indispensables à la compréhension du cas.

Le désir du garçon de voir le sexe de sa mère, le fantasme de la castration du père sont les fautes pour lesquelles l'éducateur menace de castration ou pour lesquelles le garçon la redoute de lui-même. Il faudrait y joindre la masturbation qui, surtout par les fantasmes l’accompagnant, aboutit à un acte très culpabilisé. Mais une expérience psychanalytique étendue nous apprend que d’autres événements vécus par l’enfant donnent lieu aux reproches qu’il s’adresse. Il s’agit de son observation des rapports sexuels des parents. Tous ces « péchés » occasionnent des peurs répétées d’êtres découvert par l’œil vigilant du père18.

Ces contemplations interdites fondent la peur d’être aveugle de bien des névrosés. Je n’insisterai pas sur ce dernier mode de réaction névrotique. Je soulignerai plutôt que le plaisir de l’observation visuelle et auditive des parents conduit souvent les personnes névrosées à une hypersensibilité à la lumière et aussi aux bruits19. Dans le cas présent, il y avait aussi une sensibilité aux bruits. Ces susceptibilités apparaissent surtout de nuit, pour des raisons évidentes. Ainsi la crainte de la lumière artificielle et du moindre rayon qui pourrait franchir une fente de la porte est parfaitement compréhensible. Les mesures excessives pour se barricader de la lumière du dehors ont le caractère de mesures de prohibition.

La fermeture soigneuse de la moindre fente signifiait aussi l’impossibilité d’être observé par d’autres personne ; il est indiscutable qu’il s’agit de la crainte de l’observateur paternel. Les procédés d’obscurcissement de la pièce ne trouvent cependant pas leur explication entière dans l’intention négative d’éviter toute lumière et toute observation. Bien plutôt l’obscurité absolue ainsi créée a-t-elle aussi une valeur positive pour le patient. Je le montrerai à l’aide d’un autre cas clinique.

De même, je renonce pour le moment à approfondir certaines modifications du voyeurisme. Je ne ferai que citer les particularités psychologiques suivantes du patient : sa curiosité de style obsessionnel, sa tendance à la rumination, son penchant exagéré pour tout ce qui est énigmatique. Je reviendrai là-dessus. Enfin je mentionnerai quelques signes qui montrent que ce n’est pas seulement en tant qu’organe visuel que l’œil avait une signification érogène importante pour ce patient. Les attouchements de l’œil étaient éprouvés comme plaisants. Il avait tendance à se frotter les yeux, à tirer les paupières supérieures vers le bas ; naguère, il se coupait parfois les sourcils20.

Du point de vue thérapeutique, signalons que ce patient fut rétabli d’une façon parfaite grâce à la psychanalyse. Plus précisément la crainte de la lumière et la sensibilité aux bruits disparurent complètement. Son attachement à ses parents devint celui d’un adulte normal de cet âge. Il en fut ainsi lorsqu’il retourna dans sa patrie, son traitement achevé. Les déviations sexuelles cédèrent la place à un intérêt sexuel normal ; les intérêts fétichistes disparurent, mis à part quelques faibles traces pratiquement sans importance. En cours de guérison le patient fit des rêves où le corps féminin, spécialement le sexe, était l’objet de son voyeurisme ; bientôt il éprouva à l’état de veille un plaisir à voir conforme à la norme. La curiosité stérile et les ruminations pathologiques s’effacèrent devant un vif besoin de connaître qui concernait les domaines les plus variés, c’est dire que la sublimation de la pulsion voyeuriste réussit de façon parfaite. La reconstitution d’une fonction sexuelle tout à fait normale alla de pair avec l’adaptation sociale (capacité professionnelle, etc.). Depuis la fin du traitement, un an et demi s’est écoulé sans qu’il y ait eu de rechute.

L’analyse de la crainte névrotique de la lumière chez d’autres patients confirma pleinement mes résultats et mes conceptions précédents. Je rapporterai brièvement l’essentiel d’une autre de mes analyses ; il s’agit d’une Dementia praecox (schizophrénie) certaine du point de vue diagnostique. L’occasion du traitement psychanalytique ne me fut donnée que du fait qu’on me présenta ce malade comme névrotique : ce n'est qu'un approfondissement de ses symptôme qui permit de constater la forme de sa maladie. L’expérience nous a appris que plus que la névrose, la psychose nous livre les secrets de l’inconscient. Il en fut ainsi dans ce cas. Sans résistance marquée, le patient apportait, au sujet des manifestations les plus visibles, des associations qui dévoilaient avec une rapidité surprenante la relation recherchée.

Ce patient que je nommerai « B » m’impressionna dès la première consultation en me priant de le laisser s'asseoir de telle sorte que son visage fût détourné de la fenêtre ; après s’être ainsi installé, il tenait les yeux fermés et de plus les couvrait de ses mains21. Au cours des séances d’analyse, il observa strictement la fermeture des yeux bien que son visage ne fit pas face à la fenêtre – cela jusqu’à ce que la sédation de la crainte de la lumière eût rendu inutile cette occlusion.

Les antécédents étaient remarquablement semblables à ceux du premier cas. Le patient B était aussi le fils d’un homme particulièrement intelligent et actif. Aux yeux du fils, les performances du père étaient pratiquement inaccessibles. B s’exprime presque dans les mêmes termes que A : il avait longtemps espéré, mais en vain, réussir à surpasser son père dans un domaine ou un autre. l’ambivalence de la relation au père était la même mais pour la raison susdite elle se fit jour de façon plus directe.

Selon l’expression du patient, son père lui était toujours apparu comme un être puissant et bon. Cette appréciation – si elle n’avait concerné un être humain – aurait pu faire penser qu’il s’agissait de Dieu (ou d’un être vénéré religieusement). Dès l’enfance – dit B – il concevait que son père voyait tout. Il suffit de nous rappeler l’œil omnivoyant de Dieu pour reconnaître la tendance à élever le père au rang d’un être supérieur. Les associations libres montrèrent avec une rapidité surprenante l’une des raisons qui avaient fondé la conviction que le père voyait tout. L’œil vigilant du père avait découvert la masturbation du garçon et le père avait obtenu sa promesse de ne plus s’adonner à cette tendance. À chaque rechute, le patient sentait l’œil du père sur lui. Il se révéla par la suite que ce sentiment d’être observé avait des sources encore autres et peut-être plus importantes. Consciemment cependant, la découverte de la masturbation par le père avait une importance de premier plan.

C’est à l’âge de vingt ans environ que le patient perdit son père. Peu après, il imagina le père au ciel au ciel à côté du soleil et observant d’en haut ses allées et venues. Il ne s’agissait pas encore alors d’une idée délirante fixe ; peu après des formations délirantes nettes apparurent. Le déplacement du père au ciel est évident ici. Sa situation juste à côté du soleil permet de voir qu’il est l’égal du soleil sans être encore fondu avec lui en un seul être.

À cette vénération, à cette divinisation du père au-delà de la mort, s’opposait une hostilité très marquée mais inconsciente. Au cours du traitement, elle s’exprima, entre autres, par un rêve où le patient, en lutte avec lui, tue son père, pour entrer d’emblée symboliquement en possession de sa mère. Le meurtre du père dans une lutte à deux, et la possession de la mère constituent les deux grands événements de la légende d’Œdipe et des histoires apparentées.

Chez ce patient la peur de castration était proche de celle du patient A. Il présentait aussi la peur, qui nous devenue compréhensible, pour l’œil du père. Un souvenir d’enfance est intéressant à cet égard. Vers l’âge de neuf ans, le patient avait vu son père nu et avait regardé son sexe avec intérêt. À cette époque, son imagination préoccupée par les hommes, revenait souvent à cette scène. Les pensées associées n’étaient nullement uniquement plaisantes. Au contraire, il était tourmenté continuellement par l’attente inquiète de savoir si son sexe au cours de son développement atteindrait la taille de celui de son père. Adulte, il souffrit de la pensée, si fréquente chez les névrosés, d’avoir un pénis trop petit.

Nous rencontrons à nouveau ici la jalousie du savoir-faire paternel ; dans ce cas, la reconnaissance craintive du fils allait à la fois à la suprématie du sexe du père et à son œil22. Il n’y a pas ici un refoulement marqué de l’aspect sexuel de la crainte du père. C’est seulement le plaisir pris à la vue des organes génitaux paternels qui est refoulé. Occasionnellement, le patient a une hallucination « en éclair pendant laquelle l’objet de son intérêt lui apparaît.

Dans sa relation avec sa mère, le patient B ressemblait fort à A. Il craignait au plus haut point l’aspect de sa mère, et aussi de sa sœur, même complètement vêtues. Lorsqu’il parlait à sa mère, il couvrait ses yeux de ses mains. Il révéla dès la première séance la direction incestueuse de ses désirs par le choix curieux d’une expression. Lorsqu’il m’apprit la mort du père il était resté seul avec sa mère et ses sœurs, il souligna qu’il devait en quelque sorte se considérer comme le successeur du père, car il était désormais « le seul membre viril » dans la famille. Bientôt les fantasmes de désirs qui avaient déterminé le choix de cette expression se firent jour. Le patient craignait d’engrosser involontairement sa mère et ses sœurs lorsque après une pollution il prenait un bain, il craignait qu’un résidu de sperme s’attachât à la baignoire qui pourrait les féconder lorsqu’elles s’en serviraient. De cette crainte, on peut conclure au désir correspondant du patient de posséder toutes les femmes, ses parentes.

Ses désirs pour sa mère s’étendaient à d’autres femmes mûres, ou vieillissantes, mais là encore, ne se montraient pas sous leur vrai jour. Ils s’extériorisaient plutôt comme peur de regarder de telles femmes23. Cette crainte étaiT liée à un symptôme névrotique très désagréable : à la vue de vieilles femmes qui lui rappelaient souvent consciemment sa mère, il voyait noir. Il s’agit là d’une restriction du voyeurisme qui jusque-là ne me semble pas avoir été interprétée comme telle. Le fait de « voir noir », si souvent signalé par les névrosés comme cortège des vertiges, pourrait régulièrement correspondre au refoulement d’une tendance libidinale. L’augmentation de la circulation sanguine liée à toute excitation sexuelle donne souvent lieu, chez les névrosés, à un afflux du sang à la tête – particulièrement au niveau des yeux –, ce qui occasionne, entre autres symptômes, un obscurcissement du champ visuel.

De cette façon, la vue de femme séduisantes se trouvait également barrée dans la vie réelle. Il est conforme à la psychologie de la démence précoce que le patient trouve à ce renoncement imposé un substitut sur le mode hallucinatoire. Ainsi il imagina par exemple une femme d’âge mûr étendue devant lui ; il ajouta spontanément qu’elle avait la silhouette et les formes de sa mère.

Le patient B confirma de façon impressionnante que sa crainte de voir des femmes n’était au fond que sa crainte du sexe de la femme, à savoir de celui de sa mère. Lors de la période où apparurent des signes précis d’amélioration, le patient rendit visite à sa mère. À sa vue, rapporta-t-il, il était à nouveau obligé de se couvrir les yeux avec les mains : sa sensibilité à la lumière allait alors décroissant. Lorsque j’intervins sur ce point, le patient porta ses mains sur ses yeux et dit spontanément : « Je n’ai pas voulu regarder le disque avec le fil de fer central. » Ces mots étaient prononcés sur le ton de la justification, comme s’il redoutait que je lui dise un contresens. Cette parole demeura complètement incompréhensible pour moi. Son sens s’éclaira aussitôt qu’il me parla. Au cours de la séance, le patient allongé avait dirigé son regard au plafond où était fixé un disque de zinc ; du milieu de la plaque métallique sortait une conduite électrique. Cette perception avait suffi à provoquer – au moment où il était question de sa crainte de voir sa mère – l’association de la vulve (disque) et du pénis (fil de fer dans le disque).

L’hostilité et la jalousie à l’égard du père avaient entre-temps laissé la place à une reconnaissance admirative de sa grandeur et de sa puissance. Cependant, le courant hostile refoulé parvenait encore quelquefois à troubler le contre-courant régnant. Dans un moment d’extase, le patient avait voulu composer un hymne au soleil : il ne parvint qu’à produire quelques mots : « Soleil, donne-nous ta force ! »

Ensuite il y eut trouble du cours de la pensée (barrage) tel que le patient ne put aller au-delà des premiers mots. La survenue du barrage au moment où le fils tente de formuler sa vénération pour la force du soleil, c’est–à-dire du père, est caractéristique. Je rappelle ici un événement tout à fait analogue de l’histoire de la maladie du patient A, qui eut un blocage semblable lorsqu’il commença à parler de sa vénération brûlante pour son père.

Le désir d’égaler le père prit une fois une forme qui permettait précisément de reconnaître la comparaison du père et du soleil. Le patient eut la sensation que ses deux yeux n’en faisaient plus qu’un. Cet œil, il le voyait hallucinatoirement devant lui, comme s’il était « dehors », c’est-à-dire à l’extérieur de son corps. Il devint alors un soleil rayonnant ; ainsi le patient s’élevait à la hauteur du père. Il y a deux explications au fait qu’il s’agit ici de l’œil plutôt que d’une autre partie du corps : d’une part, ce que nous avons dit précédemment de l’œil et du soleil, d’autre part, qu’il s’agit d’une substitution symbolique de l’œil au pénis. L’hallucination mentionnée permet aussi de reconnaître le désir du patient d’avoir une force génératrice égale à celle du soleil.

J’ai rencontré au cours de l’analyse d’une névrose obsessionnelle un déroulement très proche par le contenu, bien que très différent du point de vue symbolique. Après la mort de son père, le patient eut très peur de son œil vigilant. Cet œil observateur était situé au ciel ; cela apparaissait clairement dans certains rêves. Cette reconnaissance, cette élévation du père n’était cependant qu’un aspect de la disposition ambivalente du patient vis-à-vis de lui. Simultanément, il éprouvait un besoin intense de braver le père décédé : il subissait alors une contrainte à regarder le soleil avec effronterie et de façon provocante. Il ruminait alors sur le thème : « Peut-être suis-je Dieu. »

Dans mon travail sur le roi égyptien Amenhotep IV24, j’ai analysé la curieuse tentative historique d’un homme qui cherche à s’identifier au soleil. Je ne ferai que mentionner ici la disposition ambivalente du roi à l’égard de son père mort qui constitue l’explication principale de l’introduction du culte d’Aton – culte honorant la force du soleil.

La crainte du patient d’être aveuglé ne devient compréhensible dans le cas B que si l’on considère que le symbole du soleil n’a pas une signification seulement paternelle mais également maternelle. Comme dans le cas A, la nécessité d’une telle supposition s’impose. Le disque de zinc avec l’éclairage au plafond de la pièce était une sorte de soleil au ciel25.

Sa tendance à mettre au ciel un symbole féminin (maternel pour lui) s’exprima dans un fantasme qu’il me communiqua spontanément. Lorsque, au cours d’une séance, le ciel clair auparavant se couvrit de nuages, le patient dit : « Ce serait une grande jouissance d’introduire sa tête dans un nuage. » Cette imagination correspond parfaitement à certaines représentations mythiques que j’ai mentionnées dans mon écrit « Rêve et Mythe » à propos de la légende de Prométhée26. Les couches les plus anciennes de ce mythe montrent qu’il y a identification entre le fait de pénétrer par forage dans un nuage (production du feu céleste) et l’acte sexuel.

En ce qui concerne le cas B, je remarquerai en passant que la crainte de la lumière disparut au cours du traitement et que dans l’ensemble ce cas réagit très favorablement à la thérapeutique27.

J’arrêterai ici la relation de mes expériences psychanalytiques sur la crainte de la lumière. Il serait facile d’allonger la série des cas, car, selon moi, il ne s’agit nullement d’une affection rare. Des degrés plus minimes, par exemple une sensibilité à la lumière crue du soleil, sont fréquents chez les personnes légèrement névrosées.

Je m’en tiendrai à un fait unique de l’analyse d’une névrose obsessionnelle grave. Le patient souffrait d’une crainte assez discrète de la lumière. Lorsque ses associations l’eurent conduit à certains interdits issus de l’image paternelle, il se couvrit brusquement les yeux de ses mains. Plusieurs associations incidentes expliquèrent ce comportement. Le patient avait toujours eu mauvaise conscience à l’égard de son père : il ne pouvait jamais vraiment le regarder. Sa révolte contre le père s’était manifestée dans son fantasme de l’aveugler.

Dans ce cas apparut une signification spéciale du fait de se couvrir les yeux. En plus des significations que nous avons vues, il s’agissait d’une autopunition : celle de se rendre aveugle. C’était donc un talion d’intention28 à l’encontre du père.


3 N.d.T. En allemand, Lichtscheu : effarouchement quant à la lumière.

4 Jahrbuch für Psychoanal. Forsch., 1912, vol. III, p. 588.

5 J'ai rencontré la même idée délirante chez d'autres malades mentaux.

6 Le patient avait transféré son ambivalence vis-à-vis de son père d'une façon remarquable au soleil. La lumière du soleil lui était antipathique, par contre il en aimait la chaleur.

7 Il suffit de rappeler le trouble de la puissance sexuelle signalé d'entrée pour faire comprendre la jalousie du savoir du père. Dans le cas B qui va suivre, j'ai pu constater encore plus clairement qu'ici le soleil ne représentait pas seulement la grandeur du père, mais qu'il était également le symbole du phallus paternel. La crainte à le regarder nous est connue par la psychologie collective (cf. Le récit biblique des fils de Noé).

8 Je montrerai par la suite que l'élévation du père au rang du soleil n'est pas seulement une façon de le hausser, mais simultanément une dévalorisation de sa puissance.

9 A remarquer dans l'Odyssée, VIII, 266, Hélios qui observe les rapports interdits d'Arès et d'Aphrodite.

10 Jahrbuch, vol. II, 1910.

11 Remarques concernant la « Psychanalyse d'un cas de fétichisme du pied et du corset » (Bemerkungen zur Psychoanalyse eines Falles von der Fuss und Korsett-fétichismus, Bd III, Jahrbuch für psychoanalyt. Forsch.). Édit. française, Œuvres complètes, t. I, pp. 91 ss.

12 A remarquer que ces émotions sadiques étaient limitées au domaine de l'imaginaire ; dans la vie réelle, le patient débordait de pitié.

13 Rank, Inzestmotiv (Thème de l'inceste), p. 271-272 et une forme décrite de rêve œdipien.

14 Ces deux textes in Zeitschr. f. ärztl. Psychoanalyse. Comparer par ailleurs Storfer (Zentralbl. f. Psychoanalyse, vol. II, p. 201). Gebsattel (Zeitschr. f. Pathopsychol., 1912). C'est Jung qui souligna dans le mythe d'Indra, la signification de l’œil comme symbole génital féminin ; j'ai moi-même (Traum und Mythus, 1909) (« Rêve et Mythe ») - à la suite de Kleinpaul – reconnu la signification du sexe féminin qui revient à la pupille (cf. « Rêve et Mythe »).

Bleuler (Dementia Praecox ou groupe des Schizophrénies), mentionne également la valeur de symbole sexuel féminin de l’œil, dans les idées délirantes des malades mentaux.

Jones (Jahrbuch, vol. V, p. 67) souligne la signification masculine de l’œil.

15 Reitler, Zur Augensymbolik (« Contribution au symbolisme de l’œil »). Zeitschr. für ärztl. Psychoanalyse, 1913, vol. I, p. 159)

16 Je voudrai rappeler une contribution de Sadger concernant la valeur génitale de la temps. Cf. Zentralblatt für Psychoanalyse, 1911, vol. II.

17 Je soulignerai qu'il existe d'autres déterminants. Je rappelle simplement l'identification – dont il a été question – de l’œil du père avec le soleil qui, lui aussi, n'existe qu'une fois. On peut admettre ici une forme spéciale de condensation, une unification qui rend possibles des assimilations extensives ; un sexe, un père, un soleil et de ce fait « un » œil. On pourrait ajouter « un Dieu » ; je compte reprendre cet aspect dans la suite de ce travail.

18 Le plaisir pris par l'enfant à observer les adultes urinant donne lieu à un sentiment de faute névrotique (cf. la note 36)

19 Plusieurs analyses m'ont éclairé sur la genèse de l'hypersensibilité aux bruits. Les résultats seront publiés ultérieurement.

20 Se rappeler à cet égard le rêve dans lequel quelqu'un se coupe les poils pubiens du patient. Vraisemblablement la taille des sourcils signifie également une castration symbolique.

21 Je remarque que cette attitude n'est pas rare chez les névrosés et qu'elle trahit le plus aisément la crainte névrotique de la lumière.

22 Je signale ici la dénomination « das Gemächt » pour le sexe de l'homme ; la langue a ici placé la puissance (Macht) de l'homme dans son sexe.

23 Je dois à M. le docteur Bruine (Leyde), de connaître une croyance populaire hollandaise selon laquelle devient aveugle celui qui observe une vieille femme accomplissant un besoin.

24 Imago, vol. I, 1912. Edit. Française. Œuvres complète T. I, pp. 267 ss.

25 L'identification du plafond et du ciel a un caractère typiquement infantile. J'ai entendu récemment un garçon de 3 ans 1/2 appeler ciel du bain le plafond de la salle de bain.

26 Edit. Française. Œuvres complète T. I, pp. 183 ss.

27 Pour expliquer le beau succès de la psychanalyse dans ce cas de démence précoce, je souligne que le patient se montra bientôt à même de « transférer ». Sa psychose n'était pas très avancée dans le sens délirant, alors que les hallucinations jouaient un rôle prédominant.

28 Cf. Œdipe s'aveuglant.