Chapitre VIII. Le problème de la distance

L'attitude du névrosé, laissant sans solution ses problèmes professionnels, érotiques et sociaux, auxquels il répond par ses symptômes et ses argumen­tations n'a pas encore trouvé suffisamment d'attention. Il est vrai que ce problème n'apparaît clairement que si l'on adopte, dans le sens de la psycho­logie individuelle comparée, le point de vue d'après lequel aucun contre-argument n'est acceptable face à la question de l'amour, du travail, de la société. Nous nous proposons constamment d'embellir et de faciliter la vie de nos semblables. Nous entendons, par contre, souvent, les demandes en faveur d'une dispense concernant ces questions, demandes accompagnées de motivations. Mais le jugement général se moque de ces motivations.

Il faut rechercher l'importance pratique de la psychologie individuelle comparée dans le degré de certitude avec lequel le plan de vie et les lignes de vie d'un individu peuvent être déterminés, à partir de son attitude dans la vie, envers la société, envers les problèmes habituels et nécessaires de la vie commune, à partir de sa politique de prestige et de son sentiment social. En supposant l'acceptation de la plupart de mes conclusions, j'attire tout de suite l'attention sur le facteur fondamental, et en même temps déterminant, de la vie psychique : «  le sentiment d'infériorité », aussi bien chez les personnes saines que chez les névrosés. Il faut ajouter à ce sentiment «  le désir de fixer un but haussant la conscience de la valeur personnelle », fonction «  compensatrice » de même que le «  plan de vie » permettant à l'individu d'atteindre son but, en utilisant différentes «  agressions » «  exclusions » et «  déviations », suivant la ligne d'une «  protestation virile » ou d'une «  hésitation » par crainte de prendre une décision. Je vais de plus mentionner un principe de la vie psychique du névrosé et du psychotique : sa fixation sur une fiction directrice, en contraste avec la vie psychique de l'homme sain qui considère son «  principe directeur » comme ne lui donnant qu'une orientation approximative et ne devant lui servir que de moyen réaliste, et pas subjectif. Je considère comme accepté le fait que, dans l'ensemble, les névroses et les psychoses doivent être interprétées comme un «  mécanisme de sauvegarde » de la valeur personnelle.

La façon dont les efforts continuels de l'humanité vers «  le haut » ont conditionné un progrès culturel, achevant en même temps une méthode et une technique de vie dans laquelle toutes les possibilités et les réalités organiques trouvent leur utilisation, même si parfois elles sont utilisées improprement, doit à présent être suffisamment claire pour faire com. prendre l'importance du but final, dans la vie psychique, à l'encontre de toute explication causale.

À cette occasion nous avons pu nous convaincre que les thèses de la prétendue psychologie sexuelle n'étaient pas soutenables en face de nos conceptions, le comportement sexuel du névrosé devant être compris comme une «  analogie » de son plan de vie. Cette conception est adoptée tacitement par de nombreux auteurs.

Dans nos recherches nous avons trouvé que la tendance à rechercher «  le plaisir » était un facteur variable, nullement déterminant, et qu'il s'adaptait entièrement à l'orientation du plan de vie. Nous avons montré que les traits de caractère, les états affectifs, contrairement à ce que l'on croit habituellement, étaient des préparatifs éprouvés et en conséquence fermement établis pour la recherche du but fictif de supériorité. Dès que l'on découvre ce fait, la théorie des «  composantes sexuelles héréditaires, des perversions et des tendances criminelles », devient insoutenable. Nous sommes donc en droit de dire que le sujet général de la psycho-névrose comprendra l'étude de tous les individus qui depuis l'enfance, - soit à cause d'une infériorité organique, d'un système d'éducation erroné ou de mauvaises traditions familiales -, ont eu un sentiment de faiblesse, une perspective pessimiste et tous ces artifices similaires, pré­jugés, dissimulations et états d'exaltation qui se développent en liaison avec la construction d'un sentiment imaginaire et subjectif de prédominance person­nelle. Chaque trait, chaque expression du visage est lié de façon si définie au but de paix et de triomphe promis que nous pouvons dire à juste titre : toutes les manifestations névrotiques montrent comme prémices, d'une part une ambition personnelle démesurée, d'autre part une conviction de la force déficiente de la personnalité. Ce n'est que dans cette optique qu'elles devien­nent compréhensibles. La névrose se définit alors au mieux par l'antithèse : Oui - Mais.

Ainsi que notre école l'a démontré, les mêmes efforts psychiques déme­surés se retrouvent dans les rêves et hallucinations des malades. La force directrice a toujours ce caractère prévoyant d'une recherche, d'un tâtonnement, tendance d'un «  semblant » vers l'expansion, d'un désir de pouvoir sur les autres, de la recherche d'une issue, d'une sécurité contre le danger. Nous devons nous souvenir que le second but est plus fréquent, que les consé­quences de l'action effective ne découlent pas de la prise de décision et que souvent les effets sociaux conséquents à la légitimation de maladie, réelle ou imaginaire, suffisent à satisfaire le besoin urgent de reconnaissance. Cepen­dant, le degré ou toute expérience est pour le névrosé seulement la matière et le moyen d'obtenir, grâce à l'utilisation de sa perspective de vie, des incitations nouvelles à la faveur de ses penchants névrotiques, est vérifié par l'emploi qu'il fait en même temps d'attitudes apparemment contradictoires : double vie, dissociation, polarité, ambivalence. À cela nous devons ajouter la falsification des faits du monde extérieur qui peut aller jusqu'à l'exclusion totale, la construction volontaire et intentionnelle d'une vie émotionnelle et de sensations, doublées de leurs réactions, dirigées vers l'extérieur, enfin l'interjeu volontaire de la mémoire et de l'amnésie, des troubles conscients et inconscients, de la connaissance et de la superstition.

Lorsque ce point est atteint et qu'on arrive à la conviction que chaque expression psychique du névrosé contient deux présuppositions (le sentiment de ne pas être à la hauteur, d'infériorité d'une part, et d'autre part le désir impératif, violent et fascinant de la recherche d'une ressemblance à Dieu), alors les «  significations multiples » du symptôme, déjà soulignées par Kraft-Ebing, ne nous trompent plus. Dans le développement des idées sur la psycho­logie de la névrose ces significations multiples représentaient un obstacle considérable. Cette conception favorisait les systèmes fantaisistes et les restrictions mesquines autorisés à prévaloir en neurologie, la première métho­de conduisant à des contradictions insolubles et la seconde à une stérilité de résultats. L'école de psychologie individuelle comparée se propose en principe de rechercher le «  schéma » d'une maladie psychique et son rôle est de suivre le chemin qui a été pris par le malade. Notre travail a démontré la grande importance qui doit être dévolue au matériel individuel et encore davantage à l'évaluation qu'en fait le malade. Pour cette raison une compréhension conve­nable de l'individu et une conception individualiste du cas, nous semblaient être un préliminaire indispensable. L'achèvement du plan de vie, d'autre part, l'insistance opiniâtre en faveur d'une supériorité complète, mettent en lumière sa contradiction avec les demandes de la réalité, c'est-à-dire avec la société, le privent d'un comportement naturel dans ses actions et ses expériences et l'obligent à s'opposer aux décisions normales, inhérentes à la vie sociale, par la révolte de sa maladie. Un élément de la psychologie sociale entre ainsi indubitablement dans l'étiologie de la névrose. Le plan de vie du névrosé est toujours fondé sur une interprétation individuelle de la société, de la famille, des relations des sexes et découvre dans sa perspective la supposition discutable de sa propre inadaptation à la vie et de l'attitude, hostile de ses voisins. Le retour de caractéristiques humaines générales, bien que sans ajustement intérieur et amplifiées, nous conduit à nouveau à penser que la névrose et la psychose ne sont pas très éloignées de l'essence même de la vie psychique, et qu'elles n'en sont que des variantes. Celui qui conteste cette affirmation doit être prêt à refuser, à présent et à jamais, la possibilité de comprendre tout phénomène de la vie psychique, étant donné que seuls les moyens de la vie psychique normale restent à notre disposition pour nous aider dans nos recherches.

En nous attachant au concept d'une ligne névrotique déterminante, prenant naissance dans un sentiment d'infériorité dont le but est «  un mouvement vers le haut », nous obtenons le tableau d'un «  çà et là », d'un «  moitié-moitié », une sorte d'être hybride névrotique à double face affective, attitude d'exalta­tion impuissante, au cours duquel apparaissent tantôt les traits de l'impuis­sance, tantôt ceux de l'exaltation 32. Comme dans le cas du doute névrotique, de la névrose obsessionnelle ou de la phobie, l'effet dernier est soit une négation, soit presque une négation. Au mieux il représente les préparatifs en vue d'une situation apparemment difficile et une légitimation de maladie, un arrangement auquel, dans des circonstances plus favorables, les actes du malade semblent liés. Nous verrous ultérieurement les raisons de cette attitude.

Cette circonstance particulière, que l'on retrouve dans toutes les névroses et toutes les psychoses, dans la mélancolie, la paranoïa et la démence précoce, a été décrite par moi sous le terme d' «  attitude hésitante ». Des circonstances propices me permettent d'approfondir ce concept.

Si nous suivons la ligne de vie du malade dans la direction que nous avons indiquée, et si nous essayons de comprendre comment, à sa manière person­nelle (cela veut dire simplement au moyen de l'usage de ses expériences individuelles et de sa perspective personnelle), il intensifie son sentiment d'infériorité, se libérant ainsi de toute responsabilité en attribuant son infériorité à l'hérédité, à la faute de ses parents ou à d'autres facteurs, si enfin nous reconnaissons de par son comportement et ses manœuvres sa recherche d'une perfection supérieure, nous serons étonnés de noter, à un moment donné de son agressivité, que son comportement s'écarte de la direction attendue. Pour permettre au lecteur de mieux comprendre cette idée je vais tenter de diviser cette question en quatre chapitres, chacun remarquable par le fait que le malade tente toujours d'interposer «  une distance » entre lui-même et l'acte prévu ou la décision à prendre.

D'une façon générale toute l'affaire apparaît comme une sorte de trac qui se dévoile sous forme de symptôme ou de maladie nerveuse. Parallèlement à cette «  distance » intentionnelle, qui s'exprime souvent sous quelque signe corporel, le malade donne forme, à des degrés variés d'intensité, à sa sépara­tion du monde et de la réalité. Tous les neurologues seront à même d'incor­porer cette constatation à leurs propres expériences, surtout s'ils ont tenu compte des diverses gradations et nuances.

I. - Mouvement régressif. Suicide, tentative de suicide, cas graves d'agora­phobie avec grande «  distance », évanouissement, attaques psycho-épilepti­ques, éreutophobie et cas graves de névrose obsessionnelle, asthme nerveux, migraine et douleurs hystériques graves, paralysie hystérique, aboulie, mutisme, graves crises d'anxiété de toutes sortes, refus d'aliments et anorexie mentale, amnésie, hallucination, psychose, alcoolisme, morphinisme, etc. vagabondage et tendances au crime, cauchemars, rêves de terreur et de chute, de même que de crimes, sont fréquents et indiquent les mesures de précaution exagérées qui sont à l'œuvre - la crainte de ce qui pourrait arriver ! L'idée de la contrainte extérieure est poussée à l'extrême et toutes les exigences de la communauté et de l'humanité sont repoussées avec une susceptibilité exagé­rée. Dans les cas graves, que nous devons inclure ici, toute activité utile est de ce fait supprimée. La légitimation de maladie a naturellement son côté positif en imposant aux autres la volonté de puissance de l'individu et en triomphant dans un sens négatif des demandes normales de la communauté. Cela est également vrai pour les trois autres catégories.

II. - Arrêt. L'impression que nous donne cet état est celle de quelque cercle magique entourant la personne malade, l'empêchant de venir en contact avec les réalités de la vie, d'aborder la vérité, de se mesurer avec certaines difficul­tés, de permettre un examen de sa propre valeur ou de prendre une décision. La cause actuelle de l'éclosion de la névrose est fournie par les devoirs professionnels, les examens, des relations sociales, amoureuses ou de mariage, dès qu'ils prennent de l'importance en tant que problèmes d'un intérêt vital. L'anxiété, les pertes de mémoire, la souffrance, l'insomnie entraînant une incapacité de travail, les phénomènes obsessionnels, l'impuissance, l'éjacula­tion précoce, la masturbation et les perversions gênantes, la psychose hystéri­que, etc., sont des arrangements protecteurs qui empêchent le sujet d'avancer trop loin. Il en va de même des cas moins graves de la première catégorie. Des rêves où le sujet se trouve inhibé, impuissant, manquant son train, les rêves d'examens, surviennent fréquemment chez le malade et tracent de façon concrète la ligne de vie du malade, montrant comment il s'arrête à un point défini et à partir de là aménage «  sa distance ».

III. - Des doutes et un «  va-et-vient » idéatoire ou d'action assurent la distance et finissent par une référence à la maladie, au doute, parfois aux deux réunis, ou à une conviction intime, d'un «  trop tard ». Efforts fréquents pour perdre son temps. Névroses obsessionnelles fréquentes. On constate souvent le mécanisme suivant : on crée d'abord une difficulté qu'on sanctifie, puis on fait des tentatives vaines pour la surmonter. Besoin de se laver, pédanterie morbide, crainte de toucher les objets (parfois expression spatiale de l'arran­gement de la distance), arrivée en retard, retour sur le chemin parcouru, destruction d'un travail commencé (Pénélope !) ou travail inachevé, se retrou­vent très fréquemment. Bien souvent on constate que le malade remet le travail au lendemain, ou encore qu'il renonce à toute décision sous la contrainte «  irrésistible » de s'adonner à des activités futiles, des réjouissances, jusqu'à ce qu'il soit trop tard. Parfois, immédiatement avant la décision, apparaît un obstacle invoque (par exemple le trac). Cette conduite représente une parenté très nette avec la catégorie antérieure, à cette différence presque, dans les cas que nous venons de citer, le malade empêche toute décision. Ces malades présentent le type de rêve suivant : un «  va-et-vient » ou une arrivée en retard, traduisent les tâtonnements du plan de vie. La supériorité et la sécurité du malade résultent de sa fiction, qui bien souvent est exprimée verbalement, ou encore reste non formulée, mais qui n'est jamais comprise. Le sujet «  le dit, mais ne le comprend pas ». Cette fiction s'exprime par une phrase dont le début est «  si ». «  Si je n'avais pas... (ce mal), je serais le premier. » On peut comprendre qu'il ne peut pas abandonner ce mensonge vital tant qu'il maintient son style de vie. Cette phrase conditionnelle contient en règle générale une condition irréalisable ou un arrangement, que seul le malade est capable de modifier.

IV. - Construction d'obstacles que le malade surmonte, nous indiquant la distance qui le sépare de la situation du problème. Ce sont des cas plus faciles, comme on les rencontre souvent dans la vie, parfois chez des sujets brillants. Ces cas se développent tantôt spontanément, ou se présentent comme sé­quelles de cas plus graves, à la suite d'un traitement. Bien souvent la croyance qu'il s'agit d'un «  reste » de maladie, persiste chez le médecin et le malade. Or ce «  reste » n'est rien d'autre que l'ancienne «  distance ». À cette différence près que le malade l'utilise actuellement avec un sens social plus développé. Si autrefois il se servait de cette distance pour ne pas résoudre les problèmes, il s'en sert actuellement, pour les surmonter. Le «  sens », le but de cette attitude sont faciles à comprendre. Le malade, face à son propre jugement, face aussi à l'estimation des autres concernant son prestige et le jugement sur lui-même, se trouve couvert. Si la décision se prononce contre lui il peut se référer à ses difficultés et à la légitimation de sa maladie qu'il a construite. S'il est victo­rieux, la valeur de sa personnalité double, car que n'aurait-il pu atteindre en bon état de santé, si comme malade - en quelque sorte d'une seule main -il arrive à pareils résultats.

Les arrangements de cette catégorie sont : des états d'angoisse et obses­sionnels légers, les phobies, fatigues (neurasthénie), insomnie, constipation et troubles gastro-intestinaux, tous troubles qui font perdre du temps, exigeant un régime pédant et fastidieux, des pédanteries obsessionnelles, des maux de tête, des défaillances de la mémoire, irritabilité, modifications de la voix, exigences pédantes, envie d'une soumission de l'entourage et provocations permanentes de situations conflictuelles, masturbation et pollutions avec leurs consé­quences superstitieuses, etc.

Le malade se voit constamment obligé de se soumettre à des épreuves pour se convaincre qu'il est capable, mais arrive consciemment ou incon­sciemment au résultat de déficiences morbides. Bien souvent ce résultat se trouve non formulé, mais facile à comprendre, dans ses arrangements névro­tiques, protégés par le style de vie du malade. Une fois la distance établie, le sujet peut se permettre de se référer à une «  volonté étrangère » et de lutter contre sa propre attitude. Sa ligne dynamique se compose alors d'un arrange­ment inconscient de la distance et d'une lutte plus ou moins stérile contre cet arrangement. Il ne faut pas oublier que la lutte du malade contre son symptôme, que ses plaintes, son désespoir et ses sentiments de culpabilité éventuels - dans le stade de la névrose caractérisée - sont avant tout appelés à souligner l'importance du symptôme aux yeux du malade et de son entourage.

Rappelons que pour pareille méthode névrosée de la vie, toute responsa­bilité concernant le succès de la personnalité, semble abolie. Je traiterai ailleurs de l'importance de ces facteurs en cas de psychose. La vie du névrosé, étant donné son sentiment social étouffé, se déroule avant tout dans le cadre de sa famille. Si on trouve le malade dans le grand cercle de la société, il montre toujours un mouvement rétrograde se dirigeant vers le cercle de famille.

Les analogies très nettes de ce trait morbide avec la conduite de sujets sains, ne contredisent pas les conceptions de notre école de psychologie individuelle comparée. Chez chacun de ces types, son comportement psychi­que doit être compris en fin de compte comme réponse précise aux questions de la vie sociale. Nous retrouvons alors régulièrement comme prémice et comme mesure de sécurité : un style de vie, une unité, utilisant une auto estimation tendancieuse avec un but de la supériorité et des artifices spécifiques - là encore dans un rapport unifiant - ayant pris naissance dans une perspective infantile.

La ressemblance de nos types avec les figures de la mythologie et de la poésie est également convaincante. Cela ne doit pas nous étonner. Elles sont les créatures de la vie psychique humaine, elles sont engendrées par les mêmes moyens et les mêmes formes spirituelles. Elle se sont influencées mutuellement. Dans la ligne dynamique de toutes ces figures artistiques se retrouve l'indice de la «  distance », au mieux dans le personnage du héros tragique, traduisant «  l'attitude hésitante ». Cette «  technique » est certainement empruntée à la vie et l'idée d'une «  culpabilité tragique » indique dans une intuition clairvoyante, à la fois l'activité et la passivité, «  l'arrange­ment » et le triomphe grâce au style de vie. Le personnage du héros ne nous montre pas seulement une destinée, mais aussi une existence organisée, dont la responsabilité n'est éteinte qu'en apparence, alors qu'elle existe en réalité, étant donné qu'il n'a pas su entendre la question pressante d'une intégration dans les exigences sociales, afin de pouvoir, en tant que héros, dépasser les autres 33.

Tous ceux qui cherchent des voies nouvelles, ignorées par la société, sont menacés de perdre le contact avec la réalité. Le jeu de l'ambition et de l'insé­curité, commun à tous ces types, s'extériorise dans leur vie et les maintient dans leur distance individuelle, face à la décision finale.


32   Cet aspect se manifeste clairement dans la psychose maniaco-dépressive.

33   Le chœur par contre traduit les voix de la société qui, dans l'évolution ultérieure de l'art dramatique, se trouvent transposées dans la conscience du héros.