Chapitre XIX. Le rôle de l’inconscient dans la névrose

Notre compréhension des questions concernant la psychologie des névroses est tellement liée à la modalité individuelle de l'approche, qu'on peut dire : chaque hypothèse de travail, élaborée individuellement, nous fournit un tableau de l'étendue des conceptions et des limites des facultés de compré­hension de l'examinateur. De ce fait on peut comprendre la diversité des conceptions, évaluations, suppositions où chaque école souligne ou laisse de côté tel ou tel point. L'importance de tel ou tel élément échappera à tel auteur alors que tel autre soulignera particulièrement des facteurs d'importance tout à fait secondaire. Mais si on s'engage, à la faveur d'une doctrine solidement formulée, on risque moins de se voir ébranlé, ne serait-ce que si cette doctrine nous fait comprendre nos propres contradictions intérieures. Dans ce cas l'observateur se conduit comme un névrosé, qui n'admet pas un changement de son style de vie, tant qu'il n'a pas pris conscience de son idéal de la supé­riorité, tant qu'il n'y a pas renoncé, l'ayant jugé comme étant irréalisable. Baco dans son Novum  organum dit, parlant de ceux qui prétendent qu'il ne faut pas s'attendre à quelque chose de bien du travail des êtres humains : «  ce n'est que pour placer au-dessus de tout leur croyance en leur propre et inimitable per­fection. Voici pourquoi ils désirent que ce qu'ils n'ont pas encore inventé ou compris, soit considéré comme insensé et inexistant. »

Ces considérations s'appliquent également aux idées qui vont suivre, idées concernant la psychothérapie, profession artistique. L'auto-analyse - précieuse uniquement pour saisir le propre style de vie - comparable à l'auto-portrait, ne présente pas de garantie suffisante pour un examen non prévenu, étant donné qu'elle est réalisée avec les moyens évidemment limités d'une personnalité, et que la perspective individuelle ne permet pas de s'examiner soi-même, ou ses semblables, autrement que d'une façon personnelle. Utiliser des argumen­tations personnelles, c'est-à-dire inhabituelles, dans les sciences qui se meuvent sur un terrain réaliste est d'un abus gênant, uniquement explicable par la jeunesse de notre discipline et qui disparaîtra certainement avec le temps.

Dans la pratique psychothérapique ces limites se montrent beaucoup moins gênantes. Si le névrosé échoue, sous la pression de la réalité, le théra­peute lui apprendra à s'expliquer avec la réalité et avec la société. Le dialogue entre malade et médecin empêche le névrosé de se mouvoir dans le domaine de la fiction. Alors que le malade s'efforce de lutter en faveur de sa supério­rité, le thérapeute lui indique son attitude unilatérale et rigide 65. La base inébranlable de ces données est la notion de l'exigence et de l'utilité de la société humaine et de la coopération.

Une des plus grandes difficultés du traitement consiste dans la conviction du malade d'avoir compris les mécanismes névrotiques, tout en maintenant, du moins partiellement, ses symptômes, jusqu'au jour où se dévoile un des plus importants parmi les artifices névrotiques : le malade se sert de «  l'incon­scient » pour pouvoir poursuivre son but de la supériorité avec ses anciens symptômes et préparations. Il prétend pouvoir répéter ce qui est juste, mais il ne le comprend pas, ne comprend pas les connexions, se défend contre une compréhension profonde, parfois aussi pour avoir raison en face du médecin. Cette constatation nous amène de nouveau vers la ligne de l'éclaircissement explicatif dont je parle dans mon travail : Le Tempérament nerveux 66 en traitant du style de vie névrotique. L'âme névrosée, afin de pouvoir se diriger vers ses buts surtendus,se voit obligée de recourir à des artifices et des feintes. Un de ces artifices consiste à transférer le but ou son équivalent dans l'inconscient. Si ce but se trouve en tant que «  morale » dans une expérience vécue ou dans un fantasme, ils peuvent succomber entièrement ou partielle­ment à l'amnésie, ce qui rend indiscernable le but final fictif. Le malade, mais aussi le critique, arrivent à ce même résultat, s'ils oublient qu'un souvenir enregistré, un symptôme, un fantasme, démontrent tendancieusement plus, et quelque chose de plus important, pour le sujet, qu'on ne pourrait croire à première vue.

On peut exprimer cette idée autrement en disant que ce même but, ou ces fragments d'expériences vécues ou de fantasmes, reliés à ce but, doivent rester suffisamment accessibles à la conscience, pour permettre un rehaussement de l'idéal personnel. L'importance biologique de la conscience, ainsi que celle de l'inconscient, résident donc dans le frayage de l'action, suivant un plan de vie uniformément orienté. Cette conception va de pair avec les très précieuses doctrines de Vaihinger et de Bergson, et elle démontre l'élaboration de la conscience à partir de l'instinct, avec ses qualités agressives.

La représentation consciente, obéissant à un idéal névrotique surtendu, est, elle aussi, dans le degré de l'état conscient un artifice de l'âme, comme cela ressort très nettement de l'analyse des idées surtendues du délire, des hallucinations, de la psychose en général, toutefois sans que le plan d'action, donc le sens des manifestations devienne dans ces cas conscient et compré­hensible. Chaque manifestation consciente du psychisme nous fournit aussi bien des indices quant au but final inconscient, que le fait la tendance incon­sciente, lorsqu'on arrive à la saisir correctement. Le terme gratuit d'une «  conscience superficielle » ne peut tromper que celui qui ignore leur relation. La contradiction apparente entre tendances consciente et inconsciente n'est en réalité qu'une opposition des moyens, au service du but final de l'élévation de la personnalité, toutefois sans importance pour le but fictif de la ressemblance à Dieu.

Ce but final et ses modalités surtendues doivent rester incompris dans l'inconscient pour ne pas risquer de se trouver anéantis du fait d'une contra­diction manifeste face à la réalité, et pour permettre une action dans le sens de la ligne directrice névrotique. Là où la faculté consciente devient indispen­sable, en tant que moyen de la vie, en tant que protection de l'unité de la personnalité et de l'idéal de la personnalité, elle fait son apparition sous une forme appropriée et de dimensions suffisantes. Même le but final, le plan de vie névrotique, peut faire son apparition dans la conscience si ce processus se montre apte à réaliser une élévation de la valeur personnelle. Il en est ainsi surtout dans les psychoses. Lorsque le but névrotique risque de s'annuler, en devenant conscient du fait de sa grande contradiction avec le sentiment social, il maintient le plan de vie dans l'inconscient.

Ces constatations, résultat de données psychologiques, trouvent leur con­firmation théorique dans une conclusion qui - quoique pas nettement formulée - ressort de la doctrine fondamentale de Vaihinger sur la nature de la fiction.

Dans une grandiose synthèse, Ce chercheur génial définit la nature du processus idéatoire comme étant un moyen de dompter, de venir à bout de la vie, grâce à l'artifice d'une idée fictive, idée sans valeur théorique, mais utile pratiquement dans la recherche pour atteindre un but. Si cette profonde compréhension et clarification de la nature de la fiction étaient nécessaires pour nous familiariser avec les artifices de notre pensée constatation, qui transformera notre vision sur le monde sa «  découverte » se trouve déjà ébauchée dans cette donnée que la fiction directrice de la vie psychique appar­tient à l'inconscient, et que son apparition dans la conscience se montrerait superflue, voire gênante, pour le but final.

La psychothérapie peut commencer à ce point précis, en rendant con­sciente l'idée directrice de grandeur, et en annulant par la critique son efficacité pour l'action. Dans les lignes suivantes nous nous proposons de démontrer grâce a des exemples que seule l'idée directrice inconsciente de la personnalité rend vraiment possible l'existence du système névrotique 67.

I. - La nièce employée dans le magasin d'une de mes malades lui donne son congé. La malade se fait du souci, prétendant que cette nièce - bien que peu estimée auparavant - est irremplaçable. Elle se lamente, disant qu'elle ne pourra jamais faire tout le travail et se demande quelle personne engager à la place de la nièce. Le mari ne peut pas la remplacer. La bonne est un perroquet. Il ressort très nettement de ces lamentations un : «  moi seule, toujours moi » et «  que se passerait-il si je n'étais pas là ? »

Cette malade souffre d'agoraphobie, ce qui signifie : elle ne peut quitter sa maison. Comment le pourrait-elle si elle doit toujours se «  mettre en vitrine ». Grâce à son agoraphobie elle peut rester à la maison et démontrer qu'elle est irremplaçable. Elle souffre de douleurs dans les jambes et prend quatre à cinq comprimés d'aspirine par jour. La nuit ses douleurs l'éveillent, elle prend alors des médicaments, médite sur ses affaires, et cela à plusieurs reprises dans la nuit. Ses douleurs qui l'éveillent lui permettent de penser à la marche de ses affaires et de montrer son importance. L'idéal surtendu de sa valeur - être semblable à l'homme, être une véritable reine - être partout la première, ne peut devenir efficace que tant qu'il reste inconscient. Des réminiscences de son enfance, où elle enviait la condition des garçons, se superposent à ses conceptions actuelles sur l'infériorité des femmes. Dans ses rêves elle se voit souvent dans un palais royal.

II. - Rêve d'une malade âgée de 26 ans, souffrant d'accès de colère, idées de suicide, fugues.

«  Je me voyais mariée, mon mari était un homme brun, de taille moyenne, je lui disais : Si tu ne m'aides pas à atteindre mon but, j'essaierai d'y parvenir par tous les moyens, même contre ta volonté. »

Le but de cette malade, pendant son enfance, était de se transformer en homme (voir Kainois, Ovide) afin de toujours pouvoir dominer.

Ce but n'était pas inconscient pendant son enfance, quoique pour la petite fille il ne représentât pas tout ce que ce concept peut nous signifier. La signification psychologique et sociale, en effet, ne pouvait pas être saisie par l'enfant dans toute sa clarté, mais elle se manifestait par une turbulence exagérée, par un grand besoin de porter des habits de garçon, de grimper sur des arbres, de jouer dans des jeux collectifs le rôle de l'homme et d'attribuer aux garçons - pour admettre le principe de la métamorphose - des rôles fémi­nins. Notre malade était une enfant intelligente et très vite elle avait compris que sa fiction était insoutenable. À partir de ce moment elle arriva à l'état d'esprit suivant : 1º la fiction se modifia : il faut que tout le monde me gâte. Réduite à ses lignes dynamiques cela signifie : je dois dominer tout le monde et attirer l'intérêt de tous sur ma personne ; 2º elle oublia, «  refoula », son idée directrice originelle - afin de pouvoir la conserver. Cet artifice du psychisme est extrêmement important. Il me semble superflu de préciser qu'il ne s'agit jamais, dans ce cas, d'un refoulement dans l'inconscient de tendances sexuelles ou de complexes, mais toujours d'une transposition dans l'incon­scient de tendances de domination, provenant de l'idéal directeur de la personnalité, donc de fictions indispensables pour le maintien de cet idéal qu'il s'agit cependant de soustraire à la mise en action consciente, à toute épreuve et à tout risque de rectification. Le déguisement des tendances dominatrices sous une apparence sexuelle ne correspond qu'à un aspect superficiel et à un camouflage de la volonté de puissance, qui elle est plus profonde. L'idéal de la personnalité se préserve ainsi de sa dissolution, afin de maintenir l'unité de la personnalité, désirée par-dessus tout et de nécessité vitale, en voilant et soustrayant sa fiction au domaine de la conscience. La technique de ce camou­flage se propose de soustraire les prémices de l'action à tout éclaircissement par la raison. Le comportement névrosé du malade doit lui paraître inatta­quable et lui assurer sa position dominatrice névrotique, alors que les prémices incomprises de ses agissements sont basées sur un profond sentiment d'infériorité.

III. - Rêve d'un malade souffrant de maladresse et d'incapacité au travail, fantasmes sadiques et perversions, tentatives de suicide, masturbation, idées de persécution.

«  Je disais à ma tante, à présent j'en ai fini avec Mme P... Je connais tous ses traits de caractère, bons et mauvais, et je me mis à les énumérer. Ma tante dit : tu as oublié un trait de caractère : le besoin de dominer. »

La tante est une femme sarcastique, ayant un vif esprit d'à-propos. Mme P... a joué un jeu cruel avec le malade, jeu qui le rendit furieux. Par son attitude, elle lui montra qu'elle avait peu d'estime pour lui, le repoussait pour l'attirer de nouveau, quelque temps après. Mais notre malade ne retenait que les humiliations ; comme pour d'autres névrosés, ses échecs étaient pour notre malade des «  motifs » pour se fixer davantage à ce niveau, afin d'arriver à obtenir un changement de la situation, peut-être même de la dominer ou au moins d'y perdre son temps, pour pouvoir exclure d'autres femmes. Le sentiment d'infériorité ravivé et amplifié, cherche alors une surcompensation. C'est un trait typique de l'âme névrosée de ne jamais pouvoir se défaire d'êtres humains qui leur ont causé une humiliation. La compréhension de pareil caractère éclaire pour nous toute l'énigme de la névrose, cette antithèse du «  oui - mais ».

Pareils traits de caractère sont désignés en littérature sous le terme de masochistes. Dans mon travail sur la psychothérapie de la névralgie du trijumeau, dans le présent ouvrage, j'ai déjà éclairci cette erreur déroutante. On ne peut parler que de traits pseudo-masochistes car, comme en cas de sadisme, ils servent la tendance à la domination et paraissent contradictoires et ambivalents tant qu'on ignore que les deux formes de la vie, de valeur égale, poursuivent le même but. Ils sont contradictoires pour l'observateur, mais non pour le malade, compte tenu du point de vue d'un plan vital névrotique bien compris.

Depuis toujours notre malade avait une grande tendance à considérer le monde et l'humanité dans une attitude analytique. Ce trait caractériel provenait de sa très grande tendance à la dépréciation. Le névrosé agit d'une façon formelle d'après le proverbe : Divide et impera. Il arrive à découper les plus tendres connexions, et de ce fait il se crée un ensemble d'échantillons sans valeur. Ecce homo ! mais est-ce vraiment l'homme ? Est-ce vraiment un psychisme vivant ? Est-ce que cette antithèse bizarre où se trouvent placés face à face la conscience et l'inconscient, ne représente pas l'expression de la pensée sur un mode infantile.

Notre malade aimerait être sarcastique, comme sa tante, mais il a l'esprit d'escalier et toute faculté de réplique pertinente lui manque. Cette «  attitude hésitante », il la doit à son plan de vie qui l'oblige à formuler ses réponses de façon telle que l'adversaire se trouve anéanti, ou encore de ne rien dire ou de répondre de façon si insuffisante que l'entourage et lui-même arrivent à la conclusion qu'il fallait le ménager et lui venir en aide par tous les moyens disponibles.

La veille de son rêve le malade se trouvait sous l'influence d'une conversa­tion avec son frère aîné, vis-à-vis duquel il s'était toujours senti inférieur. Le frère lui avait promis de faire des tentatives pour lui trouver (pour la dernière fois) un travail.

Or c'était le propre de notre malade de faire échouer pareilles tentatives du frère et le traitement a été institué le lendemain d'une tentative de suicide, qu'il avait précisément faite peu de temps après avoir remercié son frère de lui avoir procuré une place. Lorsque son frère lui fit un jour des reproches, à cause de ses habits négligés, il rêva qu'il portait un costume sur lequel il avait renversé de l'encre. Étant au courant de la situation psychique d'un malade on peut facilement comprendre ses rêves, sans grand effort d'interprétation. Nous y retrouvons des pensées et des actions anticipées, visant à diminuer le frère, en neutralisant en secret son influence et ses performances. Il faut savoir que notre malade se dit grand moraliste, ce qui l'élève au-dessus du niveau de son frère.

Les tentatives de dépréciation du frère travaillent donc en secret, dans l'inconscient. Néanmoins, elles atteignent par cette voie leur but, mieux qu'elle n'auraient pu le faire par la voie de la conscience, étant donné que l'interven­tion du sentiment social devient impossible.

Il est facile de préciser d'où provenait cette tendance à la dépréciation. Elle est la conséquence d'une idée de grandeur compensatrice, surtendue, de notre malade. Pourquoi travaille-t-elle dans l'inconscient ? Afin de pouvoir se Manifester, car l'idéal de la personnalité de notre malade se trouverait réduit par pareille attitude, consciemment dégradante et humiliante. Le sujet se sentirait inférieur, d'où, par un détour, la nécessité de traits caractériels de la maladresse et les finesses et raffinements de l'infériorité dans la profession et la vie. À ce même but servent également ses tentatives de suicide, dans les cas extrêmes, et la menace secrète, afin de renforcer la pression vis-à-vis de son frère. Ainsi se trouvent accrus les efforts du frère et en même temps anéantis toutes ses tentatives (par exemple lui trouver une place).

Nous pouvons en déduire qu'il est possible de considérer l'action névroti­que comme si elle agissait consciemment, sous la contrainte d'un but donné 68. Et pour conclure, nous pouvons dire : l'inconscience d'une fiction, d'un événement moralisateur ou d'un souvenir se réalisent en tant qu'artifice du psychisme, lorsque le sentiment de la personnalité, et que son unité, se trouvent menacés par une prise de conscience.

«  Noubliez pas votre tendance à la domination » était mon cri de mise en garde, adressé à ce malade. Dans son rêve il me place sur le même plan que sa tante et son frère, de Mme P... aussi, qui lui était supérieure. Cette féminisa­tion de deux hommes se réalise sous la même impulsion de dépréciation, dont nous venons de parler. Mais dans son rêve le malade adopte déjà une attitude critique vis-à-vis de lui-même, par la bouche de la tante, c'est-à-dire par mes propres paroles. Car il est du plus haut devoir des psychothérapeutes d'exercer une action de redressement auprès de leurs malades. On voit le stade actuel de ce cas de névrose. L'humiliation infligée par le frère l'incite à déprécier ce frère et à ce moment il se rappelle à l'ordre comme je l'aurais fait. Le lende­main il adressa une lettre à sa sœur, lettre qu'il lui devait depuis longtemps. Pour la première fois il se plaignit auprès d'elle de l'arrogance de son frère. À la fin il demanda à la sœur qu'elle garde le secret de cette lettre. La lutte ouverte lui paraissait encore trop difficile étant donné qu'elle risquait de dévoiler la volonté de puissance secrète du malade.


65   Voir le chapitre sur «  la résistance dans le traitement », dans cet ouvrage.

66   Le Tempérament nerveux, Payot, Paris.

67   La contradiction avec la doctrine de Freud et d'autres auteurs se manifeste ici très nette­ment. L'unité de la personnalité et le besoin de la maintenir dominent en réalité le but fictif et l'étendue du domaine conscient et inconscient.

68   Le malade procède de façon téléologique.