Chapitre XXII. Mélancolie et paranoïa. Contribution de la psychologie individuelle comparée à l'étude des psychoses

Remarques préliminaires : Les forces conditionnant les névroses et psychoses, que j'ai étudiées et décrites, se présentent de la façon suivante : - sentiment d'infériorité infantile - tendances protectrices - recherches d'une compensation - but fictif de la supériorité acquis dans l'enfance, méthodes éprouvées agissant ensuite téléologiquement - traits de caractère, états affec­tifs, symptômes et attitudes prises à l'égard des exigences de la vie en société - l'utilisation de toutes ces méthodes dans le but d'un accroissement imaginaire de la personnalité aux dépens de l'entourage -recherche de détours et création d'une distance entre le sujet et les attentes de la communauté pour échapper à la fois à une évaluation juste de la vie et à la responsabilité personnelle, finalement la perspective et le but final névrotiques, allant parfois tendan­cieusement jusqu'à la dévaluation insensée de la réalité.

Tous ces faits, l'exclusion de toute relation avec autrui et de toute coopé­ration chez le malade, m'ont conduit, ainsi qu'un certain nombre d'autres chercheurs, à poser un principe d'explication, principe qui s'est montré valable et essentiel dans la compréhension des névroses et des psychoses. Les méca­nismes mentionnés ci-dessus sont décrits en détail dans mes livres suivants : Le Tempérament nerveux, La compensation psychique de l'état d'infériorité des organes, La connaissance de l'homme 79 et dans le présent ouvrage.

Mes récentes conclusions sur le mécanisme des psychoses peuvent être exposées comme suit : Aux trois conditions fondamentales de la folie déjà indiquées :

- les représentations anticipées et hallucinatoires d'un désir ou d'une crainte dans le but d'obtenir une sécurité

- la dévaluation tendancieuse de la réalité ;

- le rehaussement conséquent de la conscience du soi ; il faut ajouter deux autres éléments très significatifs

- la lutte contre l'entourage restreint ou étendu ;

- le transfert de la scène des activités de la sphère d'action principale à une sphère subsidiaire.

Ces cinq conditions de la folie se tiennent évidemment dans un rapport logique et psychologique.

Dans les chapitres suivants, préparés pour le Congrès de Psychologie et de Psychiatrie qui devait se tenir à Berne en 1914, et que je fais éditer maintenant sans changement, je vais essayer de présenter la structure psychologique de la mélancolie et de la paranoïa en accord avec les conclusions que je viens d'exposer.

I. - Mélancolie

Attitude et plans de vie des individus disposés à la mélancolie -apparition de la maladie et lutte contre l'entourage - transfert à une sphère d'action subsidiaire par crainte de prendre des décisions humiliantes.

1°. - La mélancolie se développe chez les êtres qui, dès leur plus tendre enfance, ont été sous la dépendance des actes et de l'aide des autres pour la conduite de leur propre vie. Prédominent des succès faciles d'une activité défectueuse et des manifestations d'un genre non viril. De telles personnes se limitent en général à la société de leur famille ou d'un cercle d'amis restreint et fidèle. Ils tentent toujours de se reposer sur les autres et de les forcer à se soumettre à eux en faisant des allusions exagérées concernant leur propre incapacité. Ils abusent de leur pouvoir sous le prétexte d'exigences éthiques. Que leur égoïsme effroyable, dans une époque de fanfaronnade, leur apporte parfois des succès extérieurs, ne vient pas du tout contredire notre déclaration. Ou bien ils se détournent ou bien ils ne s'approchent qu'en hésitant, - surtout si des difficultés se présentent à eux - des problèmes fondamentaux de leur propre vie, de sa progression, de son développement, et même de leur adhé­rence à leur propre champ d'action. Le type maniaco-dépressif peut être caractérisé par le fait qu'il commence tout avec enthousiasme mais perd rapidement son intérêt.

Le rythme caractéristique et habituel de leurs mouvements et de leurs attitudes lorsqu'ils sont en bonne santé se trouve intensifié et renforcé pendant la période de leur maladie, lors d'un échec, car ils ont recours à des idées morbides qu'ils élaborent alors ostensiblement et de façon démonstrative.

Entre ces deux états on trouve les périodes de mélancolie intermittentes lorsque le malade, pour se garder de quelque exigence de la vie (mariage, profession, société), a recours à ses doutes habituels à l'égard de son succès.

2° Toute la conduite de vie du «  type mélancolique » montre un point de départ présupposé fictif mais qui cependant englobe tout le psychisme, une perspective mélancolique qui a des racines dans la vie psychique infantile, perspective selon laquelle la vie ressemble à un jeu de hasard difficile et effrayant dans un inonde plein d'obstacles où la majorité des hommes se montrent hostiles. Nous reconnaissons dans cette attitude antagoniste au sens de la communauté un sentiment d'infériorité exacerbé, un des artifices se trouvant à la base du caractère névrotique que j'ai décrit. Protégés par des tendances agressives particulières se trouvant transformées en traits de caractère, états affectifs, préparatifs et actes (les larmes), ces sujets se sentent capables de faire face à la vie et ils tentent, lorsqu'ils sont en bonne santé, d'acquérir une certaine réputation dans leur cercle restreint d'amis, ce qui leur fournit une certaine assurance. En concrétisant leur sentiment d'infériorité subjectif, ils réclament ouvertement ou en secret, dès l'enfance, une aide accrue aux infirmes, tout en imposant aux autres la soumission et un dévoue­ment extrême.

3º De leurs tentatives incessantes faites depuis l'enfance pour gagner du prestige, on peut déduire que leur autoestimation est bien faible mais toutes leurs actions semblent suggérer l'idée (et ces allusions déguisées montrent une affinité psychique avec la paranoïa) qu'ils ont manqué quelque occasion extraordinaire pour se développer.

Ils indiquent comme source de leur échec des circonstances familiales défavorables ou trahissent dans leurs idées mélancoliques la croyance bien établie qu'ils sont des surhommes, ou même qu'ils détiennent des pouvoirs divins. C'est sur de telles croyances que se basent les lamentations de ces malades, qui représentent en réalité une idée déguisée de grandeur. Ils gémissent sur le sort terrible qui attend leur famille lorsqu'ils seront partis, ou bien ils s'accusent d'une partie de la destruction du monde, de l'éclatement de la guerre mondiale ou de la mort et de la ruine de certains peuples.

On trouve souvent dans cette lamentation sur sa propre indignité, un signe avertisseur des dangers matériels et moraux réels concernant la famille et les amis avec une forte accentuation de leur propre valeur. Tel est le but des victimes de la mélancolie et c'est dans un tel but qu'ils s'accusent ouvertement de toutes sortes d'infériorités et prennent ostensiblement sur eux le blâme pour toutes sortes d'échecs et d'erreurs. Le succès de leur comportement est tel que, pour le moins, ils deviennent le centre d'attention de leur cercle, limité et sont à même de contraindre à des sacrifices notables en leur faveur les personnes qui se sentent obligées de les aider dans leurs activités, et de montrer à leur égard la plus grande bienveillance. D'un autre côté, eux-mêmes se sentent libérés de tout sentiment d'obligation ou de lien, condition qui convient bien à leur idéal égocentrique, car ce même idéal leur fait ressentir tout lien avec les autres, toute adaptation aux autres ou toute interférence des autres dans leurs droits, comme une contrainte insupportable et une perte sérieuse de leur prestige personnel. En même temps que ces accusations et reproches qu'ils se font à eux-mêmes nous trouvons des allusions déguisées à l'hérédité, aux erreurs des parents qui les ont élevés, à un manque de considération de la part des proches et des supérieurs. Ces accusations portées contre les autres (autre lien avec la paranoïa) peuvent se déduire de la situation mélancolique initiale. Par exemple, lorsqu'un accès de mélancolie survient chez une fille cadette dont la mère a décidé de partir pour un long voyage avec la fille aînée, ou lorsqu'un homme d'affaires tombe malade après qu'il ait été incité - contre sa volonté - à prendre certaines décisions sous la pression de son associé.

Les références aux déficiences, aux anomalies corporelles, etc., servent aussi à établir le fait que, suivant le malade, nous sommes -dans son cas en présence d'une maladie incurable, ce qui bien sûr augmente d'autant son importance.

La mélancolie, comme d'ailleurs toutes les névroses et psychoses, sert le but du malade de rehausser la valeur sociale de sa propre volonté et de son égocentrisme, du moins dans son opinion personnelle. Sa spécificité forcée se façonne sous la contrainte d'un sentiment d'insatisfaction profondément ressenti et d'un sentiment d'infériorité qui, en toute objectivité, sont injustifia­bles. Nous avons décrit l'aspect caractériel infantile de ces malades. C'est un prix incroyablement élevé que ces sujets paient pour leur comportement rigide dans les situations difficiles de leur existence, comportement que définit la grande tension avec laquelle ils affrontent la vie. Leur ambition maladive qui les pousse toujours avec insistance, bien qu'ils en soient tout tremblants, à rechercher la supériorité, les oblige de même à se retirer devant les devoirs sociaux les plus importants. En ayant recours à un amoindrissement systé­matique d'eux-mêmes, ils atteignent un chemin subsidiaire représenté par un cercle d'amis strictement limité, et par des devoirs auxquels ils se plient jusqu'à ce qu'ils soient effrayés par quelque changement qui leur apparaît comme étant lourd de conséquences. À partir de ce moment le schéma qu'ils ont construit pendant l'enfance, et qui n'a jamais été repris ou éprouvé, s'interpose : ils diminuent leur propre importance pour gagner de la puissance à partir de leur faiblesse et de leur maladie.

4°. L'arme la plus puissante du type mélancolique, arme dont il s'est servi pour hausser sa position et qu'il utilise depuis l'enfance, se ramène aux plaintes, aux larmes et à l'état dépressif. Il montre sa faiblesse et la nécessité d'un secours d'une manière si désespérée qu'il amène ou contraint les autres à l'aider.

5°. À leur manière ces malades obtiennent l'apparence et la conviction de l'irresponsabilité de leur échec dans la vie, à force d'insister sans relâche sur la nature inaltérable de leur faiblesse et sur le peu d'aide dont on les entoure. L'affinité psychique avec les types phobique et hypocondriaque est clairement discernable. Cependant, ce qui caractérise particulièrement la mélancolie est le but d'une attaque plus puissante, avec un sentiment plus profond d'infé­riorité, où la réalisation de l'état morbide disparaît et où toute critique sur les idées maniaques est exclue, car la tragédie inévitable a été prévue à l'avance et le danger imminent accepté comme évident. L'impératif catégorique de la mélancolie est : «  agis, pense et ressens comme si l'horrible destin que tu as évoqué, t'était déjà échu et était inévitable. »

Ce qui est avant tout admis par le mélancolique est sa faculté d'une vision prophétique, il est semblable à Dieu. Ce n'est qu'en poussant jusqu'au bout cette reconnaissance, mesurée suivant le lien commun de la perspective pessimiste, que s'éclaircit l'interrelation entre la névrose et la psychose. Pour prendre des exemples simples : dans l'énurésie nocturne c'est un «  agis comme si tu te trouvais dans les lavabos » - pour la terreur nocturne c'est «  agis comme s'il y avait un grand danger ». Pour les sensations neurasthéniques, les sensations hystériques, les états de faiblesse, de paralysie, de vertiges, de nausée c'est un : «  Imagine que tu as un casque sur la tête, quelque chose qui colle à ta gorge, que tu te trouves près d'une syncope, que tu ne peux pas marcher, que tout est en train de tourner autour de toi-même, que tu as mangé quelque nourriture infecte, etc. »

C'est toujours une question d'effet sur l'entourage. Cela est vrai, comme je l'ai déjà dit, dans le cas d'épilepsie essentielle dans laquelle sont représentés comme dans une pantomime, la mort, la rage impuissante, les manifestations de l'empoisonnement, les assauts contre le danger et la défaite. La nature de la mimique dépend des possibilités de l'organisme que l'on peut souvent déduire des manifestations d'infériorité héritées (Adler, La compensation psychique de l'état d'infériorité des organes, Payot, Paris, 1956), et elles commencent à jouer un rôle dès qu'elles sont en mesure de profiter des ou aux idéaux supérieurs du névrosé 80. Dans tous les cas cependant, le symptôme du malade ou son attaque signifient qu'il s'est retiré du présent (au moyen de l'anti­cipation) ou de la réalité (par l'absorption de son rôle). Le succès de cette fuite s'exprime certainement au mieux dans l'épilepsie essentielle. Un des traits qui se retrouve le plus souvent chez ce type est le fait que le malade est le dernier-né (parfois suivi longtemps après par un autre enfant), asymétrie faciale avec léger déplacement vers le bas de l'hémiface droit, l'os pariétal est légèrement saillant et le sujet est parfois gaucher.

La psychose découvre, en accord avec une attitude plus déterminée du malade, sur le point d'abandonner tout effort honnête, une tendance plus mar­quée à se retirer du monde ainsi qu'une dépréciation plus intense et une recherche de violation de la réalité.

6° Dans la psychose comme dans la névrose, le recours intensif au carac­tère inaltérable de leurs faiblesses et du triste destin qui les attend se montre, comme dans le trac des artistes, nécessaire dans les situations nouvelles et apparemment difficiles, les décisions professionnelles, de la vie amoureuse, ou toutes sortes de preuves imaginées pour développer l'hésitation ou la tendance à s'enfuir. L'observateur doit éviter de surestimer sa propre opinion concernant les difficultés de la situation. En effet, ce qui guide le mélan­colique dans ses craintes, ce qui forge ses idées délirantes «  incorri­gibles », n'est pas un manque d'intelligence ou de logique, mais le manque de désir, une non-volonté méthodique d'appliquer la logique. Le malade pensera et même agira de façon illogique seulement si c'est le seul chemin, au moyen de son délire, d'approcher son but et d'accroître la conscience de sa personnalité. Tous ceux qui essayent de se mêler de son délire lui paraissent en consé­quence des ennemis, et il considère toutes les mesures médicales et toutes les tentatives de persuasion thérapeutiques, logiquement comme dirigées contre sa position.

7°. Une des caractéristiques du type mélancolique est qu'il réussit à établir le dessin de sa maladie en mettant en oeuvre des préparatifs construits depuis longtemps et que, en parlant librement et plus qu'ouvertement de sa maladie, il force son entourage à une contribution et une aide continuelles et inutiles. L'inutilité de tout apaisement venant de l'extérieur, une fois la mélancolie manifestée, ne vient pas d'un manque de déduction logique, mais d'un désir inflexible du malade de pousser à l'extrême le choc infligé à l'entourage, de limiter ses possibilités d'action et de le priver de toute perspective d'amélio­ration. La guérison se produira, suivant le degré de confiance en la vie qui reste au malade, dès qu'il aura joui de la satisfaction d'avoir démontré sa supériorité et qu'il se trouvera encouragé. Des résultats prometteurs ont été obtenus par des références habiles à des rapports réels, faites sans la moindre prétention de vouloir poser à la supériorité ou d'être toujours dans le vrai. Prédire quand l'état mélancolique s'arrêtera n'est certainement pas plus facile que de prédire quand un enfant s'arrêtera de pleurer ou d'être en colère. Les situations désespérées, un manque inhabituel de courage vital, manifesté depuis la plus tendre enfance, les provocations et un manque de respect manifeste de la part de l'entourage peuvent conduire aux tentatives de suicide, acte extrême de vengeance d'une activité continuellement dirigée contre sa propre personne. Il est évident que l'âge avancé du sujet diminue les possi­bilités d'encouragement.

La crainte d'un manque de succès, l'anxiété, la concurrence, l'idée de ne pas être capable de tenir tête à la société ou à la famille, obligent ce type de malade, en cas de difficulté réelle ou alléguée à anticiper sur leur ruine. L'optique mélancolique, naissant de cette absorption de soi de plus en plus profondément enracinée dans la vie et les rêves du malade, par ses influences continuelles sur l'organisme devient la cause d'un fonctionnement de plus en plus médiocre des organes. En procédant avec soin on peut formuler un pronostic suivant le fonctionnement des organes, la démarche, le sommeil, la force musculaire, l'activité cardiaque, les manifestations intestinales, etc. Les relations psychologiques viennent à l'encontre de l'interprétation étiologique des découvertes d'Abderhalden sur la psychose. De notre point de vue elles doivent représenter des conséquences nettement conditionnées ou simplement des symptômes intensifiés apparaissant dans les psychoses, d'une infériorité organique héréditaire. Par-dessus tout nous devons insister sur le fait que l'infériorité organique peut représenter un facteur étiologique significatif dans le stade final d'un sentiment d'infériorité infantile 81.

8° Dans la mesure où ils peuvent être influencés, les organes passent en conséquence sous la coupe du but mélancolique, et ajustent leur fonction­nement selon les besoins de la situation aidant ainsi à établir la physionomie d'une mélancolie clinique (cœur, attitude corporelle, appétit, sommeil, fonctions d'excrétion, cours de la pensée). Dans la mesure où ils obéissent à la volonté et au système végétatif ils sont transposés dans l'état affectif mélan­colique. Ou bien il peut arriver que la fonction reste à peu près normale, mais que le malade la ressente comme défectueuse et qu'il s'en plaigne. Parfois des troubles ou un état d'irritabilité sont provoqués par le malade au moyen d'un comportement manifestement dénué de sens (par des troubles dans le sommeil, par sa préoccupation accrue concernant les fonctions urinaires et les selles).

9° Dans ce dernier cas et en ce qui concerne l'acceptation de la nourriture, le malade montre souvent une série de troubles produits par autosuggestion survenant d'une façon systématique et méthodique sans autocritique suffi­sante. Ces manifestations, de même que les exigences exhaustives du malade concernant les fonctions de son organisme, enfin son évaluation erronée d'une norme fictive, qu'il prétend ignorer, montrent son désir de se procurer une preuve réelle de sa maladie.

10° L'acceptation de la nourriture est réduite en ayant recours à des idées de dégoût ou à des soupçons anxieux (poison), et, comme pour toutes les autres fonctions, elle se trouve sous la pression d'un état affectif mélancolique délibéré («  comme si tout effort ne servait à rien, et que tout devait mal finir »). Le sommeil est trouble par des méditations stériles et par des idées sur la fonction hypnique, le malade ayant parfois également recours à des moyens nettement contraires. Les fonctions d'excrétion peuvent être troublées soit par des influences contraires, soit par des plaintes constantes à leur sujet, en produisant dans certains cas un état d'irritation dans les organes respectifs. L'activité cardiaque, la respiration, l'attitude de la personne malade, les glan­des lacrymales parfois, subissent la pression de la fiction mélancolique qui tend à une identification incessante avec un état de désespoir et de douleur morale.

11°  Une étude plus précise, qui n'est possible qu'au moyen d'une approche synthétique grâce à la psychologie individuelle comparée, montre que l'attitude mélancolique est le tableau morbide d'une condition vitale donnée, et en même temps une arme offensive de ces personnes se trouvant dans une situation spéciale, personnes chez lesquelles nous pouvions nous attendre à des poussées de colère, de rage ou de vengeance 82. La déficience de l'activité sociale, datant de l'enfance, conditionne cette attitude agressive particulière qui, de même que le suicide, du fait de la blessure infligée à sa propre person­ne menace l'entourage par ses actes de vengeance.

Parfois, dans le raptus melancholicus ou le suicide -représentant toujours un acte de vengance-, l'explosion affective s'exprime clairement.

12°  La présupposition de toute activité, à savoir la référence cachée à l'importance de sa propre personne, qui s'exprime dans la demande de subor­dination des autres, des services des autres, n'est jamais absente 83. Comme l'insistance sur la culpabilité des autres est toujours présente, l'attitude mélancolique établit ainsi la supériorité fictive et l'irresponsabilité du malade. Par renforcement des traits mentionnés ci-dessus (insistance sur la culpabilité des autres) des nuances paranoïaques peuvent s'insinuer dans la mélancolie.

13°  Du fait que son voisin lui sert de moyen pour hausser la valeur de sa personnalité (comme aussi la maladie), la pose de l'amitié et de la bienveil­lance sont à sa disposition. L'individu mélancolique ne connaît aucune limite à la tyrannie qu'il exerce sur les autres, leur ôtant tous leurs espoirs ; il ira jusqu'au suicide même ou à la pensée du suicide s'il est obligé de renoncer à son objectif principal, d'être libéré des exigences des autres. Il commettra même le suicide s'il vient a rencontrer des obstacles invincibles.

14°. En d'autres termes une crise de mélancolie représente la situation idéale pour les individus de ce type lorsque leur position est menacée. Néan­moins il serait inutile de poser la question de savoir pourquoi le malade ne jouit pas de sa condition. En fait, la mélancolie se refuse à toute autre humeur et, comme le désir du malade est de réussir, il n'y a pas de place pour un sentiment de joie qui viendrait s'immiscer à son attitude dépressive.

15°  La mélancolie disparaît aussitôt que le malade a pu, d'une manière ou d'une autre retrouver, par la légitimation de sa maladie, son sentiment imaginaire de supériorité et une sécurité contre des malheurs éventuels.

16° L'attitude des personnes susceptibles de succomber à la mélancolie est depuis l'enfance faite de méfiance et d'esprit critique envers la société. Nous pouvons de même reconnaître dans cette attitude, en tant que présupposition primaire, un sentiment d'infériorité et sa compensation, et la recherche discrète d'une supériorité en dépit de toutes les affirmations contraires du malade.

II - Paranoïa

1° La paranoïa apparaît chez des personnes dont l'attitude envers la société est caractérisée par une tendance d'abord nettement ascendante de leur activité ou ligne de vie, s'arrêtant à une certaine distance du but qu'eux-mêmes ou leur entourage avait fixé. Par l'intermédiaire d'opérations, en large partie intellec­tuelles, mais également actives dans une lutte contre des difficultés forgées par eux, ils obtiennent une excuse inconsciente pour protéger, justifier ou remettre indéfiniment leur échec possible ou probable dans la vie.

2° Cette attitude est préparée dès l'enfance, elle est éprouvée, préservée et protégée contre les objections les plus sérieuses de la réalité. C'est pourquoi le système paranoïaque, plus que toute autre psychose, possède des traits bien définis et ne peut être influencé qu'au début et dans des circonstances favorables.

Dans la paranoïa ne sont jamais totalement détruits ni le sentiment de la communauté, ni sa fonction, la logique «  universellement valable » de la réalité. Mais il ne faut chercher la logique ni dans ses idées fixes, destinées à provoquer la révolte et l'anéantissement de «  l'adversaire », mais dans l'atti­tude globale dans la vie.

3° Une des présuppositions de cette attitude consiste en un profond sentiment d'insatisfaction en face de la vie, ressenti comme inéluctable, et qui oblige le malade à tenter de cacher son insuccès tant à lui-même qu'aux autres pour ne pas blesser son orgueil ou sa fierté.

4° À cette activité toujours présente et perceptible (en règle d'un type belligérant et, de par son but, dirigée vers un besoin de supériorité), est dû le fait que la crise ne survient que dans les années tardives. L'idée délirante obtient ainsi les traits d'un type extérieurement plus mûr.

5° Cette activité dont le but est un idéal de supériorité, doit, dans son développement, conduire automatiquement à une attitude de critique et d'hostilité envers l'entourage du malade, attitude qui, dans la dernière analyse, est dirigée contre les autres, contre des influences et des situations derrière lesquelles on suppose que se cache toute l'humanité. De cette manière les autres sont rendus responsables de l'échec des plans trop présomptueux du malade. Dans la paranoïa l'anticipation du but de supériorité (mégalomanie) sert également de base solide au sentiment de supériorité et permet au malade d'échapper à la responsabilité d'un échec dans la société, en créant des régions secondaires d'activité.

6° Dans l'attitude du paranoïaque nous trouvons le reflet de l'allure hostile à l'égard de ses semblables qui remonte à la plus tendre enfance. Cela découle automatiquement de la recherche active d'une supériorité universelle qui trouve son expression dans l'idée qu'on lui doit considération, le délire de persécution et la mégalomanie. Dans ces trois situations le malade se place toujours au centre de son entourage.

7° Dans la forme pure de la paranoïa, qui ne doit être considérée que comme cas limite, il y a toujours en conséquence une tendance ascendante agressive qui est arrêtée par la création du mécanisme délirant. Cela est également vrai pour la démence précoce où la peur de la vie et de ses exigences semble plus grande, et en conséquence se manifeste plut tôt. À la limite on peut noter des cas de cyclothymie, d'aboulie hystérique, de manifestations dépressives de type mélancolique et des névroses de conflit (cf. Le Tempérament nerveux, Payot, Paris) qui montrent une régression plus marquée d'un genre temporaire suivant une agression initiale. Dans l'optique dynamique le comportement de l'épilepsie psychogène, de l'alcoolisme chronique, du morphinisme et de la cocaïnomanie montre une grande affinité avec le comportement que nous venons de décrire. Les différences semblent consister dans la répression plus tenace et intermittente de ces dernières maladies, après une plus grande activité, ou encore un moindre degré de rigidité psychique.

La période «  normale », ou la partie apparemment «  saine » de la psychose a le but de se lier les autres, en leur donnant un certain espoir afin de mieux pouvoir les combattre. Il en est de même du sentiment amoureux dans la névrose.

8° On reconnaît clairement à la fois dans le flux et le reflux de la vague psychotique un trait hostile et belliqueux qui se termine souvent par le suicide. En réalité on doit déjà considérer la psychose comme étant le suicide intellectuel d'un individu qui se sent incapable de répondre aux demandes de la société ou d'atteindre son but. Dans son reflux on peut découvrir une secrète actio in distans, une hostilité envers la réalité, tandis que le flux indique sa faiblesse intérieure au moment de son exaltation, s'efforçant d'impressionner les autres comme par une fanfaronnade.

9° L'autoestimation du paranoïaque est amplifiée jusqu'à la ressemblance à Dieu. Elle repose sur un profond sentiment d'infériorité compensé, et elle montre sa faiblesse par la renonciation rapide à répondre aux demandes de la société, l'abandon des projets et le transfert du champ d'action dans le domaine du non-réel, par la tendance marquée à construire des excuses paranoïaques de nature anticipatoire et par l'insistance mise à accuser les autres. Le malade manque évidemment de confiance en lui-même. Sa méfiance à l'égard des autres hommes, de leur savoir et de leur puissance, le pousse a construire des idées cosmogoniques religieuses ou politiques, le contraste existant entre ses créations imaginaires et les vues générales lui permettant d'affirmer sa valeur et sa supériorité.

10° Les idées du paranoïaque sont très difficiles à corriger car le malade en a besoin sous cette forme précise s'il veut établir son point de vue d'irresponsabilité comme excuse pour son manque de succès, et s'il est obligé de cesser son activité dans la société. Ces idées lui permettent en même temps de maintenir sa fiction de supériorité, sans avoir à fournir des preuves ; car il peut toujours rejeter la faute sur le compte de l'hostilité des autres.

11° Si la passivité mélancolique est une actio in distans, obligeant les autres à se soumettre, le but de l'imagination active du paranoïaque consiste, pourrait-on dire, à obtenir une perte de temps et une excuse qui lui enlèveront toute responsabilité pour son insuccès.

12° À l'opposé de la mélancolie, son irresponsabilité se base davantage sur la culpabilité des autres, du moins extérieurement, ou sur des circonstances extérieures.

13° Chaque crise perceptible de paranoïa survient lorsque le malade se trouve dans une situation dangereuse où il sent définitivement perdues ses exigences surtendues concernant sa position sociale. En règle générale elle survient à la veille de quelque entreprise, au cours de son déroulement, ou bien encore par anticipation en face d'une situation dégradante ou du «  dan­ger » du vieillissement.

14° La rupture avec la réalité s'obtient par la création intermédiaire du mécanisme préparatoire du délire, grâce auquel est détruit le sentiment de responsabilité du malade. Le sentiment de son importance est cependant accru grâce à l'identification avec son délire de persécution, son orgueil délirant et sa mégalomanie. Ce mécanisme représente une activité compensatrice, née, de sa crainte d'une dépréciation, et il se développe dans le sens d'une «  protes­tation virile » comme nous l'avons démontré dans le cas de la psychologie des névroses (cf. Le Tempérament nerveux, Payot, Paris).

15° La construction des idées délirantes remonte à l'enfance où elle se trouve liée, d'une manière infantile, à des rêves éveillés et des désirs imagi­naires en rapport avec des situations humiliantes.

16° L'attitude paranoïaque impose au psychisme et à l'organisme leur attitude spécifique découlant du système délirant. Des expressions, des attitudes et des mouvements stéréotypés sont associés à l'idée directrice et se trouvent parfois aux confins de cette maladie et de la schizophrénie.

17° Des traits mélancoliques sont parfois jumelés avec ceux de la paranoïa. Nous trouvons en particulier les plaintes concernant un mauvais sommeil, une nourriture déficiente qui tendent, amplifiées, vers les idées de persécution, d'empoisonnement et de mégalomanie. Parfois cette dernière voie n'est suivie que pour mettre l'accent sur le caractère spécifique, extraordinaire de la maladie.

18° Les hallucinations sont liées à une assimilation du rôle à jouer et elles représentent à la fois des signes d'encouragement et de prudence. Elles sur­viennent lorsque la volonté du malade doit être considérée comme définitive sans cependant être tenue pour responsable. Ces signes doivent être compris comme étant des analogies, de même que le rêve ; ils n'ont pas besoin d'être intelligibles pour le malade, mais ils sont caractéristiques de la politique que le malade désire adopter à l'égard de certains problèmes. Les hallucinations et les rêves deviennent ainsi des moyens d'objectiver des tendances subjectives, à l'apparente objectivité desquelles le malade semble se rendre sans condition (consulter la théorie des rêves par l'auteur dans le chapitre «  Rêves et leur interprétation » du présent ouvrage ainsi que Le Tempérament nerveux, Payot, Paris).

La poussée vers l'irresponsabilité empêche la volonté d'être sous la direction de la réalité et elle met à sa place des visages et des signes appa­remment étranges.

19° Nous devons ajouter à ce qui précède la fixation du délire au moyen d'une sélection intéressée, c'est-à-dire tendancieuse, des souvenirs et une évaluation des expériences du point de vue de leur objet final.

Dans l'optique de la psychologie individuelle comparée nous voyous très clairement se dessiner cette tendance à l'établissement d'un système et sa nécessité vitale de par la nature du but qui est posé (ce but consiste en un ordre de retraite, un arrangement de non-responsabilité, de culpabilité des autres et la dissimulation de l'échec personnel).

20° Notre attitude montre ainsi que la paranoïa fait son apparition là où les individus normaux perdent leur courage, où des natures labiles se tournent vers le suicide ou se plaignent amèrement de la conduite des autres, où enfin les types les plus agressifs, fuyant les exigences de la vie, s'adonnent au crime et à l’alcoolisme. Seules les personnes bien préparées à s'adapter à la société gardent leur équilibre. Parfois nous rencontrons des mélanges de toutes ces tendances.

21° La lutte solitaire de l'individu à disposition paranoïaque dans le but de dominer, fait que les personnes de son entourage sont considérées comme ennemies ou comme les Pions d'un jeu d'échecs. Le sentiment de réelle bonne volonté à l'égard d'autrui est aussi complètement absent chez le paranoïaque que chez des individus affectés de névrose ou autre psychose. Un tel sujet ne peut être considéré comme participant sûr à la vie de la société et il commence d'autre part toutes les relations humaines (amour, amitié, travail, société, etc.) avec une attitude fausse. Cette attitude anormale résulte d'une autoévaluation trop faible et d'une surestimation des exigences de la vie. Cette attitude le conduit à créer l'arrangement de la névrose ou de la psychose. Son comporte­ment hostile envers la société n'est absolument pas inné et inexpugnable, il est seulement une porte de sortie tentante et insensée. Car il n'existe pas d'argu­ment s'opposant à la collaboration.

22° La paranoïa disparaît rarement, car elle se manifeste précisément à ce point de la vie où le malade s'attend à voir se produite un échec. Cependant des exagérations subjectives et irraisonnées peuvent être corrigées au début de la maladie. Dans pareil cas la maladie peut même être guérie.

23° Le comportement d'une personne prédisposée à la paranoïa manifeste des l'enfance un trait actif qui pourtant conduit la personne très aisément à un arrêt devant les difficultés. Nous trouvons souvent dans la vie du malade de fréquentes interruptions de sa ligne directe, de nature apparemment inexpli­cable. Toutes les entreprises qui retardent l'action (y compris les changements fréquents d'emploi et le vagabondage) sont en réalité voulues par l'idée direc­trice qui demande au malade de gaspiller son temps pour pouvoir en gagner.

L'amour de la domination, l'intolérance, l'absence de sentiment de camara­derie, le manque de relations amoureuses ou le choix de quelques personnes dociles sont des manifestations se retrouvant fréquemment dans la vie de ces sujets. On les reconnaît à leur nature geignarde et injustement critique.

Appendice. Extraits des rêves d'un mélancolique

Un fonctionnaire de quarante ans est transféré dans un autre bureau. Treize ans auparavant, dans une situation analogue, il avait manifesté des signes de mélancolie. Comme la première fois, il se trouve dans l'incapacité de faire son travail. Apparaissent alors incidemment des idées sur la responsabilité des autres dans sa condition. Selon lui il a été négligé et on lui a opposé des difficultés. Bref, nous voyons se dessiner vaguement, comme dans tous les cas de mélancolie, le chemin qui conduit à la paranoïa. Il me demanda du poison pour échapper à ses tourments. Les événements n'avaient pas d'importance, il en voyait toujours le mauvais côté. Des insomnies, des troubles digestifs, un état dépressif continu, une peur croissante de l'avenir, nous permirent de poser le diagnostic avec certitude.

J'ai montré plus haut pourquoi la mélancolie doit être considérée comme un «  problème restant », où la personne malade, pour prouver sa maladie, se met à s'accuser et se déprécier pour éviter d'avoir à prendre une décision nette. Notre malade par exemple essaiera, à sa manière, soit de circonvenir un succès, défavorable à ses plans, soit de l'affaiblir en prouvant qu'il est malade, soit enfin de l'interpréter comme un paiement partiel d'une faculté imaginaire qui dépasse tout ce que le monde connaît déjà. Il y a toujours présent ce besoin de violer la bonté des autres, qui doivent être ébranlés par la maladie et incités à une plus grande soumission en faveur du malade. En réduisant cette situation à son sens infantile, nous en arrivons au tableau de l'enfant qui pleure. Le malade se souvient de ses premières expériences d'enfant : il se dépeint comme le petit garçon couché sur le divan et en train de pleurer. A huit ans une de ses tantes l'ayant frappé, il court dans la cuisine en criant : «  Tu m'as déshonoré. » Grâce à cette nouvelle invention (torturer les spectateurs en pleurant et en gémissant) il peut maintenant faire face à toute situation nouvelle. Il ne faut pas oublier que cette invention n'est compré­hensible que si nous réalisons être en face d'un homme très ambitieux, qui n'a pas assez confiance en lui-même pour imaginer pouvoir atteindre son but de supériorité par des moyens directs. Il est très net que sous la pression de son idée secrète de ressemblance à Dieu il aimerait être libéré de la responsabilité de ses actes dans la vie réelle, de façon à être dispensé de devoir mettre son Dieu à l'épreuve. Cela explique son «  attitude hésitante » et l'arrangement inconscient qu'il fait pour «  le reste » et «  la distance » du but de supériorité qu'il a peur de perdre à l'occasion de toute nouvelle situation.

Pendant la première semaine de son traitement le malade rêva d'une catas­trophe mondiale (rêve raconté dans le chapitre XIX). Il met à jour le mécanisme de la mélancolie.

Il traduit la possibilité d'un manque total de responsabilité. Le malade se montre comme personnage puissant qui, en imagination, joue avec le destin du monde comme un dieu. Quand tout est sur le point de sauter, il peut faire n'importe quoi. Est-ce que nous ne retrouvons pas le même sentiment dans son «  tu m'as déshonoré » ? Quand il se sous-estime nous sommes en droit de continuer sa pensée : «  Maintenant je vais montrer mon plus puissant geste. » Est-ce qu'il n'y a pas du suicide dans l'air et la dépression n'est-elle pas employée dans un but d'extorsion ?

Tout doit se soumettre à sa volonté ! Tel est l'objet de sa mélancolie. Voici un second rêve : «  Une fille que je rencontre dans la rue vient dans ma chambre et se donne à moi d'elle-même. » Ce qu'il y a derrière ce rêve est bien simple. Comme je suis parfaitement éloigné de toute agressivité ouverte ! Il doit disposer d'un pouvoir magique qui oblige les autres à se soumettre à sa volonté ! Comme un prestidigitateur il fait apparaître les objets en menaçant le monde de destruction, par l'effet de sa dépression.

Un troisième rêve montre l'arrangement de sa dépression. «  Je trouve le travail d'un autre poste, que j'ai refusé, très facile. Tout est agréable et me convient. » En d'autres termes : «  Là où je ne suis pas, je trouve le bonheur. » C'est une sup. position, suggérée par son attitude, de façon à faire paraître sa situation actuelle comme pénible. Il est impossible de réfuter cette supposition car dans ce cas nous nous trouvons en face d'une situation irréalisable. De toute manière, si nous le transférions à cette place il trouverait quelque autre subterfuge.


79   Tous trois édités par  Payot, Paris.

80   La tension que produit le névrosé en cas d'échec s'empare de tout l'organisme, mais elle s'extériorise au mieux, en tant que symptôme, sur l'organe en état d'infériorité.

Les récentes recherches de l'épileptologie, grâce à l'électroencéphalogramme, ont confirmé cet état particulier de l'encéphale prédisposant l'individu à des décharges neuro­niques excessives. (Note du traducteur.)

81   Le classement de Kretschmer en sujets pycniques et asthéniques tient compte des mêmes données. Il faut alors attribuer au pycnique les infériorités plus faibles, à l'asthénique les infériorités plus graves, probablement parce que notre civilisation est moins accessible à ce dernier.

82   La notion de «  refoulement » me paraît douteuse.

83   Il est toujours difficile de mettre un terme à la discussion avec un mélancolique.