Chapitre XXV. La névrose de guerre

La nouvelle littérature des névroses de guerre a fréquemment insisté sur le faible degré qui différencie notre attitude neurologique actuelle de celle d'avant la guerre. Les neurologues nous disent que nous avons les mêmes composants, la même étiologie, le même développement dans la maladie et les mêmes difficultés. Ce n'est que dans le domaine de la thérapeutique que des changements fondamentaux sont survenus et ils sont le résultat de la guerre et de la situation militaire.

Nous devons cependant attirer l'attention sur un changement important qui est susceptible d'accroître les difficultés actuelles des recherches neurolo­giques. En temps de paix, le but inexprimé bien qu'évident du traitement de la névrose est de guérir le malade, ou du moins de le libérer de ses symptômes, de manière qu'il puisse retrouver sa personnalité et suivre la ligne de vie qu'il s'est tracée. Le but tout à fait naturel de la neurologie militaire est non pas tant de guérir le malade dans son propre intérêt, mais dans celui de l'armée et de l'État. Des concepts médicaux utilitaires et des considérations de service ont été ainsi mêlés à ce qui aurait toujours dû être une science et une thérapeu­tique objectives. Aussi nécessaires et désirables que soient de telles considé­rations, elles accroissent la difficulté d'une compréhension correcte des problèmes. On risque d'insister exagérément sur l'un ou l'autre des aspects de la maladie étudiée. Notre problème, en réalité, se ramène à la façon dont un névrosé se conduit dans une situation qui lui est imposée de l'extérieur.

L'avant-guerre nous a fourni suffisamment de données pour que nous ayons un aperçu de la situation particulière qu'occupe cette question. Chaque médecin connaît pratiquement les résultats de la thérapeutique par la sugges­tion, nuancée suivant les cas de troubles gênants et de symptômes récidivants. Malheureusement, on croyait fréquemment que la guérison était complète, - croyance que les informations orales ou épistolaires semblaient confirmer, alors que le malade subissait déjà ailleurs un traitement pour ses anciens troubles, ou pour d'autres plus récents.

Permettez-moi de vous rappeler les résultats d'un traitement sympto­matique, dont le but n'était pas tant de guérir le malade, que de lui permettre de réaliser une tâche bien définie. Par exemple un étudiant en droit se plaignait, juste avant ses examens, d'insomnie, de fatigue, de manque de mémoire et de maux de tête. Son examen devait avoir lieu dans huit jours. Je ne nie pas les possibilités de guérison de pareil cas, guérison qui se retrouve fréquemment. Des exemples montrent que très certainement, grâce aux suggestions du médecin ou par quelque autre moyen thérapeutique, un étudiant peut être aidé pour réussir un examen. (Par exemple au moyen de suggestions pour le tenir éveillé, par l'hypnose, par des applications d'eau froide, par un traitement électrique ou grâce à des médicaments.) Bien souvent dans le cas d'une névrose, les paroles encourageantes d'un médecin, ou de n'importe qui d'autre, sont suffisantes pour améliorer l'état du malade 84. Chacun sera d'accord avec moi pour considérer de tels cas, sans tenir compte de la nature de leurs symptômes, comme légers et tout près de la normale. Les traitements ne sont pas toujours couronnés de succès. Il y a des étudiants qui, au moment des examens, se trouvent dans l'impossibilité de concentrer leur attention et qui échouent. Dans beaucoup de cas tes symptômes s'aggravent et les personnes en cause arguent de leurs souffrances pour changer de profession. Parfois survient une névrose très sérieuse ou un suicide. Un grand nombre de ceux dont la situation s'est aggravée, en rejettent la responsabilité sur les traitements suivis, opinion que leur confirme généralement le médecin qu'ils consultent par la suite. Je me souviens d'un cas où un homme guérit sa femme de sa phobie des grandes vitesses en voiture, en accélérant encore plus cette vitesse. On parlerait aujourd'hui de contre-choc.

Personne ne pourrait prétendre que ces cas cités, et d'autres, doivent être considérés comme guéris. La neurologie du temps de guerre ne prétend pas avoir fait plus que de débarrasser le malade de ses symptômes, et elle préfère, après le traitement, ne pas mettre ces sujets dans les premiers rangs. Par contraste avec le traitement en temps de paix, où le médecin a toujours un but qu'il essaie d'atteindre, avec l'aide du malade, le traitement de guerre n'a que l'objectif immédiat d'adapter la personne au devoir militaire actif, devoir qui peut d'ailleurs être réduit. Or, même maintenu à l'arrière, le névrosé se trouve toujours devant des décisions nouvelles et vitales, en fonction du succès de son traitement. Les auteurs ont tout à fait raison de mettre l'accent sur l'importance de l'ambiance à l'infirmerie. Cependant, cette ambiance n'est pas simplement le résultat de l'état affectif provoqué par les résultats thérapeuti­ques, mais vient d'une foule de détails parmi lesquels des suppositions plus ou moins justifiées sur la question de l'utilisation ultérieure et des problèmes d'avenir.

La question de la pension doit être mentionnée ici, bien que nous ne vou­lions pas dire que le taux d'invalidité (somme d'argent allouée chaque année) apparaisse au névrosé comme étant le principal but recherché.

Cela n'est même pas vrai pour le malade atteint de sinistrose. Cependant, la pension, pour les névrosés de guerre, joue un rôle similaire à celui de la médaille de guerre. C'est un document officiel et un certificat, une légitima­tion de maladie que le malade peut montrer à ses proches. Il peut d'autre part l'invoquer ultérieurement pour éviter d'être rappelé au service armé. Tous les neurologues ont dû être frappés du ton critique employé par les invalides pensionnés lors d'un examen, et de la façon dont ils insistent pour que l'on regarde leurs documents. La «  pension idéatoire » est ce qui influe le plus sur le névrosé, même s'il paraît obéir à des interprétations logiques telles la peur, le danger, le mal du foyer et le gain personnel.

Comme en temps de paix, à chaque mouvement du médecin correspond un effort contraire du malade. J'ai toujours examiné les névrosés de guerre loin de leur foyer et de leurs proches, sans trouver une relation entre la gravité du cas et ce dépaysement. Comme chaque névrosé, le névrosé de guerre désire se retirer du vaste cercle où l'ont placé les circonstances, dans son cercle étroit de la famille. Tant que persiste cette tendance névrotique, l'absence ou la présence de ses proches n'y pourront rien. Chaque préjugé irrationnel rend la simplification et en même temps le processus d'amélioration du cas plus difficile. Les demandes des hôpitaux régionaux peuvent, par exemple, favoriser la nature du processus de guérison. Il est toujours possible de prouver que la «  labilité » des symptômes névrotiques vient de la position du névrosé et nous pouvons parler d'une maladie de position. Pour cette raison il est très important que le neurologue arrive à une compréhension parfaite de chaque attitude individuelle et de chaque aspect du langage du malade, compréhension qu'il est parfois difficile d'atteindre.

La nature du traitement employé forme une part de cette «  position » du névrosé. Le problème devient insoluble si le malade est suivi par plus d'un médecin. Pour cette raison les petites unités de traitement des névroses sont à conseiller. Les comptes rendus des guérisons qui y ont été obtenues seront utiles et les méthodes de traitement seront jugées d'après les résultats obtenus. Seules pourront être acceptées les informations sur les guérisons fournies par le médecin qui a réellement suivi le malade. N'ont une valeur que les renseignements de guérison fournis par le médecin traitant. On ne peut appeler psychothérapie que les méthodes ayant réussi à dévoiler le psychisme du malade. Toutes les mesures «  psychothérapiques » utilisées de nos jours dans les traitements nerveux doivent être exclues de cette définition et ne doivent être considérées que comme maximes générales. Tout le succès qu'elles ont en temps de guerre vient de l'usage de l'autorité et de l'octroi d'un «  minimum de confort ». Doivent également être compris dans cette méthode de traitement, l'hypnose, la suggestion à l'état de veille, la narcose, les interventions feintes et la préparation psychothérapique avant la cure véritable. Les méthodes «  héroïques » prennent souvent la forme de procédés douloureux, le lit d'eau, la peur provoquée, les privations et l'aggravation consciente de la situation. La méthode Frank, recommandée par Sauer n'est qu'un pis-aller, car elle ne nous apprend que peu de choses sur la condition psychique du malade, le met trop sous la puissance du médecin et semble opérer par une manière de contre. choc. Le succès rencontré par ces méthodes en temps de guerre et parfois en temps de paix vient de l'aversion du névrosé pour tout traitement (d'ailleurs équivalent d'un symptôme névrotique). Un disciple de Freud applique cette méthode aux officiers et la méthode de Kaufmann aux troupes avec sensible­ment les mêmes résultats.

De nos jours tous les praticiens insistent sur la part active dans les méthodes adoptées. Amener le malade dans un entourage plus favorable, le calmer et attendre, est considéré comme étant sans importance. Actuellement l'aspect fondamental dans la neurologie de guerre semble résider dans un effort pour détruire l'entêtement du névrosé en faisant appel à des forces opposées. J'insiste sur l'importance de la découverte de l'entêtement névro­tique. Tel est le cas de cette thérapeutique qui de l'extérieur semble plus douce, mais qui est en réalité plus rigoureuse et profonde et qui promet des succès plus rapides et plus durables dans les cas des névrosés utilisables pour le service. Cette méthode ne peut toutefois pas entièrement s'empêcher d'avoir recours à une aggravation de la «  position psychique » du malade, et l'excuse en évoquant la simulation.

La question du caractère acquis ou héréditaire de la névrose n'a pas été entièrement négligée, mais le facteur éducationnel, l'influence de l'entourage et l'imitation par les enfants de leurs parents névrosés ont pris plus d'importance qu'auparavant. De nos jours on insiste beaucoup sur la fréquence voire l'existence régulière d'une préhistoire névrotique. La position des parents dans la vie et la société, telle qu'elle est comprise par la psychologie indivi­duelle comparée, est tenue comme décisive du point de vue du pronostic. La pénétration de la psychologie individuelle comparée dans le tableau psychique présenté par le malade, la rédaction correcte de l'anamnèse, et une meilleure compréhension du point de vue du malade à l'égard de la vie doivent nous fournir le guide le plus sûr pour comprendre les aggravations du névrosé et nous aider à démasquer toutes les simulations.

Une idée, très en vogue de nos jours, insiste sur le fait que le symptôme névrotique choisit un type de maladie, dont le malade a précédemment souf­fert en le situant au même endroit. Cela montre simplement que la névrose se développe en liaison avec un organe en état d'infériorité, ou que le symptôme représente une fixation permanente de manifestations affectives normales telles que le tremblement, les nausées, la raideur, le mutisme, etc. Très peu d'essais ont été faits pour étudier la cause de cette fixation.

Une des hypothèses favorites dit que cette tendance à la fixation est un trait caractéristique du tempérament nerveux de même que la labilité du symptôme. Nous pouvons penser, d'après la «  position » du malade, que la véritable explication réside dans la structure psychique du névrosé fixant un symptôme en s'identifiant à lui s'il convient au but qu'il s'est donné, le rejetant s'il ne lui convient pas. On retrouve les mêmes phénomènes chez des per­sonnes normales et dans des conditions normales. Je voudrais maintenant commenter un certain nombre de constatations, d'observations et de sugges­tions  qui se trouvent dans diverses revues parues ces deux dernières années. Schanz considère que le point de départ de certains tremblements réside dans la déficience d'un segment vertébral, dont Blencke affirme également l'existence, mais qui ne se manifeste qu'indirectement dans le tremblement. Les algies «  neurasthéniques » peuvent être plus aisément attribuées à cette déficience. Nous pouvons souvent nous convaincre de l'existence d'un naevus, soit à l'endroit où réside la souffrance, soit dans un de ses segments. Cette découverte, en même temps que la présence simultanée d'une scoliose ou d'une cypho-scoliose même minime, écarte tout soupçon de simulation. Andernach enregistre toujours des succès en faisant usage de la suggestion verbale suivie de l'application de la brosse de Faraday. Il insistait de même sur «  l'ambiance » suggestive. Rottmann, ainsi que ses disciples Josef et Mann, essayaient de dominer le psychisme du malade par une intervention chirur­gicale simulée, sous narcose et de nombreux pansements ensuite. Kalmus et E. Meyer sont favorables à la méthode Kaufman qui s'est adoucie récemment. Elle consiste maintenant en une préparation sous forme de suggestion verbale, suivie quelques jours après par une faradisation à courants électriques de force moyenne et interrompue par des exercices militaires. E. Meyer désire exclure de ce traitement les malades psychopathes du type neurasthénique, par exemple tous ceux qui ont de fortes attaques d'hystérie ou des manifestations psychiques générales, autrement dit tous les cas graves. Il précise que la personnalité du médecin est plus influente que la nature du traitement administré. Il ne faut pas trop hâtivement penser à la simulation. Comme nous allons presque toujours rencontrer des exacerbations de la constitution psychopathique, la faradisation doit être écartée.

Liebermeister semble avoir fait des suggestions d'importance. Comme il n'est pas permis que son traitement soit administré en dehors du territoire allemand, je ne peux que me référer à des remarques, tirées de critiques de son oeuvre. Je déduis de celles-ci que le praticien devrait s'engager à obtenir la guérison ou bien à ne pas être payé. Adler en est arrivé à la même conclusion. Il met l'accent de plus sur l'importance de la méthode de la psychologie individuelle comparée et sur une thérapeutique éducationnelle grâce aux­quelles on peut démasquer comme défectueux ou erronés les caractères névrotiques de base, subsistant depuis l'enfance.

Si nous laissons de côté toute interprétation schématique, nous trouvons que le névrosé se protège instinctivement contre les exigences générales de la vie, en ayant recours à un sentiment subjectif de faiblesse.

En s'identifiant à une situation dangereuse, il se protège contre un danger véritable. La névrose devient alors un moyen d'évasion. Le pronostic sera plus favorable s'il y a des indices d'une coopération active précoce dans la vie antérieure du malade, progrès scolaires, amitiés, amours, mariage à l'âge adéquat, enfants, travail, etc. Le névrosé se trahit toujours par sa tendance à adhérer au cercle protecteur étroit de la famille. Les symptômes et leur fixation sont dominés par le «  but protecteur de l'avenir ». Il est très facile de distinguer la simulation de la véritable névrose. Une conférence contre l'utilisation des courants à haute fréquence se terminait par l'avis suivant : «  doivent être évitées toutes les méthodes de traitement qui blessent la dignité humaine. » Lewandowsky dit à peu près la même chose : «  les malades développent une névrose dans un but protecteur. Chez quelques-uns une incapacité fondamentale à se soumettre, un refus de s'adapter, jouent un rôle important dans le développement du désir de rester à la maison... La cause réelle de la maladie ne sera cependant pas trouvée dans leur vie passée, ou dans quelque condition traumatique, mais dans l'avenir, dans ce que le malade n'accepte plus de supporter... La maladie lui permet de satisfaire son désir de fuite devant le danger. » Lewandowsky indique également le danger qu'il y a à réunir en un endroit de nombreux névrosés, par crainte d'une possibilité de contamination. Il considère que le traitement est plus difficile lorsque le malade se trouve chez lui, car c'est justement l'endroit où il désire rester. Il n'indique pas cependant les moyens dont il faut user contre ce désir de rester à la maison. L'auteur montre comment une guérison en amène d'autres à sa suite. Pour ma part, je me souviens également de guérisons consécutives aux paroles d'une infirmière rapportant d'autres guérisons. Lewandowsky exagère certainement l'importance du rang militaire dans le succès du traitement. Son traitement se propose de créer une situation de frustration, il y ajoute les suggestions, la faradisation, - différente cependant de celle utilisée par Kaufman - et l'hypnose. Il rejette l'emploi des opérations ou des narcoses feintes. Meyer considère chaque méthode comme bonne dans la mesure où le médecin croit en -elle et l'applique sans crainte. Le point important est de convaincre le malade qu'il peut être utile dans son travail antérieur. Raether décrit une application de la méthode Kaufman qui consiste en une sorte de traitement préparatoire psychothérapique suivi au cours de la même séance d'une application de courant faradique. Des traitements accessoires devront suivre. Les résultats ont montré que 97 %, des personnes étaient guéries et en mesure d'assumer des occupations civiles. L. Mann indique que dès 1911 il a eu recours aux suggestions verbales suivies d'applications du courant faradique.

D'après le travail de Naegeli, Sinistrose et névrose de rente, j'aimerais attirer l'attention sur le fait qu'il y a guérison et retour à la capacité de travail, dès que le sujet a reçu une somme globale de dédommagement. Il s'oppose violemment à Oppenheim et nie, comme nombre de personnes à son époque, l'existence de la «  sinistrose ».

Troemner montre l'existence d'une forme pseudo-sclérodermique de névrose traumatique (Oppenheim) qu'il interprète comme une parésie hystéri­que, accompagnée de tropho-névroses à la suite d'une blessure au dos de la main et au port d'un pansement pendant deux mois. Le même auteur décrit une des manifestations de la «  monesthésie bilatérale » dans laquelle les deux pointes largement écartées d'un compas, appliquées en même temps, sont ressenties comme une seule pointe. C'est pour lui une preuve de l'existence d'une restriction hystérique de l'attention. Leusser commente un cas de paroxysme tachycardique s'étendant sur quatre générations. Heinze décrit le succès obtenu par le traitement hypnotique des manifestations hystériques de guerre. Il eut 86 % de guérisons et réussit même dans des cas d'hypnose simulée. Aucun de ces malades ne revint complètement à sa capacité de travail, et en dépit de la guérison de leurs symptômes, seul un petit nombre d'entre eux put être affecté au service militaire. Il considère les névroses de guerre comme des réactions passagères, se développant à la suite d'une infériorité psychpathique. Minkowski rappelle un cas d'Israël, qui, trente ans auparavant, eut recours à une opération feinte et où la guérison dura jusqu'à ce que le malade découvre la vérité. Bumke met l'accent sur la terrible compli­cation des situations psychiques. Il en dit de même pour l'hypnose.

Quelques-uns des patients sont réfractaires, d'autres utilisent l'hypnose pour protéger leur ligne de retraite, tandis que d'autres sont tellement contents de leur guérison que nous n'avons pas le droit de penser à une névrose de revendication. L'expérience, de Bumke le conduit à la conclusion qu'aucune pension ne doit être accordée et que ne doit pas être niée la possibilité du malade à travailler. Tous les médecins devraient s'opposer fermement aux fausses opérations et autres traitements suggestifs, car le personnel doit être avant tout bien entraîné à ne pas faire usage de force, punition ou tromperie. Kraus semble avoir manqué la compréhension de la nature même de la névrose, dans laquelle le symptôme n'est certes qu'un moyen, lorsqu'il proclame que la neurasthéme n'est pas le seul souci de la neurologie. Ses arguments sont basés sur le fait qu'il considère les causes constitutionnelles et l'infériorité organique comme déterminantes dans l'étiologie de la névrose, et non comme préparant le terrain pour une éventuelle relation de la maladie. Mohr trouve que le fondement de toute dépression naît du conflit entre le sentiment du devoir et le désir d'échapper à une situation désagréable, comme cela se trouve chez les personnes consciencieuses et scrupuleuses. (Nous pourrions dire douées d'une «  bonne conscience non sociale ».) La guérison ne peut être obtenue que grâce à des influences psychiques. Les conditions suivantes sont nécessaires au traitement : petites infirmeries pour 20 à 30 malades et un médecin, séparation du foyer, exclusion de tout autre traitement et application de la psychothérapie conduisant les malades à dominer leurs symptômes. Weichbrodt indique que la maladie apparaît souvent longtemps après le choc. Parfois elle survient lorsque réapparaît le choc, ou, dans le cas de soldats qui ne sont pas encore retournes au front, à l'idée de cette réappa­rition possible. Quant à la question concernant le soldat, sera-t-il renvoyé chez lui ou à l'arrière-pays ? L'auteur refuse de donner une réponse uniforme. La méthode Rothmann lui semble fixer les pensées du névrosé sur sa maladie. Il suggère également l'abandon de la narcose. Il retient la méthode Kaufmann. Pour l'usage de l'hypnose il considère l'autorité de Nonne comme de la plus grande importance. La méthode de Nonne consiste en un bain qui dure vingt-quatre heures et peut parfois être étendu à quarante heures. L'effet est d'autant plus fort si le bain a lieu dans un endroit fermé et bruyant. Il ne guérit pas l'hystérie mais seulement les troubles. On doit refuser l'autorisation de sortir ou toute permission. Peu de malades traités suivant cette méthode peuvent être utilisés dans le service armé, mais ils sont tous capables de poursuivre leurs propres occupations. Il n'est pas favorable aux pensions. Le traitement ne convient pas aux officiers. Alt croit seulement aux névroses de l'arrière-pays. D'après lui, 75 % de ses malades peuvent être employés aux travaux intérieurs. Quensel considère la névrose de guerre comme un mélange d'une maladie véritable et d'une réaction contre les circonstances. Jolly pense que un sur trois parmi les névrosés de guerre est capable d'exercices sur le terrain et met l'accent sur la valeur thérapeutique du travail. L'hypnose ne lui semble pas avoir une grande valeur, mais il est très favorable au traitement électro-psychique. Il recommande l'application de courants faibles, avec, en plus, des exercices. «  Ce qui doit être pris en considération n'est pas la façon dont les hommes rentrent chez eux, mais ce qui leur arrive par la suite. »

Pour le tiers de ses cas hystériques l'intelligence des malades se rangeait entre la débilité et l'imbécillité.

Cet auteur fait une remarque fort intéressante qu'il ne pousse cependant pas à fond. Il trouve parmi ses cas un grand nombre de travailleurs non spécia­lisés. La masse énorme de données, apportées par le centre neurologique de Cracovie donne le même résultat ; on peut d'ailleurs en tirer une conclusion de grande importance : les exemples de névrose de guerre nettement définie et caractérisée, sont relativement rares chez les officiers. Cela semble indiquer que seules les natures hésitantes et timides, lorsqu'il s'agit d'affronter les obligations de la vie, sont susceptibles d'être affectées de cette névrose. Kehrer abandonne tout espoir de pouvoir rendre des névrosés de guerre au service militaire actif, mais demande aux praticiens de faire de leur mieux pour qu'ils puissent être employés utilement à l'arrière. Sa méthode se base sur l'idée d'aggravation de la condition du malade par tous les moyens, y compris la restriction de nourriture, le régime lacté, les exercices obligatoires et impo­sés. Il critique le mauvais usage fait du courant faradique par des praticiens non médecins et se montre déçu d'une psychothérapie qui tente d'expliquer les symptômes, sans cependant progresser dans l'étude du problème. Il met également l'accent sur l'ambiance qui doit être telle que tous les névrosés arrivent à savoir qu'il n'y a pas d'avancement possible pour eux tant qu'il sont malades. Il veut placer l'autorité militaire en tête des procédés thérapeutiques.

Sauer, en accord avec Frank, accepte le premier concept de Breuer-Freud suivant lequel la névrose est une sorte d'affection réprimée. Il rejette cependant l'origine sexuelle des névroses de guerre, préconisée par la suite par Freud. Il tente d'amoindrir la tension de l'état affectif, en faisant revivre l'affection dans l'hypnose. Il cite des guérisons qui furent ensuite confirmées par des lettres reçues du front. Il y a des années, Wexberg a insisté à juste titre, en ce qui concerne ces théories et d'autres semblables, sur le fait que tout être qui se trouve changé par une expérience vécue ou un choc, n'est pas tombé malade à la suite de ce choc, mais était déjà malade auparavant. Il faut également que nous ne perdions pas de vue le fait que ce traitement nous apprend peu de choses sur la nature du malade, qu'il n'est dicté en aucune façon par la connaissance étiologique de la maladie, et que toute aggravation de la situation est due à l'application d'une méthode non scientifique. Il est tout naturel de penser qu’au cours de ces procédés thérapeutiques le malade dévoile une plus grande partie de sa vie psychique et de son but que ne le détecte le médecin et qu'ainsi le malade commence en réalité le premier à abandonner ses symptômes. Cela ne veut pas dire que l'utilité pratique de la méthode est mise en cause. Il faut aussi mentionner que cet auteur préfère que les hôpitaux soient situés dans des lieux familiers aux malades. Jalowicz proclame la rareté des névroses s'installant sur le champ de bataille. Sur vingt-cinq cas il n'en a trouvé que deux, qui d'ailleurs avaient déjà subi un traitement auparavant. Il attire l'attention sur l'existence d'un «  tonus de bataille » sur le front, dans les premiers rangs, et dénonce l'abus qu'on fait du choc trauma­tique dû à «  l'ensevelissement ». Il insiste sur le fait qu'il n'a jamais trouvé de névrose consécutive à un ensevelissement véritable. Il insiste également, à l'encontre d'Oppenheim,   sur la possibilité d'une transition entre la simulation et la névrose réelle, et se montre peu enclin à renvoyer l'homme chez lui, trop vite. Cette opposition à la théorie d'Oppenheim n'est cependant qu'apparente car, de même que ce dernier, il ne pense pas vraiment à l'origine de la névrose dans les cas débutant par une simulation, mais seulement aux symptômes névrotiques. La «  disponibilité morbide » demande en réalité pour son plein développement un certain nombre de préparatifs et d'arrangements dont certains (comme le montre la pratique en temps de paix) se rangent dans la catégorie des simulations et des aggravations. Ce processus survient dans la période de latence, et peut être étudié et prédit avec certitude d'après les rêves.

Sommer guérit des surdités fonctionnelles chez les soldats par une méthode de psychologie expérimentale. Tandis qu'un malade est assis devant un appareil enregistreur des mouvements des doigts, on fait sonner fortement une cloche derrière lui, un mouvement de l'avant-bras suit qui prouve qu'il a entendu le son. En fait tous les malades de Sommer souffraient aussi d'une atteinte physique telle que la rupture du tympan. Il trouve que l'essence de la névrose réside dans un «  besoin pathologique d'une inhibition des réflexes ». On ne peut considérer cette explication que comme une manière approxima­tive de décrire les faits. Dans la discussion de cette théorie Nissl v. Meyendorf déclare que dans les cas cités les soldats «  sourds » étaient en réalité en mesure d'entendre. L'effet thérapeutique de la méthode de Sommer pourrait être assimilé à celui obtenu, en renvoyant des cas récents, après un examen complet, avec la mention «  cette maladie n'existe pas ». Imhofer indique la difficulté qu'il y a a démasquer les individus qui simulent la surdité, et que souvent il faut beaucoup de temps, une observation continue, et parfois un médecin particulièrement perspicace. L'ensemble de la situation organique et la vie antérieure du malade sont d'importance. L'anesthésie du tympan importe peu. L'examen de l'appareil d'équilibration est plus significatif. On doit également tenir compte de la psychologie des sourds. Il ne faut pas oublier l'idiotie, pouvant simuler la surdité.

Erie Stern pense que la pathogénèse de la psychonévrose consiste «  en une labilité des facteurs individuels psychonévrotiques » à partir desquels se développe ensuite un «  équilibre labile de tout le psychisme ».

Struempel fait la distinction entre deux groupes de maladies nerveuses fonctionnelles : d'abord les maladies qui n'ont rien à voir avec la conscience, ensuite celles qui sont liées à un changement dans la condition de la con­science. Parmi les premières il met l'épilepsie, la chorée, l'éclampsie, la myasthénie, la tétanie, la névralgie véritable et la migraine ; il les appelle névroses fonctionnelles somatiques.

Il trouve qu'il est difficile de donner une place aux tics, aux tremblements, à la myoclonie et aux névroses traumatiques, secrétoires, vaso-motrices. Les manifestations liées aux pertes fonctionnelles telles que rigidité réflexe des pupilles, abolition des réflexes et leur intensification pathologique avec ac­croissement des zones réflexogènes, semblent indiquer que les maladies sont véritablement organiques. Cependant, en faveur de la thèse psychogénique de leur origine, on peut évoquer le symptôme d'irritabilité, une anesthésie ou hémianesthésie, et la possibilité de déclancher l'accès par simple suggestion. Il est possible que cette division soit tracée avec trop de rigueur sur certains points, par exemple en ce qui concerne l'intensification réflexe et l'extension de la zone réflexogène, condition qui se retrouve souvent dans les névroses de guerre psychogéniques, surtout lorsque l'on remarque un spasme acquis inconsciemment. Ce fait a été noté par presque tous les observateurs.

Rothe recommande le stoïcisme comme méthode pour combattre le bégaiement. Si l'on considère l'échec fréquent de la plupart des traitements, cette conception semble intéressante. Rothe tente à juste titre d'obtenir une transformation psychique de l'homme tout entier, par la conviction que «  le bégaiement pour le stoïcien est une épreuve imposée par le destin et dont l'homme doit se montrer digne par son calme » ; de toute manière, l'origine du mal demeure alors ignorée, et si par chance il disparaît, c'est sans que le médecin en comprenne le mécanisme.

Stertz met l'accent sur l'analogie entre les «  radiations affectives » norma­les et les symptômes hystériques. Les premières doivent être considérées comme physiques et non psychiques. Les types hystériques de la réaction sont indépendants des changements organiques synchrones et apparaissent sur une sorte bien définie de prédisposition. De même que Charcot et Breuer, il trouve une autre cause à l'éclosion de la maladie dans la «  condition hypnoïde ».

La tendance à la «  fixation » est peut-être un principe général de la prédisposition psychopathologique. Les complexes hystériques peuvent exister sans qu'il y ait des désirs, des souhaits, des attentes et des craintes. S'ils existent cependant, comme dans le cas de sinistrose ou névrose de guerre, ils constituent une source toujours ouverte qui vient alimenter la maladie. Stertz ne se soucie pas de savoir si la «  labilité » des symptômes et leur «  fixation » représentent une prédisposition générale et à quel moment ils opèrent. Il ne fait pas mention de la façon dont il a réussi à exclure le but directeur des hystériques. D'autre part sa conception de l'hystérie et de la sinistrose s'approche de celle de la «  position actuelle ». Les arguments de Zangger sont ceux d'une personne qui croit à la guérison des névroses par l'amélioration du caractère du malade et par l'ouverture de son esprit. Dubois, à juste titre bien que sans raisons valables, attaque le concept de la «  conversion » de l'école freudienne. Il pense que «  tous les troubles nerveux observables sont les manifestations physiologiques ordinaires des émotions dans une situation émotionnelle différente de la normale par son intensité ». Cela est vrai dans la mesure où en effet nous ne trouvons jamais des manifestations hyper­physiologiques. Le concept de «  conversion » présuppose, même dans son sens le plus faible, la conservation de l'énergie psychique ; il est issu du fait que le médecin désigne du nom de conversion toute réaction différente de la sienne. Sans tenir compte de l'existence des réactions individuelles et utilitaires, Schuster en arrive à la conclusion que dans les cas ou la fonction se trouve pathologiquement changée d'une manière définitive ou provisoire, le substratum anatomique a, de quelque manière, dévié de la normale.

Nonne dans sa méthode suggestive est uniquement préoccupé de délivrer le malade de ses symptômes. Elle s'applique également aux officiers. Le pourcentage de rechutes est important. Il est rarement en mesure de rendre au malade ses pleines capacités pour le service armé actif.

Il réussit à obtenir une amélioration suffisante pour écarter toute idée de pension : telle est la principale valeur de sa méthode.

Sur 42 cas nouveaux, 26 étaient capables de travailler normalement, 16 souffraient encore mais pouvaient effectuer des travaux légers et 2 rechutaient. La méthode originelle de Kaufmann se trouvait transformée en méthode de persuasion aidée par la stimulation du courant faradique.

Strasser : «  Tout ce qui peut être créé à partir des facultés imaginatives de l'homme peut être utilisé dans le complexe symptomatique d'une maladie fonctionnelle, émotionnelle ou névrotique. » Toute activité psychique doit être comprise comme étant dans l'ensemble une préparation anticipée au futur. L'orientation finale de l'événement psychique que les auteurs avaient tendance à imputer seulement à la sinistrose, se trouve en réalité exister dans toute névrose. S'imaginer qu'on est épuisé nous fournit sur le plan fonctionnel le tableau véritable de l'épuisement. Le «  trauma » a cette particularité de laisser de côté la responsabilité personnelle. De nombreuses voies conduisent de la condition saine à la névrose et en fait chaque individu conserve à la suite d'une catastrophe, sous quelque forme que ce soit, un souvenir ou un mécanisme protecteur.  À partir de ce point de vue de la psychologie indivi­duelle comparée nous devons reconnaître derrière chaque névrosé l'existence d'un être faible, incapable de s'adapter aux idées de la majorité, et qui a recours à une attitude agressive, prenant une forme névrotique. La thérapeu­tique juste doit résoudre le conflit entre le devoir envers la communauté et le devoir envers l'individu.

Les névroses de guerre ont placé au premier plan la discussion sur les questions fondamentales de la psychologie des névroses. Une étude ultérieure des données, et de nombreux écrits sur le sujet, conduiront probablement à des conceptions plus complètes, se rapprochant de la nôtre.


84   La décision de consulter un médecin traduit un désir de guérir, de renoncer au symptôme gênant. Cette «  guérison » (50 % des cas environ) assure le succès de toute thérapeutique neurologique.