QUATRIEME CONFERENCE
Quelques causes de carence (2)

Mesdames et Messieurs ! Nous avons choisi, pour examiner les manifestations de carence, un point de vue qui ne vous est pas encore familier, et pourtant, nous avons déjà réussi à reconnaître quelques articulations psychiques relativement profondes. Notre éloignement persistant par rapport à notre objectif ne tient pas à ce point de vue, mais à nos connaissances jusqu’à présent insuffisantes. Avec toute la prudence dont nous devons faire preuve en généralisant des résultats élémentaires, nous nous en tenons à une idée essentielle : les manifestations de carence ne sont elles aussi qu’une forme de manifestation d’actes psychiques déviant de la normale, c’est pourquoi il sera impossible de résoudre le problème de l’état carentiel tant que l’on n’aura pas appréhendé auparavant son contenu psychique. Si nous conservons une orientation psychanalytique de pensée, notre conception de l’essence de la manifestation de carence nous fera reconnaître, dans l’état carentiel, le résultat bien déterminé de combinaisons psychiques, auxquelles participent toujours, de quelque manière que ce soit, des quantums d’excitation, d’affect. La destinée de ces énergies d’investissement contribue à conditionner la direction dans laquelle l’individu se développera : s’il restera psychiquement normal, s’il présentera des troubles nerveux ou des affections quelconques, voire s’il glissera dans la déviance. Les questions que nous posons au cours de l’examen des phénomènes de carence concernent donc des processus dynamiques et des différences quantitatives, déplacements, condensations, accumulations et décharges de quantités d’énergie. Or, il s’agit là des conditions d’examen de la psychologie psychanalytique, soit d’un fragment de la métapsychologie de Freud, qui revêt donc pour notre travail la signification la plus grande.

Pourquoi vous rappeler, d’une façon un peu plus complète, quelque chose que j’ai déjà dit en utilisant d’autres termes ? Parce que je crains que vous ne vous représentiez trop facilement une chose véritablement complexe. Les réflexions et raisonnements qui précèdent vous sembleront peut-être, par leur résultat, naturels et très simples, au point que vous sous-estimerez la nécessité d’une étude poussée de la science psychanalytique. Il n’est pas non plus exclu que s’impose à vous l’idée que l’on peut exercer l’éducation spécialisée au moyen de quelques réflexions psychanalytiques simples, puisque l’on s’est auparavant débrouillé sans elles. Si vous vous laissiez guider par semblable opinion, vous contribueriez à un dilettantisme sauvage qui vous ferait causer plus de torts que si vous n’aviez jamais entendu parler de psychanalyse.

Même si chaque jeune carencé ne constitue pas le problème psychanalytique ou névrotique intéressant, les différents phénomènes carentiels sont si complexes par la multiplicité de leurs possibilités de détermination que sans préparation théorique approfondie, nos examens ne pourront aboutir qu’à une impasse. Toutefois, je ne veux pas vous inspirer de l’angoisse, mais vous rendre attentif au fait qu’il faut éviter tout procédé superficiel ou précipité, si nous ne voulons pas courir le risque d’échouer à un stade quelconque. Restons en outre toujours extrêmement prudents et modestes, et nous pourrons poursuivre notre tentative visant à découvrir les causes des phénomènes de carence.

Je vais dans un premier temps vous parler d’un jeune carencé que l’on avait amené à ma consultation privée, et chez qui l’on retrouvait pratiquement les mêmes facteurs déterminants que chez un autre, traité presque en même temps dans l’établissement.

Pour ne pas passer à côté d’une quelconque pathologie, relevant de la compétence du médecin et non de l’éducateur, je recommandai à sa mère de faire d’abord examiner son fils âgé de dix-huit ans au service médico-éducatif de la Clinique pédiatrique de Vienne. Il y fut constaté que l’oisiveté et les excès graves commis par l’adolescent, phénomènes pour lesquels sa mère était venue me consulter, devaient être rapportés à un conflit familial, et qu’il n’y avait pas de troubles psychiques stricto sensu.

Jetons un coup d’œil sur la constellation familiale : la mère est veuve, le père est mort il y a quatre ans. Il était contremaître dans une grande usine, elle est quant à elle toujours restée à la maison. Après la mort du père, la mère a pris une place d’employée de bureau qui ne lui ramène, à elle et à ses enfants, qu’un revenu bien faible. Depuis six mois, les choses vont mieux, parce que la sœur aînée, plus jeune d’un an que le fils, donne sa quote part grâce à l’argent qu’elle gagne en travaillant. Elle a mené à bien sa formation de couturière pour dames et travaille actuellement dans un grand salon de mode viennois. En plus des deux enfants cités, la famille compte encore trois jeunes filles âgées de quinze, treize et dix ans.

Lorsque la mère et le fils reviennent me voir après l’examen médical, je reçois d’abord l’adolescent et je fais attendre la mère dans une autre pièce.

Le garçon présente un habitus féminin prononcé, un comportement gauche, anxieux, retenu, et il se montre extrêmement réservé au début de l’entretien. On ne croirait pas ce jeune garçon capable d’excès aussi graves ; il est également impossible que ces excès soient l’expression d’une constitution brutale, ils doivent être considérés comme des manifestations affectives transitoires.

L’entretien avec lui dura assez longtemps. Voici un extrait de ce qu’il m’a dit, réduit à ce qui est pour nous essentiel aujourd’hui :

Il fréquentait l’école primaire et secondaire à Vienne, termina sa troisième avec de bons résultats mais ne put pas aller à l’école moyenne comme prévu, parce que son père mourut peu après. Jusque vers Noël, il chercha un apprentissage en peinture susceptible de lui convenir, mais il ne trouva rien et entra comme garçon de course chez un droguiste. Sa mère voulant qu’il apprenne un métier, il quitta quelques semaines plus tard cette place et fut peu après pris comme apprenti chez un menuisier. Il s’y senti très bien et y resta plus d’un an, jusqu’à ce qu’il apprenne que son maître d’apprentissage n’avait pas de maîtrise, et ne pouvait donc former d’apprentis. Exaspéré, il refusa quelque temps tout apprentissage en menuiserie, jusqu’à ce que la mère réussisse à le faire entrer dans un autre atelier de la même discipline. Neuf mois plus tard, l’usine était en faillite, l’entreprise fut fermée et notre adolescent se retrouva de nouveau sans apprentissage. Pour employer ses propres termes, il en avait désormais définitivement assez. Alors que les bonnes paroles de la mère ne servaient à rien, elle essaya de l’inciter par des coups à modifier sa décision. Tout fut vain, la résistance ne put être surmontée, il ne voulait plus rien, il ne voulait plus chercher aucun métier, il cherchait pendant des semaines une offre correcte de travail, jusqu’à ce qu’il trouve une nouvelle fois un emploi de garçon de course, cette fois dans une papeterie. Il fut renvoyé au bout de six semaines : il n’avait pas exécuté un ordre qui répugnait à son sentiment. Un parent décida alors de se charger de lui, car la mère avait expliqué qu’elle ne le garderait plus. Il partit de Vienne pour commencer un apprentissage de tourneur, mais au bout de huit semaines, il se retrouva chez sa mère. Auparavant, il ne restait que quelques jours chez sa mère entre ses apprentissages et ses emplois. Cette fois-ci, il resta six mois sans occupation, jusqu’à ce que pour la troisième fois, il prenne une place de commissionnaire dans une bonneterie. Mais de nouveau, il n’y resta que peu de temps, et lorsque l’on me l’amena, il était déjà sans travail depuis plus d’un mois.

Il admet qu’un garçon sain et vigoureux comme lui ne devrait pas être à la charge de sa mère, mais il se défend de devenir un manœuvre banal, ce à quoi sa mère veut le pousser. Il serait d’accord pour apprendre la menuiserie si quelqu’un s’efforçait de lui compter la première année d’apprentissage, mais personne ne s’en est occupé jusqu’à présent.

Au cours de ses périodes d’inoccupation, il aide sa mère aux travaux domestiques, qui lui donnent grand plaisir. Ce qu’il préfère, c’est laver la vaisselle et récurer la maison. Il passe ses heures libres à lire des livres. Il n’est guère exigeant dans le choix de ses lectures. Il n’a pas de préférence pour certains livres, et lit ce qui lui tombe entre les mains.

En parlant de ses relations avec les membres de sa famille, il est très ému, notamment lorsque nous en venons à parler de Léopoldine, sa sœur aînée, sur laquelle il a concentré toute sa haine. Il nous apprend qu’elle est le plus souvent la cible de ses accès de rage et de ses agressions. Il ressent comme une honte le fait que ses sœurs ne l’apprécient pas à sa juste valeur, il insiste avec la plus grande énergie sur le fait qu’on se moque toujours de lui, que Léopoldine en est l’instigatrice et que sa mère, au lieu d’intercéder pour lui, se met du côté des filles. Il m’explique avec un affect mitigé que dans une famille, les filles ne sont pas les seules à pouvoir parler, mais aussi n’importe qui. Celle qu’il préfère, c’est sa mère, les autres suivent en fonction de leur âge, la plus jeune d’abord. Il n’aime pas du tout Léopoldine, parce qu’elle est toujours extrêmement dégoûtante et pense que tout doit aller selon ses désirs.

Les sœurs diffèrent beaucoup par leur aspect extérieur ; Léopoldine est plus grande que lui, son visage est allongé, ses yeux sont bleus et ses cheveux d’un blond lumineux. Elle ressemble à sa mère, les autres ont plus de ressemblance avec le père.

La mère et les sœurs sont très religieuses, lui non, il est d’orientation social-démocrate, mais n’en a encore jamais parlé avec les membres de sa famille. Ceux-ci n’ont de rapports qu’avec des cercles et des sociétés strictement catholiques. Il les accompagne toujours, sans que l’on soupçonne son opposition. Il n’ose faire part à sa mère de son conflit quant à l’opposition de leurs conceptions du monde. Bien qu’il y ait là aussi des personnes insupportables, il se plaît dans l’une des sociétés fréquentées par sa mère, car il y a rencontré une jeune fille qui suscite son enthousiasme.

Lorsque je lui demande si une jeune fille lui a déjà plu, il devient extrêmement embarrassé, mais indique librement que lorsqu’il avait treize ans, il avait beaucoup aimé une camarade d’école de Léopoldine qui était souvent chez eux. Dans ses souvenirs, elle ressemble beaucoup à sa sœur, mais ses cheveux étaient blond sombre et ses yeux gris bleu. Lorsque je veux savoir s’il est actuellement amoureux, il rougit considérablement, mais parle ensuite avec enthousiasme de la jeune fille déjà mentionnée, membre du cercle que fréquente sa mère. A-t-il déjà embrassé une jeune fille ? « Ça ne se fait pas », répond-il en rougissant encore une fois, très embarrassé. Sans s’en être aperçu, il décrit sa personnalité et son aspect extérieur d’une façon parfaitement opposée à ceux de Poldi9. Bien qu’elle soit plus âgée de deux ans que cette dernière, elle n’a pas atteint sa taille, et la sœur aînée est encore plus grande que lui. En outre, ses cheveux sont noirs et ses yeux brun sombre. Incité à me dire s’il se rappelle semblables cheveux et semblables yeux dans son enfance, il cite sa sœur cadette.

Interrogé sur ses souvenirs d’enfance, il en indique quelques-uns, dont les deux suivants :

Le premier qui consistait à « formuler des vœux » lors des fêtes, ce qui avait toujours revêtu une importance particulière dans la famille. Une fois – il n’allait pas encore à l’école – il y eut concurrence entre lui et Poldi. Le père avait promis un livre d’images à celui qui réciterait le mieux les « vœux d’anniversaire ». Le père préféra la récitation de Poldi et c’est elle qui reçut la prime. Le jeune garçon en éprouva tellement de dépit qu’il déchira le livre d’images. Le souvenir de cet événement lui revint de telle manière qu’il décrivit d’abord son père en train de le faire s’agenouiller et de le punir sévèrement pour cette mauvaise action.

L’autre : lui et Poldi jouent très souvent et volontiers à « papa et maman », la sœur cadette étant toujours leur enfant dans ce jeu.

La mère, que je reçus ensuite, était irritée d’avoir attendu longtemps ; à peine avait-elle pris place qu’elle m’expliquait avec indignation qu’elle ne pouvait pas comprendre pourquoi un entretien aussi long avec le jeune garçon était nécessaire. Je savais pourquoi elle sollicitait mon aide depuis notre première et brève rencontre, avant que je les envoie chez le médecin. Il était très clair qu’elle se sentait lésée dans son autorité maternelle. Il s’agit d’une femme mince, de taille moyenne, les traits de son visage sont aigus et tranchés, ses yeux sont durs. Son attitude donne l’impression que l’on a à faire à une personne, sûre d’elle dans la vie. La vie n’a pas été tendre avec elle, dès le landau, puis au cours de son mariage, et après la mort de son mari. Lorsqu’elle était mariée, elle avait une vie matérielle bien assurée, mais n’avait pas de bonnes relations avec son mari ; elle dut ensuite mener de durs combats pour pouvoir se maintenir, elle-même et ses cinq enfants, jusqu’à ce que Poldi gagne de l’argent et, extraordinairement brave, donne tout son salaire. Maintenant tout allait bien, mais les choses sont de plus en plus difficiles avec le jeune garçon.

Il s’agit d’une nature profonde, dont le mari n’a jamais compris les besoins vitaux. C’était un homme joyeux, qui prenait la vie du bon côté, se distrayait, quoi qu’il en coûte, et n’était pas difficile, pas même avec les femmes. Bien qu’il n’y ait jamais eu de différends ouverts, elle ne cessa de s’éloigner de lui. « Je devais constamment marcher à côté de la vie », dit la femme, « j’ai reçu une éducation très religieuse, puis j’ai vu plus tard une contradiction entre la vie et les principes qu’on m’avait inculqués, et je me suis tourmentée pendant des années, jusqu’à ce qu’enfin, je m’en souviens, je sois au clair avec moi-même ».

Elle parle d’une façon très dévalorisante de son fils, comme s’il ne signifiait plus rien pour elle. « Ce n’est pas un homme, c’est un gamin entêté, stupide, et en même temps il veut faire le malin. Lorsqu’il est tout seul à la maison avec ses sœurs, il fait le monsieur ; naturellement, cela ne plaît pas aux filles. Il vocifère et dévide une litanie de véritables inepties, ses sœurs se moquent de lui, il devient brutal et se jette comme un taureau sauvage sur Poldi notamment. Il faut que je l’éloigne de la maison, sinon il arrivera un malheur. Avec moi, il est docile et n’oserait pas regimber, parce que sinon, malgré ses dix-huit ans, je le bats. Lorsqu’il a fait quelque chose, il se comporte comme un petit enfant, il est particulièrement sage et nettoie la maison d’une manière vraiment extraordinaire. C’est vrai qu’il aime l’ordre, ses armoires sont beaucoup mieux rangées que celles de ses sœurs ; il y a beaucoup de disputes quand elles dérangent cet ordre, mais il ne s’occupe pas de sa personne. Il reste bien une heure devant le miroir, il peigne et il brosse ses cheveux, il se soucie d’avoir une belle raie et une cravate bien nouée, mais je dois vérifier qu’il s’est lavé le cou et les oreilles. Naturellement, même ses sœurs le lui reprochent. C’est un égoïste, il n’aime que lui, il ne se lève pas le matin et ne nettoie pas ses chaussures. Il n’a d’ailleurs tout bonnement aucune tendance à faire quelque chose lui-même. Aider au ménage à la maison, et lire des livres, voilà ce qu’il aimerait faire ; mais cela n’est pas une occupation pour un garçon de cet âge, il faut qu’il finisse par avoir une occupation correcte. Je ne peux pas le garder plus longtemps, je n’ai pas d’argent pour lui, il doit comprendre que nous ne nous tourmenterons plus pour lui. Il n’est pas honnête non plus. Lorsque je l’envoie faire des commissions, il commet des petites indélicatesses et détourne de l’argent, comme un écolier. Je ne veux absolument plus continuer à voir cela, il doit partir et gagner lui-même son pain comme manœuvre ».

À ce moment de l’explication, vous ne pourrez sûrement pas vous empêcher de penser que les plaintes de la mère ne manquent pas de bien-fondé, et qu’elle cherche de l’aide à juste titre, pour faire en sorte que son fils vive en adulte dans des conditions de travail correctes, gagne de l’argent et entretienne une relation possible avec le foyer familial.

Que devons-nous faire ? Il vous paraît peut-être approprié, maintenant que les deux parties adverses ont été entendues, de recevoir ensemble la mère et le fils afin de trouver une voie moyenne leur permettant de s’entendre ; persuader l’un et l’autre de céder un petit peu, et de tenter d’établir quelque chose comme un compromis. Ce genre de procédé serait tout aussi peu à sa place qu’un jugement moral du geste du jeune carencé. L’éducateur spécialisé n’est pas un faiseur de paix, il ne doit ni condamner ni acquitter l’adolescent. Une autre tâche lui incombe, une tâche que nous connaissons déjà.

Il doit tout d’abord découvrir les causes qui ont conduit à l’état carentiel, il lui faut de ce fait appréhender la situation psychique dont la conduite est la conséquence, et derrière celle-ci, trouver la combinaison de forces qui a conditionné la déviance. Vous comprendrez qu’à cette phase de notre travail, nous ne devons nous soucier que des réactions psychiques des jeunes carencés. L’important se situe donc ici non au niveau des faits objectifs, mais des faits subjectifs. Et tout ce que nous entendons dire par le déviant lui-même ou qui que ce soit ne sert qu’à déterminer ces faits subjectifs. Ce qu’il en résulte toutefois, c’est que nous devons nous placer de manière très nette du côté du jeune carencé. Puisque même tout ce qui est psychique est déterminé, nous nous disons : il a raison, autrement dit, il doit exister des raisons à la base de son geste. Au cas où vous auriez des doutes quant à l’exactitude de cette conception, réfléchissez à ce que nous aurons fait gagner à la découverte des causes de l’état carentiel, si nous nous indignons de la conduite du jeune carencé, ou si nous partageons l’opinion de ceux qui se sentent lésés par lui. Les jugements de valeur sociaux, moraux ou éthiques nous aident tout aussi peu que la prise de partie pour les parents et la société. Il est vrai que le comportement de l’entourage proche d’un jeune carencé et celui de la société envers lui sont également déterminés. Mais nous ne tiendrons compte de ces facteurs que plus tard, lorsque nous devrons réfléchir aux mesures éducatives à introduire pour lever l’état carentiel.

Ces explications générales nous ont quelque peu éloignés de notre adolescent. Étudions d’abord son trait le plus désagréable, la brutalité à la maison, notamment à l’encontre de sa sœur aînée.

Il ne faut la juger ni méchante, ni d’aucune autre manière ; elle doit valoir en tant que ce qu’elle est réellement : l’un des indices montrant qu’un état latent, préformé depuis longtemps, se manifeste ; ou pour employer des termes dynamiques, que la combinaison des forces psychiques ne suit plus une direction sociale.

Ces mécanismes psychiques qui font paraître l’enfant déviant pourraient être la conséquence d’une disposition brutale naturelle, avoir donc leur fondement dans la constitution. Si nous admettions cette hypothèse, il ne serait plus nécessaire de pratiquer un examen supplémentaire de ce phénomène de carence, et nous n’aurions plus qu’à nous occuper de son oisiveté. Mais il n’est pas possible d’admettre cela. J’ai mentionné, au début de notre discussion, que la première impression dégagée par le jeune garçon suffisait à faire penser qu’il ne s’agissait pas d’actes conditionnés par une disposition brutale. Puis la mère de l’adolescent nous a décrit quelques-uns de ses traits qui excluent totalement cette possibilité. Ce que le jeune garçon lui-même nous indique fait apparaître ses agressions bien plutôt comme des irruptions affectives transitoires, qui en tant que telles sollicitent notre intérêt.

Nous trouvons que ces irruptions affectives se dirigent essentiellement contre la sœur aînée, et la haine qu’il nourrit ressort aussi très nettement de ses propres indications. L’un des souvenirs infantiles que le jeune garçon nous livre spontanément, pourrait nous indiquer le chemin menant à l’apparition de ces sentiments de haine. Alors qu’il était enfant, il avait plusieurs fois été relégué au second plan, ce qui le blessait profondément. Vous vous souvenez sans doute de la scène avec le livre d’images, le jour de l’anniversaire de son père. Nous pouvons supposer à partir des expériences livrées par le traitement psychanalytique des malades que des entretiens supplémentaires, une exploration plus approfondie voire même une psychanalyse, feraient apparaître derrière ce souvenir d’autres au déroulement identique. Nous voyons le père agir d’une façon très imprudente, ne pas se soucier des tendances tendres de son petit bébé, envers lequel il n’a, selon toute apparence, aucune compréhension. Il est vraisemblable que le jeune garçon n’a pas que subjectivement raison, lorsqu’il dit que les petites filles sont préférées à ses dépens. Nous pourrions donc dire que le rejet de ses sœurs doit être ramené à sa relégation par le père subie pendant l’enfance, et nous considérer comme satisfaits par l’explication selon laquelle sa haine à l’égard de sa sœur aînée est motivée par le fait qu’elle est préférée par son père.

Dans cette famille en effet, nous avons à faire à une constellation que nous trouvons très souvent. Le père préfère ses filles, la mère n’a pas de besoin particulier de relations tendres et le fils ne compte pas pour elle. Il en résulte donc pour lui des vécus infantiles qui contribuent à entraîner, l’expérience le montre, un état carentiel latent. Nous en apprendrons plus à ce sujet lorsque nous aborderons plus précisément les conditions de l’état de carence latent, et nous verrons que les filles elles aussi peuvent grandir dans les mêmes conditions de développement défavorables quand il existe entre la mère et ses fils les relations que nous venons de décrire.

Je ne voudrais pas omettre de faire ici une remarque d’ordre général. Celui qui, père, mère ou éducateur, a un aperçu de l’univers des enfants, se heurtera constamment, dans la pratique de la vie, à un phénomène que les efforts les plus acharnés des parents ne peuvent éviter. Chaque fois que plusieurs enfants sont rassemblés, des motions d’envie et de jalousie perturbent la bonne entente entre les enfants, même si les parents s’efforcent de ne pas accorder de préférence à l’un des enfants. Toute précaution est vaine, même si de fait les injustices sont évitées. Sous ce rapport, la psychanalyse nous apprend ce que nous aurions facilement trouvé nous-mêmes : chaque enfant considère avec méfiance ses frères et sœurs comme de dangereux concurrents contre lesquels il doit lutter pour la « première » place, si importante, dans l’amour des parents. Cette lutte reste sans danger pour le développement des enfants lorsque les parents sont raisonnables et tiennent compte de chaque situation. Nombre de mères trouvent affectivement la bonne attitude, d’autres tombent toujours à côté sans en avoir la moindre idée. Dans ces cas, il est fréquent qu’une certaine froideur persiste dans les relations entre les frères et sœurs pour le reste de la vie. Plus les relations sont défavorables, plus il en résulte des occasions de vécus pouvant conduire à l’état carentiel.

Notre jeune garçon carencé trouvait dès sa naissance une constellation bien défavorable. Il nous suffit de nous représenter, à côté de son père, cette mère sans doute débrouillarde dans la vie, mais dure. Et pourtant, nous ne pouvons malgré tout pas admettre l’explication selon laquelle la relégation, profondément éprouvée, a fortement contribué à la constitution de l’état de carence latente.

Pourquoi donc ? Parce qu’il nous livre un autre souvenir infantile qui nous l’interdit.

Nous avons vu que sa sœur, loin d’avoir dès le début suscité sa haine, avait été des années durant sa compagne de jeu préférée, même si l’antagonisme entre eux existait déjà à cette époque. Nous aurions encore pu admettre une attitude affective ambivalente si les enfants n’avaient pas précisément joué au papa et à la maman, ce qu’il nous dit lui-même, en remarquant en outre que la cadette était leur enfant. Nous ne savons certes pas combien de temps ce rapport entre les enfants a duré sous cette forme, mais nous pouvons sûrement, dans ce cas comme dans celui de l’autre souvenir infantile, imaginer qu’il existe plusieurs souvenirs similaires derrière lui.

Qu’allons nous faire avec ce souvenir ? Il doit nous aider à trouver l’une des causes de l’état carentiel. Nous posons donc que la haine envers la sœur trouve sa détermination dans le lien érotique inconscient avec elle.

Votre orientation dans la psychanalyse est encore si récente qu’il vous paraît peut-être monstrueux de parler ici de lien érotique, même s’il est inconscient, alors que ce qui se manifeste est une haine extrême. Étayée sur le souvenir infantile seul, la probabilité de cette hypothèse serait très faible, si nous n’avions encore d’autres indices ; mais nous en parlerons plus tard.

Pourquoi en général fonder sur des prémisses aussi incertaines une affirmation, alors que nous savons par l’expérience psychanalytique qu’il est fréquent que les premiers aveux ne soient expliqués que par un matériel plus profond qui viendra s’y ajouter, qu’ils se voient alors souvent imprimer un autre sens, ou soient même totalement inversés ? Parce que notre activité n’est pas celle d’un psychanalyste. Nous ne sommes pas en état d’attendre ; nous devons toujours susciter quelque chose, quoi que ce soit, le plus rapidement possible, et nous sommes donc contraints de nous forger une image à partir d’un ou de plusieurs entretiens. Nous savons que nos conclusions ne peuvent revendiquer qu’une probabilité plus ou moins élevée, nous devons nous faire à cette incertitude et attendre pour voir si l’évolution de l’éducation appuiera l’exactitude de nos réflexions. Pour diminuer cette incertitude, nous baserons notre observation sur le plus grand nombre possible de points de repère. Nous verrons aujourd’hui ce qui entre en ligne de compte sous ce rapport pour notre adolescent.

Nous devons tout d’abord avoir une idée claire de ce que nous entendons par lien érotique inconscient. Sans nous tromper, nous pouvons sans doute admettre que le frère et la sœur ont partagé un vécu intense lors de ces jeux. Vous savez aujourd’hui que ce geste enfantin n’est pas toujours aussi anodin, et que les enfants mettent souvent plus que ce que l’on imagine habituellement dans ce jeu, qu’ils le copient souvent sur un jeu réel entre homme et femme qu’ils ont vu, et que c’est alors qu’apparaissent les actes de regarder et de toucher, soit la satisfaction de la pulsion infantile d’exploration. Nous avons également, dans notre pratique, très souvent l’occasion de voir que ces jeux contiennent une reproduction de ce que les enfants ont vu chez leurs parents. Alors qu’il y a peu de temps, dans un cas évoluant de la même manière, je discutais avec un père de l’impossibilité de laisser persister une situation qui faisait des enfants les spectateurs du rapport sexuel parental, il répliqua qu’il ne laisserait rien retrancher à ses droits, quand bien même lui accorderait-on une maison plus grande. Ceux qui travaillent dans le domaine de l’éducation spécialisée savent qu’il ne s’agit pas simplement de l’opinion d’un individu. Et pourtant, nous ne sommes pas obligés de dire que ces rapports rendent impossible notre travail éducatif. Ici aussi, il existe des moyens et des voies qui permettent à notre activité de réussir, et la psychanalyse nous donne des indications importantes. Je m’éloignerais trop de la question que nous avons à résoudre aujourd’hui si j’abordais ces problèmes. Je voulais seulement vous indiquer, puisque nous en étions justement venus à en parler, que l’éducation ne doit pas être pétrifiée, mais qu’elle doit toujours s’adapter aux besoins en constant changement, et mobiliser des forces et des forces antagonistes nouvelles.

Revenons au jeu infantile du jeune garçon : nous devrons dire qu’il devient pour l’enfant une source d’excitations que nous ne pouvons qualifier que d’excitation sexuelle au sens psychanalytique, le terme « sexuel » devant être conçu d’une manière beaucoup plus vaste que ce n’est habituellement le cas. Les souvenirs conservés sont la cause d’un lien intense entre les compagnons de jeu, qui sera d’autant plus intense que les vécus seront chargés d’émotion. Par l’influence de l’éducation, l’enfant apprend à ressentir comme interdits les actes commis et les excitations affectives qui les accompagnent sans qu’il soit pour ce faire absolument nécessaire de surprendre les enfants pendant ces jeux.

Dans tous les cas, on voit apparaître une contradiction entre le jeu voulu, chargé de plaisir, et celui qui est permis à l’enfant sage, ou sur lequel pèse la menace d’une punition. Si la tendance chargée de plaisir est la plus intense, le jeu se perpétue, si l’autre tendance prédomine, le « refoulement » intervient parce qu’une liquidation du conflit dans la conscience, une condamnation du jeu prohibé n’est pas encore possible. L’enfant s’efforce de ne plus rien savoir de ce qui était, il ne veut plus y penser, il veut oublier sa propre participation au jeu et tout ce qui entre en rapport associatif avec lui, notamment ses relations tendres avec son partenaire de jeu, car il s’agit là des plus grands risques susceptibles de faire naître une attirance pour le même jeu. Grâce au processus de refoulement, le refoulé se voit sans doute barrer les possibilités antérieures de manifestation et de développement, mais il continue à exister dans l’inconscient où il est exposé, du fait qu’il est soustrait au contrôle de la conscience, à l’action d’autres forces ; ce que la psychanalyse appelle une « fixation » est apparu. Nous pouvons sans difficulté reconnaître que les relations avec le partenaire de jeu n’ont pas été dissoutes, mais seulement déplacées (lien érotique inconscient).

Le danger de voir ce lien redevenir conscient diminue lorsque les relations affectives sont marquées d’un signe négatif, autrement dit, quand l’amour s’exprime par la haine dans la conscience.

Nous savons maintenant en général ce que nous entendons par lien érotique inconscient, même s’il n’est pas facile d’élaborer tout de suite ce résultat de la recherche psychanalytique. Mais en ce qui concerne ce que nous affirmons, à savoir que même la haine de notre jeune garçon envers sa sœur trouve ainsi sa détermination, nous n’avons présenté aucune preuve, si ce n’est la possibilité de son développement à partir du jeu infantile. Si nous l’admettons, nous faisons une conclusion analogique entre le névrosé, chez lequel cette source de haine est souvent découverte, et le jeune carencé ; je dois donc m’attendre à ce que vous m’objectiez que le jeune garçon est un jeune carencé et non un névrosé, et que la conclusion analogique ne peut pas être admise aussi simplement.

Je me suis fait à moi-même cette objection et je l’ai également indiquée lorsque je disais que notre affirmation, étayée uniquement sur le souvenir infantile, n’avait qu’une faible probabilité, et que nous n’aurions une certitude supérieure que quand nous aurions réussi à trouver ailleurs des points de repère, parce que nous ne pouvons pas attendre la collaboration directe de notre adolescent.

Mais où trouver ces points de repère ?

Nous allons le voir tout de suite. Je répète encore une fois expressément que nous n’avons pas à démontrer l’exactitude de notre affirmation, mais seulement la probabilité élevée de son exactitude. Sachons bien que l’éducateur spécialisé est toujours contraint de se trouver dans une incertitude inévitable en raison des conditions dans lesquelles il accomplit son travail, incertitude qui ne peut disparaître qu’au cours de l’éducation, parce qu’il ne lui est pas accordé de temps pour attendre. Permettez moi aussi d’ouvrir ici une parenthèse qui n’est pas superflue. On me demande à maintes reprises, dans le cadre des débats judiciaires publiés dans la presse quotidienne, quelle est la cause de tel état carentiel et de tel geste criminel. Je refuse à chaque fois de répondre. Il est parfaitement impossible, à partir de rapports de journaux et sans connaissance précise du cas, de tirer une conclusion sur les déterminations causales dont la probabilité serait suffisamment élevée pour qu’ils puissent sérieusement être discutés, et encore moins pour pouvoir en dériver la peine à infliger à l’accusé.

Vous voulez sûrement connaître maintenant nos autres points de repère. Je dois vous demander encore un peu de patience, parce qu’une réflexion théorique est encore nécessaire pour pouvoir les saisir correctement.

Vous connaissez la phase développementale de l’être humain que l’on appelle puberté. En général cependant, on admet qu’elle ne concerne que des processus physiologiques, que c’est au cours de cette période que l’organisme masculin a la capacité de produire des spermatozoïdes, et l’organisme féminin des ovules. Or, c’est un fait qu’une série d’êtres humains, bien que leur appareil génital se soit développé d’une manière parfaitement normale, ne sont pas capables de remplir leur tâche de conservation de l’espèce. Ils ne réussissent pas à établir avec l’autre sexe les relations affectives nécessaires, ou bien ils sont contraints, en raison de leur constellation psychique, de chercher la satisfaction de leur désir sexuel autrement que d’une manière normale.

Freud nous a montré que la puberté ne peut pas être appréhendée de manière correcte si l’on considère uniquement sa face physiologique, la face psychologique étant méconnue. Il nous a procuré un aperçu profond dans l’évolution psychique qui trouve dans la puberté son achèvement normal, et il a exploré ce qui intervient lorsque les conditions évolutives nécessaires manquent.

Pour nous, c’est le résultat suivant qui entre le premier en ligne de compte :

Pendant la puberté, l’adolescent doit abandonner ses premiers objets d’amour situés au sein de la famille, et les remplacer par d’autres objets extérieurs à la famille. Soit, pour emprunter la terminologie psychanalytique : les investissements libidinaux infantiles doivent être dissous, afin de libérer une libido libre susceptible d’investir des objets extérieurs de la famille.

Lorsqu’il existe des relations libidinales, des fixations trop intenses à des membres de la famille, leur dissolution au cours de la puberté devient difficile, voire impossible.

Nous sommes maintenant suffisamment avancés pour rechercher un point de repère supplémentaire pour notre démonstration.

Notre adolescent se situe par rapport à la femme d’une manière qui nous montre très nettement qu’il n’a pas échoué dans la tâche que lui impose la puberté, mais que celle-ci lui est rendue considérablement difficile, ce qui est le cas, nous le savons maintenant, quand il existe une fixation libidinale infantile à un membre de la famille. Cet adolescent de dix-huit ans n’a pas de relations normales avec la femme : interrogé pour savoir s’il a déjà embrassé une jeune fille, il dit en rougissant d’une façon très embarrassée : « Ça ne se fait pas. »

Ce trait de la nature de l’adolescent nous donne donc, indépendamment du souvenir infantile, un point de repère pour notre affirmation. Je puis toutefois facilement m’imaginer que ce fait, qui ne saute aux yeux que de l’observateur averti, n’est guère probant pour vous, et que, pour ne pas rester dans une incertitude trop grande, vous voudriez bien trouver un point de repère qui se manifesterait d’une façon plus frappante. Nous pourrons le trouver lui aussi si nous tenons compte de ce dont l’adolescent nous fait part à propos de ses objets d’amour.

La première jeune fille ayant enthousiasmé le jeune garçon âgé de treize ans appartenait au cercle des amies de Poldi, fréquentait avec elle la même classe à l’école et avait le même âge qu’elle ; il n’y a que peu de différences dans leur aspect et leur personnalité, seule la couleur de leurs cheveux et de leurs yeux présente des nuances différentes. L’objet d’amour est encore entièrement sa sœur, et pourtant, ce n’est plus tout à fait elle. Son amour actuel n’a en commun avec sa sœur que la profession. La ressemblance n’est plus présente. Au contraire, il semble précisément opposé.

Qu’est-ce que cela nous indique ?

Nous savons déjà qu’en même temps que le refoulement du jeu infantile prohibé, ce qui est en relation associative avec lui est la proie du refoulement, l’inclination pour la sœur n’en étant pas pour autant dissoute, mais seulement déplacée vers l’inconscient ; le risque persiste donc de la voir s’imposer de nouveau dans la réalité. Mais c’est à la puberté qu’intervient la grande poussée libidinale qui seule rend le garçon en train de mûrir capable de commettre des agressions sexuelles, et le risque de voir ces agressions s’orienter vers la sœur augmente. Il est diminué lorsqu’une haine consciente rend impossible toute approche, ou lorsque la sœur est abandonnée comme objet sexuel à la suite d’un processus quelconque, ou lorsque ces deux phénomènes s’associent.

Nous pouvons aussi, maintenant, nous expliquer pourquoi la libido refoulée ne pouvait avoir pour destinée que le renversement en son contraire, pourquoi s’est accomplie la transformation de l’amour en haine. C’est une tendance protégeant le Moi du jeune garçon qui a entraîné ce processus. La haine consciente est une préservation. Elle devra persister aussi longtemps que le lien érotique, inconscient, ne sera pas dissout, et empêchera son irruption à partir de l’inconscient.

Se pose maintenant la question de savoir si, au cours de la croissance du jeune garçon, une tendance conduisant à cet abandon de la sœur en tant qu’objet sexuel a été active, et quel est ce processus.

Nous savons par les recherches de Freud que pendant la période de la puberté, les garçons doivent subir, outre la grande poussée libidinale, une vague de refoulement qui, même si elle n’est pas et de loin aussi puissante que celle de la jeune fille, saisit pourtant les premiers objets sexuels infantiles, ceux-ci n’étant plus considérés comme objet sexuel ; ils font en tant que tels sécession. La psychanalyse dit que la barrière de l’inceste s’élève. Un mot pour expliquer le terme inceste, pour ceux qui ne le connaîtraient pas : il s’agit du rapport sexuel des membres d’une famille entre eux.

Ce que dit notre adolescent montre combien le travail du refoulement a été efficace dans son cas. Nous voyons très nettement comment la barrière de l’inceste commence à se dresser chez le jeune garçon âgé de treize ans, comment la sœur est échangée contre l’amie qui lui ressemble tant. Mais nous tirons plus encore de ses relations amoureuses actuelles. La barrière de l’inceste jette également une prohibition sur le type auquel appartient la sœur, et le rend par là même lui aussi inaccessible d’un point de vue sexuel.

Et pourtant, notre jeune garçon reste bloqué à l’intérieur de sa famille, se contentant, lors du choix de ses objets d’amour, de prendre les traits là où existait le lien le plus faible : chez sa sœur cadette.

Rassemblons les résultats obtenus jusqu’à présent afin de ne pas perdre notre vision d’ensemble. Nous avons devant nous un adolescent âgé de dix-huit ans commettant à la maison des agressions violentes, les attaques les plus violentes concernant sa sœur aînée. Elles ne peuvent provenir d’une constitution brutale. La première hypothèse, qui trouve leur cause dans la relégation douloureusement éprouvée dont il fait l’objet de la part de son père et dans la préférence spéciale accordée à la sœur aînée, ne peut être soutenue. Un souvenir infantile dont il nous fait part nous indique la direction : les déterminants doivent être recherchés dans un lien érotique inconscient, et c’est précisément ce que nous affirmons. Nous produisons une preuve vraisemblable grâce à une conclusion analogique empruntée au névrosé, mais nous ne lui reconnaissons pas une signification déterminante. Indépendamment de cette preuve et du souvenir infantile, nous trouvons encore d’autres points de repère : une mise en difficulté de la tâche qui incombe à la puberté, reconnaissable à la phrase prononcée en rougissant de façon très embarrassée : « Ça ne se fait pas », et, preuve la plus puissante, le fait nettement perceptible que la barrière de l’inceste élimine, en tant qu’objet sexuel, non seulement la sœur, mais aussi le type auquel elle appartient.

Je vous ai présenté spécialement le cas de ce jeune carencé parce que, pour une première introduction, nous pouvons pénétrer d’une façon suffisamment profonde dans la découverte de ses déterminants, et parce qu’il vous permet malgré tout de voir comment l’éducateur spécialisé, sans attendre la collaboration directe de l’enfant dont il a la charge éducative, suit des traces repérables et se fait, à partir d’elles, une image qui diminue le plus possible l’incertitude à laquelle il est exposé.

Vous m’accorderez aussi certainement qu’il n’est pas indifférent, en ce qui concerne l’introduction de mesures éducatives, de savoir si une des composantes déterminant la haine provient d’une relégation, ou si elle est la conséquence d’un amour intense, même s’il est inconscient.

Si vous voulez bien vous rappeler que découvrir les causes de l’état carentiel signifie trouver ce qui a conduit à l’état de carence latente, nous avons déjà résolu une partie de cette tâche. Le lien érotique inconscient est l’une des constellations de forces formant à l’avance le mécanisme qui, une fois qu’il est entièrement constitué, n’a plus besoin que de l’occasion correspondante pour entrer en activité.

Avançons maintenant dans notre examen et choisissons une autre déclaration de la mère : « Ce n’est pas un homme, c’est un gamin entêté et stupide. » Cette phrase nous indique-t-elle quelque chose ? Comparons-la avec celle-ci : « Avec moi, il est docile et ne s’aventure pas à regimber, car en dépit de ses dix-huit ans, je le corrige encore. Quand il a fait quelque chose, il est particulièrement sage et nettoie toute la maison d’une façon extraordinaire. » Il semble vrai qu’il n’est pas un homme, il se comporte réellement comme s’il n’en était pas un.

Mais l’idée du gamin entêté et stupide est-elle exacte ? Son comportement semble indiquer autre chose. Il se soumet non seulement sans protester, mais encore volontiers aux travaux domestiques qu’accomplissent habituellement les femmes ; ses armoires sont mieux rangées que celles de ses sœurs ; il se tient des heures durant devant le miroir, se peignant, se brossant et nouant sa cravate ; il est timide et renfermé comme une jeune fille. Il présente donc une quantité de traits féminins, auxquels correspond également son habitus.

Nous voyons en lui un adolescent qui, probablement par suite d’une certaine constitution génétique et d’une enfance sans père, entouré uniquement par sa mère et ses sœurs, a développé en lui un fragment important de féminité. Dans tout ce dont il me faisait part, seules ses quatre sœurs et leurs amies apparaissaient, il n’y était jamais question de garçons. Il est d’ailleurs très fréquent de constater qu’un aspect féminin marqué chez un homme au cours de la croissance repose sur un entourage exclusivement féminin. Mais peu importe ; il y a chez notre jeune homme un fragment de féminité. Nous ne le reconnaissons pas seulement à partir de ce que sa mère dit de lui ni de ce qu’il dit lui-même : il ressort également d’une façon si nette de tout son être que nous ne pouvons manquer de l’apercevoir. Ce qui suscite chez sa mère un sentiment désagréable, ce qu’elle qualifie de « gamin », c’est ce fragment de femme en lui, qui se manifeste parfois sans le perturber lui-même, mais avec lequel il entre en conflit lorsqu’il veut être entièrement homme. Ce conflit se décharge par des actes affectifs dirigés vers l’extérieur, et nous livre la deuxième composante de son comportement.

Tout cela est-il exact ? Pour l’expliquer, nous devrons encore une fois aller chercher de nouveaux aperçus dans la psychanalyse. Nous savons déjà que les relations tendres de l’enfant avec ses parents rendent possibles les processus psychiques appelés identification par la psychanalyse, et que l’inclination peut devenir excessivement intense et conduire alors à une évolution anormale, souvent aussi à un état carentiel. Pour comprendre ce qui précède, considérons ce qui se produit dans le psychisme en cas d’évolution normale. Pour faciliter cette illustration, nous nous contenterons de discuter les faits concernant le garçon, et d’admettre des conditions analogues chez la jeune fille.

Habituellement, les premières personnes à pénétrer le cercle du vécu du petit enfant sont ses parents, et l’inclination qui commence à se profiler, à s’intensifier, à s’approfondir, s’adresse en général de la même manière aux deux parents. Les tendances libidinales simultanément dirigées vers le père et la mère suivent un cours parallèle, sans troubler initialement le petit être, qui aime autant ses deux parents. Peu à peu, l’inclination pour la mère s’intensifie, et bien que persistent les relations avec le père, des situations vont apparaître qui feront que l’enfant éprouvera de l’antipathie par rapport à son père. Un garçon âgé de trois ans peut trouver tellement désagréables les tendresses du père à l’égard de la mère qu’il voudrait le savoir au loin, afin que la mère lui appartienne à lui seul. L’attitude affective envers le père, autrefois parfaitement univoque, alterne désormais avec des phases de rejet. Comme le dit la psychanalyse, le petit garçon est entré dans une relation ambivalente avec son père.

Pour désigner ce stade évolutif très nettement repérable, Freud a choisi une terminologie qui a donné lieu à un nombre extraordinaire de malentendus. Il l’appelle, en faisant allusion à une légende de l’Antiquité classique, la situation œdipienne. Le jeune homme souhaite voir le père s’éloigner afin de posséder seul la mère. Et voici que s’élève la clameur de tous ceux qui ne veulent pas comprendre la pensée psychanalytique : pensez donc, les relations d’Œdipe avec sa mère et ce garçon encore si petit ! Quelle impossibilité ! Pour vous éclairer, si tant est que vous vouliez être éclairés : de même qu’il n’a pas abattu son père, alors que l’autre l’a vraiment fait, – il doit simplement ne pas être là, tel est le désir – il ne peut envisager le rapport sexuel avec sa mère, parce que l’ensemble de son organisation sexuelle n’y est pas préparée ; ce qui est ainsi désigné, c’est la même tendance traduite à ce stade infantile d’évolution et dont l’enfant ne peut se rendre compte. Nous verrons d’ailleurs une autre fois que la recherche psychanalytique a abouti à une conception beaucoup plus ample, plus englobante et par là plus approfondie du concept de sexualité que cela n’était possible avant elle.

Le progrès de l’évolution de l’enfant et la persistance des relations tendres avec son père font que la tendance qui repousse ce dernier devient inconciliable avec les contenus de conscience, ne peut donc rester consciente et subit le destin du refoulement. La situation œdipienne réelle devient complexe d’Œdipe avec toutes ses répercussions venues de l’inconscient. Si tout continue alors sans perturbation, diverses circonstances interviennent pour mener, environ au début de l’âge scolaire, au dépassement du complexe d’Œdipe. Avec son déclin, comme le dit Freud, le moment précis où ont lieu les identifications avec les parents est venu, où se produit un nivellement aboutissant à une ressemblance avec leur personnalité.

Des relations tendres avec la mère résulte le complexe d’Œdipe positif, des relations avec le père, le complexe d’Œdipe négatif. De l’un, relations positives avec la mère et négatives avec le père, de l’autre, relations positives avec le père et négatives avec la mère. Les tendances positives issues des deux directions du complexe d’Œdipe, perturbées en chaque individu par les tendances négatives, se combinent en une identification au père et à la mère, et au fil ultérieur de la croissance, des traits des parents sont ainsi incorporés à l’être de l’enfant.

En cas d’évolution anormale, lorsque par exemple l’identification avec la mère est excessive en raison de la constitution héréditaire ou des conditions dans lesquelles l’enfant grandit, un trop grand nombre de traits féminins s’intègrent à la nature du garçon et son caractère en reçoit un sceau féminin. Plus l’identification à la mère est intense, plus l’identification au père est perturbée si des circonstances particulières n’interviennent pas, et toutes les tendances orientées vers le développement masculin en sont d’autant plus affaiblies. Il manque ainsi au jeune homme un fragment de virilité, il terminera de ce fait plus tard sa puberté.

En général, tout cela ne veut pas dire grand-chose, et nous aide seulement à expliquer différentes individualités masculines. Pour notre adolescent en revanche, que vous n’avez sans doute pas perdu des yeux en dépit des digressions que nous venons de faire, tout cela a des conséquences catastrophiques. Son père meurt alors qu’à peine âgé de quatorze ans, il quitte l’école. Il est le plus âgé, maintenant le seul homme de la famille, au moment où la tâche de représenter le père vient le solliciter. Il en serait capable, s’il était un jeune homme bien conformé. Les conditions extérieures le contraignent pourtant à une identification paternelle transitoire qui ne cesse cependant d’échouer. C’est ce que nous indiquent les propos de la mère : « Quand il est seul à la maison avec ses sœurs, il fait le monsieur ; naturellement, cela ne plaît pas aux filles. Il vocifère et débite un chapelet de pures insanités ; ses sœurs se moquent de lui, il devient brutal ». Lui-même déclare avec une certaine émotion qu’il est lui aussi quelqu’un et que, dans une famille, les sœurs ne sont pas les seules à pouvoir parler. L’incapacité à assumer une attitude d’homme le met en conflit, conflit qu’il essaie de dépasser par une attitude brutale. Ses sœurs sentent qu’elles n’ont pas en face d’elles l’homme puissant, mais la femme glapissante, elles se moquent de lui, jusqu’à ce qu’il soit envahi par un affect absurde. Nous aurions ainsi compris son agression à partir d’un deuxième point de vue, à partir de l’identification avec le père qui ne cesse d’échouer. Ce qui le perturbe ici, c’est manifestement l’identification avec sa mère.

C’est encore un conflit contribuant à déterminer son comportement qui lui fait perdre son équilibre. Ce conflit résulte de l’antagonisme entre sa propre conception du monde socialiste et la contrainte à laquelle il est constamment exposé par la mentalité strictement catholique des membres de sa famille. Il ne veut pas reconnaître cette mentalité, il ne veut pas l’admettre pour sa propre personne, mais il est trop faible pour s’imposer face à sa mère ; il ne s’y essaie même pas, il n’en parle jamais, si bien que personne n’en sait rien. Mais il décharge son dépit, lui aussi, dans ses agressions. Après chacune de ces irruptions, il s’effondre et se soumet toujours de nouveau à l’autorité maternelle. Il ne reste inflexible que sur un point : il ne veut pas être manœuvre. Cette résistance ne provient pas seulement de son attitude par rapport à sa mère, elle est également nourrie par une autre source. Il veut – c’est ce qu’il me dit – montrer à la jeune fille qu’il aime qu’il deviendra quelqu’un, or être manœuvre n’est rien. Aussi longtemps qu’il n’est pas manœuvre, quand bien même ne ferait-il rien par ailleurs, il peut encore devenir quelqu’un.

Nous avons maintenant trouvé les déterminants des agressions de cet adolescent, dans la mesure où elles sont nécessaires à l’introduction de mesures éducatives, et nous avons par là également fait amplement connaissance avec les causes de l’état carentiel. Si notre formation analytique avait été plus poussée, nous aurions pu ici ou là pénétrer bien plus profondément. L’oisiveté, dont on nous fait part, n’en est en fait pas une. En raison des mauvaises expériences qu’il a faites et par suite de son attitude d’opposition à la maison, il se trouve dans un état qui s’améliorera tout de suite considérablement quand il établira un nouveau rapport avec sa mère et ses sœurs et quand on lui indiquera un chemin praticable lui permettant d’accéder au travail.

Abordons maintenant les mesures éducatives qu’il convient d’introduire : il semble tout d’abord très important et relativement simple de rendre superflues les identifications paternelles qui ne cessent d’échouer : pour ce faire, j’ai assumé pendant quelques temps la place de père dans cette famille. Si le jeune homme l’admet, il n’a plus besoin d’être le père et l’une des causes de conflit est éliminée. Par la suite, il doit, grâce à moi et par mon intermédiaire, établir un rapport correct avec les membres de sa famille. Mais j’obtiendrai quelque chose d’autre si je ne commets pas d’erreur, si je n’accule pas d’emblée ses sœurs à une attitude d’opposition envers moi et si j’établis un rapport transférentiel correct à mon égard. Leur rapport à l’égard de leur frère, qui par son comportement déjà doit se transformer dans un sens favorable, est considérablement amélioré y compris de leur côté par ma présence, et par le fait qu’elles savent que je puis surgir à tout moment, revêtu de l’autorité paternelle. Autre chose encore : la mère, déjà désorientée par les nombreux désagréments que lui cause le jeune homme, ne sachant plus ce qui est le mieux pour lui et pour son avenir, pourra grâce à moi adopter l’attitude correspondante par rapport à son fils. Je sais que je me suis ici contenté d’allusions superficielles et que je n’ai esquissé que la situation extérieure, qui apparaît lorsque l’éducateur spécialisé se présente dans ces cas non comme un éducateur au sens strict, mais comme père. Mais il n’est pas nécessaire, pour un début, de dépasser cette modification du tableau familial. Il est évident que les membres de la famille pris individuellement ne se doutaient pas de ce que j’avais en tête. Naturellement, je n’en parlais pas, me contentant d’orienter mon comportement dans cette direction.

Le premier entretien suffit à ouvrir la possibilité d’introduire les différents transferts dans cette direction. Chez le jeune homme, cette possibilité fut présente dès qu’il sentit qu’il pouvait parler avec quelqu’un qui comprenait toute sa détresse. Ce qui y contribua beaucoup chez la mère, c’est qu’elle put un jour s’exprimer à fond, trouvant ainsi un grand soulagement, et qu’elle partit avec la conviction d’avoir trouvé quelqu’un qui voulait et pouvait tout à la fois l’aider. Dès le premier entretien, elle abandonna le projet d’en faire un manœuvre et reconnut qu’il ne fallait pas l’éloigner de la maison. Il n’y avait d’ailleurs aucune raison réelle susceptible de fonder cette mesure. Il apprendrait le métier d’ébéniste, parce que j’avais réussi à éliminer les obstacles qui empêchaient la prise en compte de la première année d’apprentissage. Il est, six mois et quatorze jours après que je l’ai rencontré pour la première fois, placé chez un ébéniste, et il sera libéré dans six mois, car il se tient d’une façon irréprochable. Aucune trace d’oisiveté ne peut être repérée.

Le conflit : conception du monde socialiste d’un côté, mentalité strictement catholique de l’autre, était réglé dès la première semaine, lorsqu’au cours d’un entretien libre à trois – lui, sa mère et moi –, nous tombâmes d’accord pour qu’une liberté totale lui soit accordée et pour qu’il puisse faire ce qu’il voulait. Depuis ce temps, il ne va plus qu’aux réunions où il peut également rencontrer la jeune fille que nous avons déjà citée plusieurs fois.

Je devrais maintenant vous exposer le plan que j’avais élaboré pour lever toutes ses manifestations de carence. Mais je dois vous avouer que je ne le peux pas. Je ne sais pas si cela sera jamais possible. Mes expériences à ce sujet sont encore trop limitées. J’en suis encore au stade où je suis depuis des années, exploitant les situations favorables qui se présentent, ou les créant lorsqu’il est possible d’en créer, utilisant et l’affectivité et la réflexion, en fonction du cas. Du point de vue de la conscience, il s’agit là sans doute d’une chose bien incertaine, mais peut-être – je ne puis naturellement pas vous dire s’il en va ainsi – existe-t-il des relations entre l’inconscient de l’éducateur analysé et l’inconscient de l’enfant dont il a la charge éducative telles qu’un travail correct est possible.

À propos du cas d’éducation spécialisée que nous venons de discuter, il est encore très intéressant de noter qu’au cours de la première phase du traitement, le jeune homme a « pesté à fond » sur ses sœurs lorsque nous étions tous les deux ensemble, il jouait lorsque nous étions tous réunis le grand frère calme, agissant de façon réfléchie, qui me faisait des signes entendus au cas où je ne verrais pas combien les filles étaient sottes. Au bout de quelques semaines à peine, une paix relative revint dans la famille, et de même que chacun, en proie à l’irritation, rabaissait auparavant les autres, le retour du calme leur permit de se rehausser réciproquement. Aucun ne percevait alors la part personnelle qu’il prenait à ce changement. Je n’avais aucune raison de les y rendre attentifs. Un jour que je demandais à la mère, à cette époque, comment cela allait maintenant, elle me dit : « Beaucoup, beaucoup mieux ; il est devenu manifestement plus calme et raisonnable. »

Le jeune homme, à qui je demandais le jour même pourquoi les choses allaient maintenant mieux à la maison, estima que c’était parce que Poldi n’était plus aussi dégoûtante et parce que sa mère s’était placée de son côté. La mère avait déjà une idée de ce qui entraînait les conflits, et le jeune homme ressentit cela comme si sa mère s’était placée de son côté. Je n’ai maintenant plus grand-chose à vous dire. Je rencontrais le jeune homme deux à trois fois par semaine, pas très souvent à la maison. Durant les quatre premiers mois, il y eut des agressions fréquentes qui n’atteignaient toutefois pas le degré antérieur et qui diminuèrent progressivement ; elles ont complètement disparu dans les deux derniers mois. Il n’y a pas plus de différends qu’il n’y en a dans n’importe quelle famille. Lors de nos rencontres, notre sujet de discussion essentiel c’était ses accès de fureur à la maison, si bien que lui aussi put appréhender une grande partie des articulations sous-jacentes.

Je ne puis dire maintenant si des surprises m’attendent encore ni lesquelles, et si je serai alors à la hauteur.

J’ai par là terminé ce que j’avais l’intention de vous dire aujourd’hui.


9 Léopoldine, N.D.T.