Réalité psychique

Il le sait d’autant mieux que, homme de science et de positivisme, la réalité est pour lui un objet de mesure ; il sait, avec son humour volontiers porté à l’autodérision, que « les dents de la mer ne sont plus qu’un dentier », que « le calamar géant du capitaine Nemo a été mis en pièces », que tout ce qu’il imagine « grouiller sous l’eau », crabe qui pince ou murène qui cisaille, est un danger aussi redoutable qu’imaginaire… Ça n’y change rien. Honnête nageur, à condition toutefois de pouvoir garder « la tête hors de l’eau », il est saisi d’une angoisse* irrépressible dès qu’il s’aperçoit qu’il n’a plus pied.

Dans « réalité psychique », c’est réalité qui est le messager de l’énigme. La simplicité des mots est inversement proportionnelle à la difficulté d’une notion qui bouscule la hiérarchie établie entre le réel et l’imaginaire. Par quelle « folie » la réalité du fantasme* peut-elle l’emporter sur celle que juge la raison ? Pour s’être laissé duper par la réalité de la réalité psychique, bien des expertises psychologiques ont induit la Justice dans des erreurs tragiques. Plus le fantasme est inconscient, plus il contraint nos choix et nos refus, plus nous sommes, par lui, parlés et agis, plus sa réalité est la nôtre, plus le dedans commande au dehors. Les représentations inconscientes sont comme des choses, un noyau de désirs et d’angoisses qui imposent leur réalité à la réalité matérielle, tout au moins qui s’y emploient – avec, dans la psychose*, un terrible succès qui emporte tout sur son passage.