Refoulement

L’entreprise a des accents guerriers : refouler à la frontière (du moi*) l’étranger indésirable, celui dont la présence n’est que désagrément et déplaisir. Du refoulement nous avons une sorte d’expérience commune, une gêne discrète, un irrépressible dégoût, toute la gamme des affects négatifs se charge de signaler l’irruption d’un ennemi d’autant plus difficile à combattre qu’il attaque de l’intérieur. Le refoulé est un cheval de Troie.

Le refoulement tient à l’écart de la conscience un désir inadmissible, une représentation inacceptable. Mais sa tâche est infinie, jamais acquise. Le refoulé ne cesse de faire retour : empêché de passer par la porte, il entre par la fenêtre : sous la forme d’un symptôme*, d’un acte manqué*, d’un rêve*… L’un de ses masques préférés consiste à se transformer en son contraire : la haine* devient tendresse excessive, le sadisme compassion… Derrière le défenseur des animaux, il y a, dans l’infantile, un arracheur d’ailes de papillon. Plus cynique encore, il arrive que le refoulé emprunte pour faire retour le moyen qui est censé le repousser, à l’image de l’ascète, agitant son crucifix pour écarter la tentation, qui voit soudain apparaître une femme nue à la place du crucifié (Freud).

Le paradoxe du refoulement est que ce qu’il réprime acquiert par là même un surplus d’existence, une sorte d’éternité, une fraîcheur définitive qui, à resurgir trente ans plus tard, produit le même effet. De notre mémoire, le refoulé est la part la plus vivante, la plus indestructible.

Le refoulement est quelque chose d’autre qu’un simple rejet (Freud), il transforme ce qu’il touche. Toujours dans le même sens, celui de la démesure : la plus aimante des mères devient sorcière ; le plus chaleureux des pères, despote oriental. C’est un matériel déjà métamorphosé et symbolisé que le travail de la psychanalyse cherche à mettre au jour, à libérer de ce qui l’entrave.