Régression

Nul n’est capable de parcourir le temps en sens inverse, ce n’est que dans l’espace que sont possibles les retours en arrière. La notion de régression « temporelle » nourrit une illusion, celle d’une remontée dans le temps, le long des étapes du développement ; éventuellement jusqu’au point de départ, tel le dépressif qui, à l’image du nourrisson, ne fait plus que manger et dormir. La régression nous ramène moins vers des temps révolus qu’en des lieux auxquels nous sommes restés inconsciemment fixés, que nous n’avons jamais vraiment quittés. Paradoxalement, la régression « temporelle » ignore le temps, elle signe plutôt la présence de formes psychiques primitives. Pour tenter d’illustrer ce mode d’actualité de l’infantile, du primitif en nous, Freud pense d’abord au Yellowstone, l’image d’une réserve naturelle laissée dans son état originaire. Mais l’inconscient n’est pas l’état de nature, il est fait de ce qui arrive, si ce n’est qu’il maintient dans un même espace-plan (« Psychè est étendue ») la somme des expériences marquantes, sans hiérarchie, sans histoire. L’infantile est moins un morceau de nature que la plus polymorphe des cultures, une Rome où se côtoieraient sans séparation, sans destruction, la première palissade de la Roma quadrata, entourant le Palatin, le temple de Jupiter Capitolin, le Palazzo Farnese…

L’instauration de la situation psychanalytique est une invitation à la régression, une invitation au voyage. Les chemins qui mènent d’une Rome à l’autre passent par l’association libre, qui fait que le langage* n’est plus maître de la direction qu’il prend ; par le retour vers les images, vers le rêver – sinon le rêve* – que facilite la position sur le divan* ; par l’actualisation, l’incarnation (les transferts*) des dramatis personae de la vie, d’abord de l’enfance. L’analysant traite les mots comme des choses, regarde les images et « fait l’enfant », plus souvent qu’à son tour.