Résistance

Il arrive que la résistance à la psychanalyse se formule en toute simplicité. Samia énumère ce qu’elle soustrait à la règle fondamentale* (dire tout ce qui passe…) : « Il y a ce qui ne vous regarde pas, et ce qui est trop con. » C’est rarement aussi clair et conscient. Les masques de la résistance revêtent toutes les formes, la même et son contraire : « Rien ne me vient à l’esprit… », « Tant de choses me viennent à l’esprit qu’il m’est impossible de les dire ». L’un ne retient rien de ses rêves, l’autre submerge l’analyse sous leur récit. L’un s’enferme dans le silence, l’autre parle sans cesse afin de refuser aux pensées difficiles le temps de se former. L’un aime l’analyste et lui dit ce qu’il pense lui faire plaisir, l’autre est hostile et ne poursuit d’autre but que de prouver à celui qui l’écoute son incompétence. L’un reçoit toute interprétation comme parole d’Évangile, l’autre cache mal son mépris : « Très intéressant… »

La résistance n’a que l’embarras de ses sources : le moi* ne veut rien savoir du refoulé, le ça* est attaché à ses modes symptomatiques de satisfaction et refuse de les transformer, le surmoi* a besoin de sa culpabilité* et s’oppose à ce que le monde change, sauf en pire. L’une des ruses du surmoi est d’obéir à la règle (fondamentale) pour le plaisir d’obéir – à l’analyse comme à l’école ou comme en religion !

Le psychanalyste aurait cependant tort de se plaindre, toute résistance signe la présence de l’inconscient, elle signale ce qu’elle dissimule. La première de toutes les résistances n’est-elle pas le transfert* lui-même en tant qu’il répète, qu’il agit, plus qu’il n’élabore ? Mais parce qu’il met en acte l’inconscient, il est aussi ce qui en permet l’analyse.