Silence (du psychanalyste)

C’est la première fois qu’elle rencontre un psychanalyste. Désarçonnée par le silence de celui qui lui fait face – là où un médecin, plus rassurant, aurait demandé : « Qu’est-ce qui vous amène ? » –, elle devine qu’il s’agit d’une invitation à parler. Elle se raconte, dans un mélange d’anxiété, d’énervement et, bientôt, de pleurs. Sa mère, tout occupée à elle-même, son père occupé ailleurs, personne qui ne comprenne l’enfant qu’elle fut… Elle n’y tient plus, en a assez de s’adresser à un mur, elle va se lever pour partir…

— On ne vous a donc jamais écoutée ?

Le silence du psychanalyste n’est pas une posture, il est la condition d’entendre le transfert*, et d’abord de lui permettre de se constituer. Parce qu’il absente le psychanalyste, au moins sa personne, le silence permet que se dessinent inconsciemment les figures d’une vie. Ce n’est ni un vide ni un blanc ni un neutre, plutôt un creuset, une attente afin de permettre à l’inconscient du patient de sortir de son propre silence.

Silence et interprétation* sont solidaires, comme les deux faces d’un même travail de transformation (Viderman). Sur fond de silence, les mots de l’interprétation ont quelque chance supplémentaire d’être entendus. Mais que le psychanalyste se taise par principe, par posture, qu’il joue à « je suis celui qui suis », celui qui « sait », et plus rien alors ne le distingue de Dieu. Un des buts de l’interprétation, note Winnicott, est de « marquer les limites de la compréhension de l’analyste ».

Moteur du transfert, il arrive aussi que le silence du psychanalyste devienne, à l’inverse, une erreur technique, quand, loin d’inviter la parole à être libre, il ne fait que répéter le silence de mort d’un père ou d’une mère.