Attachement (holding)

« Un bébé, ça n’existe pas… » Par-delà la provocation lapidaire, Winnicott souligne une évidence : la conservation de la vie, dans les premiers temps, n’est rien moins qu’une autoconservation. Pour naître, vivre, survivre, psychiquement compris, il faut être au moins deux. La psychanalyse s’est longtemps contentée de réduire à la faim et à la soif les premiers besoins. On est loin du compte : chaleur, sécurité, tendresse… Les échanges sensoriels (sourires, pleurs, vocalises) du nouveau-né avec la figure d’attachement, généralement la mère, sont multiples et interactifs. Un bébé de trois jours est capable de distinguer entre les voix et de se tourner vers celle qu’il préfère. Cette précocité des compétences, cette ouverture sur les premiers objets, loin de lui assurer une indépendance rapide, le laisse au contraire d’autant plus à la merci de son environnement. Quand les instincts assurent la régulation de part et d’autre, la vie va son train, mais l’homme n’est pas un primate comme un autre. Une mère dépressive, imprévisible (tour à tour intrusive et indifférente), hostile, débordante (de sensualité ou de soins)… et ce sont les fondations de la vie psychique qui chancellent. De ces faillites, le moi* de l’enfant porte les traces : fragilités, fêlures, blessures… Si elles sont inconscientes, ce n’est pas d’être inacceptables comme le refoulé, mais de ne pas avoir été réparées, transformées, reconnues. Qu’elle s’y trouve confrontée, quand le patient est borderline, et la psychanalyse vire à l’obstétrique : naître enfin ! Pour changer de vie, il faut d’abord en avoir une.

La nature a horreur du vide, le bébé aussi. En naissant, il découvre la gravité, et le holding. Mal porté, psychiquement mal porté, et quelque chose en lui tombe : « Le premier amour vient d’en bas » (Winnicott). Le bébé est un être « aéroporté », certaines phobies* de l’avion le laissent limpidement entendre, notamment quand la portance du divan* défaille, le transformant en un lit de reproches et de souffrance. Pour pouvoir prendre l’avion (ou l’analyse) sans autre angoisse qu’une légère inquiétude, a fortiori pour s’abandonner au sommeil en plein vol, sans somnifère ni whisky, il faut disposer à l’intérieur de soi d’une confiance quasi absolue en qui vous porte.