Symptôme

Après quelques mois d’analyse, Lucie avait constaté la disparition de sa constipation (hystérique) – jamais évoquée jusque-là –, comme si l’énoncé de la règle* : « Dites tout ce qui vient… », avait pris valeur d’interprétation*, à l’insu des deux protagonistes.

L’effacement d’un symptôme, sa transformation, reste un des plus sûrs repères du changement psychique. Mais l’inverse aussi… il n’est pas rare que les premiers pas en analyse « rendent malade », que le corps* psychique réponde à sa manière à la mise au jour de l’inconscient. Pour Cécile, cela prit la forme d’un eczéma, disparu depuis l’enfance, un retour localisé à un doigt – le doigt de « la bague au doigt ». Pour Léo, que des angoisses primitives oppressaient, c’est par des difficultés respiratoires qu’il entra dans le processus psychanalytique. Lorsque l’angoisse* s’est frayé un chemin somatique, celui-ci reste disponible, y compris pour un conflit psychique* d’une nouvelle nature.

Le symptôme travaille comme le rêve*, sa forme est un compromis : d’un côté, il ménage au fantasme* une issue, il l’exprime même si c’est toujours de façon déplacée, déformée ; de l’autre, il en combat la pleine manifestation, il s’en défend. Étymologiquement, le symptôme est une « coïncidence de signes », il fait se rejoindre en un même point la souffrance et la satisfaction.

La psychanalyse est née d’un renoncement, celui d’une interprétation frontale des symptômes, d’un espoir de pouvoir les résoudre un à un – qui ne conduit qu’à les renforcer ou les voir migrer vers un abri plus sûr ; parmi les nouveaux patients de la psychanalyse, il y a ceux que les thérapies cognitives et comportementales ont « guéris* ». Nul mépris du symptôme et de la souffrance dans cette attitude ; au contraire, la conviction que le symptôme a la force d’une énigme, qu’il est un sens à déchiffrer – pas simplement une erreur à corriger –, et qu’il faut parfois toute une analyse pour le voir disparaître.

Il arrive aussi – un effondrement dépressif, le risque vital d’une anorexie*… – que l’immédiate gravité du symptôme ne laisse d’autre choix qu’une intervention technique directe.