Temporalité (histoire)

Comment ne pas penser avec le philosophe que tout un chacun dispose d’une « conscience intime du temps », que le temps informe a priori la sensibilité, que rien n’est plus « familier » à l’homme que son existence dans le temps ? C’est au moins vrai pour le patient névrosé, celui qui s’est fait une histoire du déroulement de la tragédie œdipienne*. Pour lui, « passé, présent, avenir sont comme enfilés sur le cordeau du désir qui les traverse » (Freud). Le présent du transfert* ouvre d’un côté sur la remémoration de l’infantile et de l’autre sur l’attente du changement. Mais ce n’est pas vrai pour tout le monde, et c’est une surprise de l’expérience psychanalytique de s’apercevoir que le temps n’est pas une donnée immédiate de la subjectivité. La temporalité résulte d’une psychogenèse, celle-ci peut être simplement esquissée, et parfois non constituée. Ariane n’a pas de souvenirs d’enfance – une absence qui n’est pas faute de mémoire mais faute d’histoire –, du projet elle n’a aucune pratique – prévoir les vacances la plonge dans un vide de pensée – et elle s’efforce autant que possible de neutraliser sa « présence » en parlant pour ne rien dire. Elle sait se servir d’une montre et d’un agenda, le temps social n’est pas en cause, seule l’inscription subjective dans le temps, celle qui permet de faire récit de sa vie.

Le découpage du temps, passé/présent/futur, a pour préalable l’existence d’une continuité d’être (Winnicott), a pour condition que l’enfant ait appris que l’absence n’est pas la disparition, que l’objet d’amour parti reviendra (fort/da).

La psychanalyse montre que, si l’on n’est pas dans le temps, on peut cependant l’inventer sur le tard. Dans ce cas, la première histoire est celle de l’amour-haine du transfert*. Après des années d’analyse, Ariane reprenait fréquemment les mêmes mots : « Au début, quand je venais ici… »