Trauma (psychique)

Un accouchement aux forceps, un attouchement par le grand-père, la mort précoce d’un frère, une chute dans l’escalier provoquée par la sœur… C’est bien souvent au titre d’une causalité simpliste que le « trauma » de l’enfance est sollicité pour rendre compte des malheurs d’une histoire et de la souffrance d’aujourd’hui. Il est apaisant de « trouver un commencement, un point d’appui dans le temps qu’on peut ensuite nommer cause » (Kertescz).

La conception psychanalytique du trauma conserve une part de l’idée commune : le trauma est une blessure par effraction ; quelque chose survient qui excède les capacités d’élaboration, d’intégration psychiques par le moi*. Les frontières de celui-ci sont franchies, piétinées, parfois détruites. Il se défend avec les moyens du bord, du refoulement* (névrose*) au morcellement (psychose*), selon la violence de l’impact et son aptitude à amortir le choc. Le trauma signe un bouleversement de l’économie psychique. À la limite, la moindre pointe d’angoisse* signe l’événement d’un microtrauma, même si l’on ne saurait dire lequel, à la manière d’une secousse tellurique qu’enregistre le sismographe sans que les habitants ne la perçoivent.

La complication psychanalytique principale par rapport à l’idée commune consiste à souligner que le trauma psychique est en deux temps. Dans l’enfance se produit une première frappe qui laisse une trace non verbalisée, non signifiée, non intégrée à l’histoire. Jusqu’à ce que quelque chose arrive, après coup*, moment de collapsus entre la reviviscence d’une expérience passée qui attaque du dedans, et ce qui surgit inopinément du dehors. Mais l’après-coup n’est pas seulement un coup, c’est déjà sa transformation – traumatikos signifie à la fois la blessure et son pansement.

Si la psychanalyse sait assez bien transformer les traumas dus aux séductions* de l’enfance, c’est un défi pour elle de s’affronter aux « traumas précoces » (une dépression* maternelle, un enfant mort*, un viol, une disparition inexpliquée…), ceux-là mêmes qui ont laissé Narcisse profondément blessé.