Visage

La mère joue devant son enfant sa propre disparition, il lui suffit de masquer son visage d’un tissu ou de ses deux mains jointes – a minima une main sur les yeux, effaçant le regard, produirait le même effet. Nulle autre partie du corps que le visage ne pourrait ici convenir. C’est que le visage est moins une partie qu’il n’est le représentant du tout. L’objet* total est un visage. Si, dans les camps de concentration, la cuiller était devenue un des objets les plus précieux, c’est qu’elle évite au visage la disparition dans le bol de soupe et permet ainsi de continuer à appartenir à l’espèce humaine.

On ne peut voir son visage, seulement se voir. S’aimer a pour préalable un se regarder, le visage est la zone érogène par excellence du narcissisme*. Pour en arriver là, un simple miroir ne suffit pas, le premier miroir est le visage de la mère (Winnicott). Il en va du visage comme de tout le corps* psychique, il résulte d’une psychogenèse. Pour se voir, pour se dessiner un visage et prendre plaisir à le contempler, il faut d’abord apprendre du regard maternel que l’on est « la prunelle de ses yeux ».

Le visage est la fenêtre de l’âme. Une fenêtre trop ouverte pour que la psychanalyse puisse aisément s’en accommoder. Que l’on soit patient ou analyste, comment s’abandonner au cours des pensées inconscientes, comment s’accorder la liberté vagabonde de l’imagination, si l’on est sous la menace d’être dévisagé ?