Autoérotisme

C’est paradoxalement la masturbation, parce que l’on n’y voit qu’un plaisir solitaire d’organe tourné vers la seule décharge, qui est la moins à même d’illustrer ce qu’« autoérotisme » veut dire. La fabrication du mot d’esprit, quand l’érotisme tombe sur la parole et joue avec le langage, en serait une image à la fois plus fine et plus énigmatique. Pas d’autoérotisme sans que le corps n’en ressente l’excitation. Cela ne change cependant rien à sa nature psychique ; c’est toujours à la présence, inconsciente ou non, d’un fantasme* que le corps répond.

Le premier geste de l’autoérotisme en montre la construction : privées du plaisir qui accompagne la tétée, les lèvres suçotent, elles se baisent elles-mêmes faute de savoir à quel sein se vouer. L’autoérotisme cherche un plaisir perdu, le reproduit, le multiplie. Plus génialement, génie de la sexualité infantile*, il transforme en plaisir une expérience déplaisante : la mère est partie ; qu’à cela ne tienne, l’enfant lance sa bobine, tire sur la ficelle pour la faire réapparaître, il joue, il jubile à parti/revenu, fort/da. Une bobine de perdue, dix de retrouvées.