Cadre (setting, site)

L’« épreuve de l’étranger », l’embarquement vers l’inconnu en quoi consiste une psychanalyse – on n’y vient pas pour « dire tout », ou ce que l’« on ne veut pas dire », mais pour dire ce que l’on ne sait pas… –, n’est une aventure envisageable que si l’on est assuré de garder au moins un pied sur la terre ferme. Le mouvement est un relatif qui ne prend sens que par rapport à un point fixe. Même nombre de séances, même durée de la séance, mêmes conditions de lumière, de chaleur, même coût, même attitude de l’analyste, qu’il vienne d’être choyé ou insulté… l’altérité de l’inconscient s’exprime sur fond de constance et d’identité, celle du « cadre ». Le mot n’est pas très heureux, trop à angles droits, confondant identité et rigidité. Même si cette fermeté peut être bienvenue, quand la terre tremble, elle ne saurait devenir un but en soi. L’anglais setting, sa dérivation en « site » (Fédida), disent la même chose avec plus de souplesse. Le « cadre » ne se limite pas à quelques données contractuelles (temps, argent…), il trace la frontière d’un dispositif. Que cette frontière, l’enclos qu’elle dessine, soit une condition de possibilité pour le déploiement de l’analyse ne signifie pas que l’on sache exactement par où elle passe. Louis – qui ne supporte pas que se côtoient sur le fil à linge deux chaussettes dépareillées – a remarqué dans la bibliothèque un livre la tranche à l’envers. « C’est exprès, pour agacer les patients ? » Chacun interprète le cadre à sa porte, celle de son fantasme* ou de son angoisse*.

Le setting est à l’image du moi*, il en épouse la forme, tous les deux sont des êtres de frontière. Quand celle-ci est assurément tracée, quand le moi n’est pas inquiet pour son unité, le cadre passe inaperçu, comme le sont les fondations d’un édifice bien construit. Mais que la frontière (borderline) soit incertaine, disputée ou piétinée, et le cadre, qu’il soit sacralisé, ou inversement attaqué et menacé d’être détruit, devient lui-même l’objet, le lieu de l’analyse. Pour Helena, qui ne disposait pas à l’intérieur d’elle-même de cette continuité d’être qui assoit une identité, le premier événement de la cure fut de saisir, à sa grande surprise, qu’elle n’aurait pas à reprendre rendez-vous par-delà la vacance de l’été. Ce serait le même jour de la semaine, la même heure du jour. Il arrive, sur fond de détresse, que la seule chose que l’analyste ait à offrir à son patient soit sa ponctualité (Winnicott).