Cannibalique (vagin denté)

L’horreur du végétarien devant un steak saignant indique suffisamment que le « cannibalisme » est parmi nous, en chacun de nous ; l’horreur n’est que la face d’ombre du désir. Qui commence ? Le nourrisson avide d’incorporer plus que le lait, le sein et la mère elle-même, ou la mère qui trouve son bébé « mignon à croquer » ? Nul n’est plus sensible que l’anorexique à cet « inceste alimentaire ». Mais aussi l’enfant séduit qui, avant de s’endormir, demande qu’on lui raconte encore et encore la nuit du « Petit Poucet » chez l’ogre. Les mots de l’amour tendre (en quel sens ?), de la « belle tigresse » à la « jolie poulette », rappellent qu’entre aimer-être aimé et manger-être mangé, il y a plus qu’une ressemblance. Quel meilleur moyen de ne faire qu’un, de s’approprier l’autre, de le posséder, de s’identifier à lui, que de le « manger » ? « Manger », ou « dévorer, déchiqueter, mettre en pièces… » ? Entre les deux, l’ambivalence* balance. Le moment chrétien de la communion en porte la trace. D’un côté, l’invitation à la Cène : « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui » (Jean, 6). De l’autre, l’interdit : ne pas « mâcher » l’hostie !

Des liens entre le fantasme* cannibalique et l’inceste* avec la mère, surgit une figure primitive : le vagin denté. L’homme qui imagine avec frayeur cette « bouche d’ombre » a-t-il toujours tort d’avoir à ce point peur ? Quand elle répond à la pénétration par le penis captivus, la femme montre que l’inconscient des deux sexes partage la même planète.