Dépression

« Le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle », la dépression est comme un brouillard tombé sur la vie psychique. Plus rien qui se distingue, plus rien qui vaille. « Dépression », le mot est à peine une métaphore tant le corps s’affaisse, le mouvement se ralentit, le regard se vide. Ne reste qu’une angoisse* nue qui s’accroche à tout ce qui passe sans pouvoir s’y tenir. « Que les jours commencent et que les jours finissent, que le temps s’écoule. Ne plus rien vouloir. Attendre jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à attendre » (Perec). La dépression est une maladie contre le temps, une « maladie de la mort ». À la généralité philosophique, celle, existentielle, de l’Absurde et du Mal-Être, la psychanalyse oppose le concret de la représentation inconsciente : « La mort elle-même n’est qu’un mort » (Freud). Quel mort éteint la vie du dépressif ? La piste souvent se perd entre les morts de l’année, les morts oubliés, les morts inconnus. Une image est souvent présente, celle de l’enfant-mort*. « L’enfant mort en moi », comme dit le poète, à moins que ce ne soit en elle. Une mère perd l’enfant qu’elle met au monde. Le dépressif est un enfant perdu. S’il est encore un fantasme* que son état végétatif réalise, c’est celui d’un retour à la vie d’avant la vie, dans l’immobilité du giron maternel.

Par-delà les dépressions singulières, Melanie Klein a imposé l’idée d’une position dépressive traversée par chaque enfant, sorte de « mélancolie in statu nascendi ». L’objet dont l’enfant pleure la perte est le sein, la mère*, celle qui réunit amour, bonté et sécurité ; une mère perdue d’avoir été détruite par les fantasmes avides du nourrisson. Une mère tout à tour abîmée et réparée, à l’image de l’ours en peluche préféré, et maltraité. On ne détruit que ce que l’on aime, la dépression est une réparation.