Fantasme

Elle a définitivement renoncé à prendre le métro. Cette descente sous terre est devenue une descente aux enfers. Son corps sur le divan* d’un coup se raidit, tant l’angoisse* est vive, quand elle essaie de décrire l’image qui l’agresse dès les premières marches d’escalier : une coupure d’électricité bloque la rame entre deux stations et tous les hommes du wagon profitent de l’arrêt et de l’obscurité pour lui sauter dessus…

Parce qu’il est souvent réduit à la forme aimable et champêtre d’une rêverie diurne, on prête au fantasme une légèreté qui sous-estime son poids de réalité. La psychologie commune fait de l’imaginaire une échappatoire, pas loin du mensonge : « ce n’est qu’un fantasme ». Pas une souffrance psychique, pas une angoisse, pas un symptôme* pourtant, qui ne trouve sa source dans un fantasme dont la face la plus inacceptable, la plus infantile, reste le plus souvent inconsciente.

La mère peut être des plus douces et le père des plus tranquilles, le fantasme de l’enfant ne les transforme pas moins en sorcière et en tyran, en dragon ou en loup. La fable du soir, qu’il écoute dans un mélange de terreur et de plaisir, ne séduit l’enfant que parce qu’elle lui raconte la version démesurée de sa propre histoire, celle de sa réalité psychique*, sinon matérielle. L’objectivité, la prise en compte de la réalité sont des gains tardifs. L’imaginaire précède l’utile, et non l’inverse. Bien avant qu’une boîte ne devienne simplement une boîte, un objet qui sert au rangement, la « boîte » avec laquelle l’enfant joue est un ventre, un antre d’où le diable va surgir.