Faux self (personnalité « comme si »)

Il arrive que l’intelligence soit un symptôme comme un autre. Qu’une mère réponde aux attentes corporelles et affectives de son enfant de façon imprévisible ou chaotique, et il ne restera guère à celui-ci d’autre possibilité qu’à « s’adapter » pour deux (Winnicott). L’intelligence trouve dans ces circonstances négatives l’occasion d’un exercice précoce qui permet de sauver ce qui peut l’être de la santé psychique, quitte à le payer d’une tendance durable au conformisme et d’un évitement de toute originalité. Le fasciste ordinaire, inventé par Moravia (Le Conformiste), en est l’illustration littéraire.

On doit à la psychanalyse d’avoir montré la continuité psychique qui va du normal au pathologique, mais la flèche est réversible, décelant la pathologie dans la normalité excessive. Le self, ce rapport de soi à soi que mesure le sentiment d’authenticité, est parfois amené à se construire tout en façade, en imitation et soumission docile au monde environnant. On vit « comme si » (Hélène Deutsch), d’une vie qui « fait semblant », la vie d’un personnage sans auteur, tenant en lisière le plus dangereux : les affects, les émotions. L’analyste demande à ce que l’on « dise tout ce qui passe par la tête », on fait ce qu’il dit, secrètement installé dans le système élaboré par d’autres. Tant d’« intelligence » et de « faculté d’adaptation » conduisent volontiers à la réussite sociale, quitte à se sentir d’autant plus vide et factice que s’élargit la façade. Jusqu’à l’heure où la détresse*, celle d’un « enfant » méconnu, est brutalement mise au jour, un effondrement auquel l’entourage ne comprend rien : « Il avait tout pour être heureux et… »