Féminité (sexualité féminine)

« Je me dévouais en pâlissant et en fermant les yeux. Quand il s’était assoupi, satisfait et repu, je restais immobile et consternée, les sens glacés. » Lélia, la frigide, est une héroïne de George Sand, elle appartient à une époque « paléolithique », le XIXe siècle, quand la femme découvrait l’érection masculine un soir de « nuit de noces ». Les temps sexuels ont changé et ce qu’il est convenu d’appeler la « libération sexuelle » a d’abord concerné les femmes : désuétude du tabou de la virginité, distinction des vies sexuelle et conjugale, dissociation de la sexualité et de la procréation… Mais l’inconscient n’a pas d’âge, il ignore le temps. La variation historique des pratiques sexuelles est une chose, l’enracinement du sexuel dans l’infantile en est une autre. Les femmes continuent à raconter des histoires de serpent avec la même horreur équivoque qu’autrefois et à transposer en malaises corporels leur angoisse* devant la libido. Pas plus que le fiasco des hommes, la frigidité n’est un symptôme en voie de disparition. Il n’y a pas de traitement social de la part inconsciente de la vie sexuelle. Les mots de la plainte n’en ont pas moins changé, à l’image de cette femme dans la trentaine, inquiète de pouvoir établir avec un homme une relation suffisamment profonde pour devenir féconde, et qui craint que « sa liberté ne se transforme en errance ».

Les temps « libérés » d’aujourd’hui mettent davantage à nu ce qui est peut-être la forme primitive de l’angoisse chez les femmes, l’angoisse de perte d’amour, « ne plus être aimée ». Une telle angoisse s’enracine dans les premiers moments de la vie, à l’heure où le tout petit enfant est entièrement à la merci de son entourage, où ses expériences de la tendresse et de la sensualité sont nécessairement passives. La passivité, de « être aimée » à « être pénétrée », pourrait bien constituer le maillon inconscient qui relie les temps primitifs aux expériences plus tardives. La peur, quasi générique chez les femmes, qu’un v(i)oleur ne s’introduise nuitamment dans la maison, résume en un affect et une représentation une longue histoire de toujours.