Frère, sœur

« Le corps de son frère se serrait si tendrement, avec tant de bonté contre elle, qu’elle se sentait reposer en lui comme lui en elle » (Musil). Parce qu’elles constituent un premier déplacement par rapport aux objets* primaires, mère et père, les relations entre frères, sœurs, ou frère et sœur, laissent parfois entendre en toute simplicité l’amour ou la haine, et les fantasmes sous-jacents, inceste* et meurtre. « C’est déjà mon frère, si de plus il fallait que je l’aime… »

Les vies adultes portent les traces de ces passions d’enfance, dans l’évitement du baiser, par exemple : Léa ne peut embrasser que du bout des lèvres un frère tant aimé, Helen détourne la joue quand celui qui fut son impitoyable tyran s’en approche.

Le lien fraternel trouve dans la chose sociale (socius, « le compagnon ») une dérivation « naturelle ». Le frère, pour être symbolique, n’en est pas moins un objet de passion, quand la scène historique se laisse emporter par la violence pulsionnelle. Fraternité ou la mort ! La Révolution française a volontiers abusé de la devise et de son dilemme. Le sens premier et manifeste est idéal, on accepte de mourir à sa vie personnelle, de se soumettre à une finalité où s’accomplit l’essence de l’homme. Dans un sens second, souligné par Chamfort, la formule se transforme en un : « Sois mon frère ou je te tue ! » La Gironde en a perdu la tête. Mais en un troisième sens, plus inconscient, c’est entre les frères « à la vie à la mort » que passe le couperet, dans le déchirement. Notamment à l’acmé de la Terreur, quand Robespierre et Saint-Just envoient Danton et Camille, surtout Camille (Desmoulins), à la guillotine. « Sois mon frère que je te tue… »