Freud (1856-1939)

Wien, 19, Bergasse… la rue est tranquille, l’immeuble est bourgeois. L’appartement est au premier étage. Monter les escaliers, mettre ses pas dans les pas de Abraham, de Ferenczi, de Stefan Zweig, mais aussi de Dora, d’Ernst, l’Homme aux rats, ou de Sergueï, l’Homme aux loups, c’est pour le psychanalyste d’aujourd’hui un moment étrange ; sans doute autant que ce le fut pour le « petit Hans », le jour où il rendit visite au « Professeur ». La porte franchie, l’illusion persiste un instant, le temps de pénétrer dans la salle d’attente, conservée en l’état. Mais on peut attendre longtemps… ils ont vidé, ils ont viré Freud. L’appartement est nu, le musée conserve le néant. Pour voir le reste, divan et témoignages archéologiques des civilisations enfouies, l’infantile de l’humanité – Freud ne collectionnait pas que les rêves –, il faut suivre le chemin de l’exil et faire le voyage de Londres (où Freud meurt le 23 septembre 1939) jusqu’au 20 Maresfield Gardens.

ils ont aussi viré la psychanalyse et brûlé ses livres. La psychanalyse partage avec l’art « dégénéré » l’honneur d’avoir été insupportable à tous les totalitarismes, quelle qu’en soit la nature – ni la psychiatrie ni les différentes psychothérapies du comportement ne peuvent en dire autant. Il faut bien que la liberté y soit pour quelque chose.