Humour

À partir du français « humeur », les Anglais ont inventé humour. D’un « râleur », ils ont fait un homme d’esprit. La création du mot est conforme au mouvement de la chose même, l’humour est ce pas de côté libérateur qui permet de transformer une circonstance pénible en une prime de plaisir, un accablement en un instant de triomphe. Pénétrant un lundi à l’aube dans la cour de prison où est dressé l’échafaud qui l’attend, le condamné à mort a cette pensée : « La semaine commence mal ! » La victoire peut être brève, l’humour n’en offre pas moins un temps d’invulnérabilité. Par la mise en œuvre d’un minimum de moyens – un mot déplacé, deux significations condensées… –, il constitue un traitement psychique remarquable d’une situation traumatique. L’ironie blesse, l’humour soigne. Tout se passe comme si le surmoi*, d’ordinaire si rabat-joie, devenait pour une fois de bon conseil : « Ce que tu ne peux changer, le mieux est d’en sourire. » Le sens de l’humour est un sixième sens précieux, qui dispense de recourir à des défenses plus coûteuses ; chaque psychanalyse où il fait défaut permet négativement de le vérifier.

Quant à l’humour de l’inconscient, c’est un humour noir, ses mauvaises plaisanteries se terminent toujours en entraves et en symptômes* divers. Sauf quand le refoulement* enfin se lève, que le visage* s’éclaire au lieu de s’assombrir. Mathieu raconte : il n’était encore qu’un jeune homme quand il était entré dans une librairie pour y acheter Playboy. Sa honte trouvait un renfort dans le masque sévère de la matrone à la caisse et son noir chignon, qu’elle portait comme l’évêque sa mitre. Il ne pouvait sortir sans payer. Après avoir tourné et retourné entre les rayons, il remit les femmes nues à leur place et se présenta devant le cerbère avec le Canard enchaîné !