Ambivalence

On n’a pas attendu la psychanalyse pour savoir qu’une même personne pouvait tour à tour être objet d’amour* et de haine*. La tragédie, depuis ses origines, ne raconte rien d’autre, qu’il est réservé au plus aimé de devenir un jour l’objet d’une haine indéfectible. Mais l’ambivalence dit autre chose, de plus inacceptable encore : non seulement haine et amour peuvent se retourner l’un dans l’autre, mais il arrive plus secrètement que l’un soit l’autre, indissociablement. L’adulte, parfois, donne un coup de main en posant des questions à rendre l’enfant fou : « Tu préfères qui, papa ou maman ? » La haine gît au cœur de l’amour, et réciproquement, dans l’ignorance de la contradiction. Le bon sein, le sein aimé, est aussi le mauvais, le haï ; il suffit pour cela qu’il se retire. Il arrive que le langage*, son équivoque, donne subtilement à entendre l’ambivalence. Par exemple : « Je ne veux que ton bien… »