Identification (incorporation)

Avant que la psychanalyse ne s’en empare, l’identification relève d’une psychologie commune. N’importe quel observateur, un tant soit peu attentif, est apte à remarquer, au moins chez les autres, les emprunts faits à la mère, au père, au leader, à l’ami… du détail vestimentaire au trait de caractère en passant par le tic de langage. « Plus ça va, plus tu ressembles à ta mère ! » L’interprétation est d’autant plus sauvage qu’elle tombe juste. Les pathologies de l’identification, quand le semblable le cède à l’identique, font elles-mêmes partie du domaine public, à l’image des « sosies » d’Elvis Presley qui se réunissent chaque année pour fêter l’anniversaire du « King ».

La psychanalyse ne se contente pas de souligner la dimension inconsciente du processus, concernant notamment les premières identifications, les plus profondes, les plus immuables ; elle soutient que le moi n’est fait de rien d’autre. « Je » n’est pas seulement un autre, mais plusieurs. Le moi se construit par identification à travers les premières relations interpsychiques avec les proches. Identification n’est pas simple imitation, la mise au-dedans est en même temps une transformation, une appropriation. Par quel moyen ? Le bébé anorexique* qui refuse avec la dernière énergie ce qu’on veut lui faire avaler indique, en négatif, que le mouvement psychique de l’identification n’est pas distinct au départ des processus somatiques d’ingestion. Ce que l’un refuse, l’autre (le bébé satisfait) se l’approprie : « Je suis le sein » (donc je suis). L’identification est d’abord une incorporation, et celle-ci le prototype de toutes les intériorisations ultérieures. Faire sien ce qui est bon, ce que l’on aime. Être ce que l’on désire, faute de l’avoir. L’identification est un reste d’amour.