Moi

Confronté aux épreuves d’une réalité à laquelle il cherche à s’adapter, bousculé sur son flanc gauche par les revendications pulsionnelles du ça* qui ne cherchent que leur satisfaction, sommé enfin de marcher droit par un surmoi* souvent tyrannique, le moi ne sait plus où donner de la tête. Cavalier chevauchant tant bien que mal sa monture, si on lui demande : « Où vas-tu ? », il répond : « Demande à mon cheval ! » (Freud).

L’autonomie de la personne totale que le moi prétend représenter, la liberté des arbitrages qu’il croit exercer, la conviction de son identité peuvent bien être des illusions, elles n’en sont pas moins vitales – ce dont les psychoses*, où le moi est en morceaux, témoignent négativement. Contre la division de la personne psychique, pour l’individu, il fait la synthèse ; tout au moins il essaie, malgré ses déchirures, ses clivages*. Le moi « prend conscience », il cultive la raison, ce qui n’empêche pas que le plus gros de son activité, notamment les défenses qu’il met en place, échappe à sa claire saisie.

Le moi est un « être de frontières » (Federn), il marque l’écart entre le dedans et le dehors, il est à la psychè ce que la peau est au corps* (Anzieu), une enveloppe qui contient, protège ; excite aussi. Il se pourrait d’ailleurs que sa forme la plus primitive dérive des « sensations corporelles, celles qui naissent à la surface du corps » (Freud) dans les expériences premières du toucher ; sa vie dépend de l’amour (et de la haine) qu’on lui a porté. La suite est une longue histoire dont le moi est la trace, le « précipité », celle des identifications* aux premiers objets*.

Comme si les choses n’étaient pas suffisamment compliquées, il faut encore qu’il se prenne lui-même comme objet d’amour, ou de haine, ce que narcissisme* veut dire. Et comme tout le monde ne s’est pas aperçu à quel point il est aimable, il s’en va répétant : « Moi, je… »