Mort

Il a rêvé de son propre enterrement, un joli corbillard à l’ancienne tiré par deux chevaux gris pommelés. Derrière, ils étaient tous là, éplorés, effondrés, dans la douleur d’avoir perdu ce qu’ils avaient de plus cher. La suite du cortège était formée d’une foule d’inconnus, l’air à la fois affligé et admiratif. Un être manque (Moi), et le monde est dépeuplé.

Chaque fois que nous tentons de nous représenter notre propre mort, en réalité nous continuons d’être là en tant que spectateur. « La mort est un possible que jamais la vie n’actualise » (Heidegger). Davantage, dans l’inconscient, la mort est toujours celle d’un autre, un disparu ou un assassiné. De sa propre mort, l’inconscient ne veut rien savoir, il ne croit qu’en l’immortalité (Freud). Julie se demande : « Si vous mourez pendant les vacances, comment je le saurai ? » C’est vrai, se dit in petto l’analyste, je n’ai pas son adresse.

Il n’est de vérité en psychanalyse qu’une figure psychopathologique singulière ne viendra un jour démentir. L’inconscient* ignore le temps et sa mort, sauf que… dès que Narcisse s’empare du devant de la scène, cela cesse d’être vrai. Si Narcisse est hors le temps, ce n’est pas d’être atemporel mais éternel. Fantasme narcissique par excellence, la vie éternelle dément la mort, affirme un temps hors le temps, un présent continué, sans commencement ni fin ; surtout sans fin d’ailleurs. Le temps, son pouvoir de corruption, est alors devenu le plus primaire des processus. La problématique œdipienne ne connaît que le meurtre, la mort d’un autre. Avec le narcissisme*, la mort-propre s’introduit en psychanalyse, et dans l’inconscient ; au point parfois, à l’heure d’une dépression* profonde, de s’installer dans la vie elle-même et de lui imposer son néant d’existence.