Oral (oralité)

Calvin, à l’heure de son règne sur la république de Genève, encourageait aussi volontiers le commerce des épices qu’il en interdisait fermement la consommation à ses ouailles : ne pas exciter le palais ! Bien avant Calvin, les moines du Moyen Âge poursuivaient de leurs foudres le « caquet » des femmes avec la même énergie que la fornication, soupçonnant dans cette langue bien pendue une façon détournée pour la sexualité de se donner libre cours.

La bouche est un sexe, plus d’un plaisir préliminaire* est là pour le rappeler. Sans parler des plaisirs et déplaisirs de bouche, du gourmet qui salive à l’anorexique qui refuse de l’ouvrir, en passant par le bavard impénitent. Si la bouche devient un sexe, c’est qu’elle n’est pas toute seule, le sein s’en mêle, qui donne son plaisir en même temps qu’il le prend ; inconsciemment pour la plus forte part. Les premières expériences de satisfaction sont plus conviviales que solitaires.

La vie psychique commence par la bouche, le premier geste du moi* est une incorporation*, rien ne distingue au début manger et aimer, cracher et haïr. Quand les choses suivent leur cours, Psychè s’émancipe (partiellement) de ce premier modèle somatique. Ce n’est pas toujours le cas, à l’évidence dans l’alcoolisme et les pathologies alimentaires, mais aussi sous des formes moins dramatiques : combien d’hommes ne trouvent le « bonheur » qu’à la condition d’avoir fait de leur femme – le plus souvent complice – une « mama qui nourrit ».