Angoisse

Le souffle est coupé, le cœur se serre ou palpite, la sueur est froide, le visage blêmit… le corps* signale à sa manière l’attaque d’angoisse. Rien dans la réalité extérieure ne justifie pourtant une telle brutalité, l’angoisse n’est pas une peur. L’ennemi est à l’intérieur, réalité psychique et non matérielle, d’autant plus impossible à fuir, d’autant plus angoissant. Quelque chose de l’inconscient vient d’émerger, bousculant les lignes de défense, débordant les capacités d’élaboration du moi*. L’intensité de l’angoisse varie d’un extrême à l’autre, ici simple signal appelant à circonscrire le danger, là violence térébrante qui va jusqu’à rendre insupportable la vie elle-même, au point d’en finir. Il arrive aussi que le trajet de l’angoisse court-circuite le passage par Psychè, se déverse immédiatement dans le corps, quitte à ce que celui-ci « somatise ».

De tous les affects, ces sensations marquées par le plaisir ou le déplaisir, l’angoisse est le plus nu, le moins qualifié ; dans son premier instant au moins, l’angoisse est un affect d’origine inconnue. Pas pour longtemps. Elle s’accroche à la première idée, la première image qui lui donne l’illusion de « savoir » ce qui la motive. « Savoir » lui permet de se transformer en peur, en phobie*. La liste des phobies est inépuisable : si la seule peur est celle de prendre l’avion, la défense contre l’angoisse a trouvé une solution remarquable : pour se protéger de son irruption, il suffit de ne plus quitter le pays natal. Il est possible que la séparation d’avec le premier pays natal, la naissance, son cri, soit de l’angoisse le prototype.

L’angoisse est moins l’adversaire que l’allié de la psychanalyse, parce qu’elle ouvre sur l’inconnu, sur l’inconscient, et qu’elle a cette faculté de se déplacer d’un objet à l’autre, d’être un moteur pour l’investigation, passé le moment de paralysie que d’abord elle impose.