Préliminaires

L’homme n’a pas inventé le coït, seulement les préliminaires. L’assignation de la décharge comme but monotone de la pulsion* a longtemps marqué chez Freud un reste d’équation entre instinct et pulsion, génital et sexuel. Les préliminaires, cette sexualité sans fin, héritière directe de la sexualité infantile*, montrent au contraire que quelque chose de la pulsion est « contre la pleine satisfaction », contre la « petite mort », pour le plaisir. Loin de s’exclure, tension et plaisir profitent l’un de l’autre. L’œuvre millénaire du sage Vátsyáyana, le Kãma-sútra, inclut parmi ses propositions de différer l’orgasme à n’en plus finir : « Un plaisir sans retenue se tue lui-même. » L’ouvrage fait de la relation sexuelle une chorégraphie, sans grand rapport avec ce que le coït naturellement et bêtement propose. La sexualité est devenue un ars erotica

Les préliminaires ne sont pas seulement, de la sexualité, la part la plus humaine, ils conditionnent la rencontre entre les sexes. Parce qu’à ce jeu-là la femme « est moins prompte que l’homme », Ambroise Paré, en digne héritier de la médecine hippocratique, conseillait à l’homme de « mignarder, chatouiller, caresser et émouvoir » celle qui, autrement, « resterait dure à l’éperon ».