Clitoridienne/Vaginale

Entre clitoridienne et vaginale, ou est plus convenu que et, la sexualité féminine serait l’une ou l’autre, on ne peut pas tout avoir ! Marie Bonaparte en était convaincue, elle qui fit appel à la chirurgie afin d’atteindre la « normalité orgastique » en rapprochant l’un de l’autre le clitoris du vagin, dans l’espoir (déçu) de faciliter le transit de l’excitation. C’était prendre Freud, son maître, au pied de la lettre : « Le clitoris quand il est excité, dirige l’excitation vers les parties génitales voisines, un peu comme un copeau de résineux sert à embraser le bois le plus dur » (1905).

Il était entendu – le présent serait sans doute de mise – que la sexualité féminine aboutie devait être vaginale et, pour cela, abandonner le plaisir clitoridien. Fromage ou dessert, mais certainement pas les deux, sauf à réveiller l’angoisse des hommes devant une démesure dont Tirésias fut l’antique messager : « les femmes jouissent neuf fois plus que les hommes ». Que l’origine du monde puisse être aussi le lieu d’une jouissance extrême fait de toute femme une Jocaste et de l’homme un enfant jamais à la hauteur.

Clitoris, vagin*, leur rapport à l’autre sexe diffère sensiblement. Le premier, organe de la volupté, se suffit à lui-même. Passionné par la masturbation*, le XIXe siècle l’avait surnommé « le mépris des hommes ». Le clitoris « ne sert à rien », dit un homme, « sauf au plaisir », dit une femme. Le second, le vagin, dépend de l’autre, logis du pénis plus ou moins accueillant, il est voué à la passivité (être pénétré) ; il est aussi différent de l’autre sexe que complémentaire.

Le clitoris présente certaines similitudes avec le pénis, tissus érectiles de même origine embryonnaire, leur taille les différencie – sauf chez la hyène ! dotée d’un clitoris d’une taille similaire à celle de l’organe mâle. Mais, scandale, un rien l’embrase, le plaisir ne se mesure pas en centimètres. De là à songer à l’excision*, à corriger cette imperfection de la création divine, à faire disparaître ce résidu masculin… Les hommes ont besoin d’être rassurés.