Coup de foudre

Dans d’autres langues, on parle d’« amour à première vue » : love at first sight, amor a primer vista. Un regard suffit pour provoquer la chute. Le français préfère la métaphore de l’orage : tonnerre, magnétisme, fulgurance de l’éclair sont évoqués pour dire la violence et la soudaineté du « coup » qui fait « tomber » amoureux.

Dans la mythologie grecque, le foudre, arme et attribut de Zeus, est un faisceau de dards enflammés capables d’avertir, de punir et de détruire. Mais c’est la flèche d’Éros qui perce le cœur et fait vaciller une identité instantanément bouleversée, sidérée, captivée par la présence de l’autre : « Une démarche de fée, un battement de cils, si peu de choses a suffi en apparence pour que la foudre tombe » (Benjamin Péret, Le Noyau de la comète, 1956). Un seul détail détient le pouvoir de réveiller une émotion infantile enfouie. L’attente de la belle princesse ou du prince charmant, chère aux contes d’enfants, refait surface à n’importe quel âge de la vie : en un clin d’œil naît le sentiment d’une étrange évidence, pas toujours réciproque. Stendhal rappelle que la foudre ne perce jamais un ciel serein. Verticale, elle s’abat sur un objet conductible et peut provoquer l’incendie. Chez l’humain, lorsqu’il fend et illumine l’existence, l’éclair passionnel brise la routine, la fatigue, l’ennui – emportant sur son passage la raison comme le doute ! L’idéalisation règne sur cette passion accompagnée d’agitation maniaque : tout scintille à l’heure des retrouvailles, même la chambre d’hôtel la plus glauque. Le coup de foudre fait de l’origine d’un couple un moment héroïque. Mythe pour certains, miracle pour d’autres, il séduit les amoureux de l’amour.