Devoir conjugal

« J’ai le droit de mettre une main, là ? Oui, vous avez le droit, nous veillerons juste à ce que cela ne devienne pas un devoir », devisent l’hôtesse de l’air et son amant dans La Peau douce (Truffaut, 1963). Qui dit devoir sous-entend obligation, y en aurait-il une en matière de rapports sexuels dans le couple ? Quand se présente le devoir conjugal, la violence ou l’ennui menacent de poindre, le désir de s’éloigner, et l’histoire de se terminer…

Le point est certes délicat, il conjugue statut social (couple/mariage) et sexualité. Le Code napoléonien (1804) fait des femmes mariées des mineures privées de droits juridiques – comme « les criminels et les débiles mentaux » – ; le Code pénal (1810), quant à lui, érige le « devoir conjugal » en obligation, le viol entre époux n’existant pas. « La femme et ses entrailles sont la propriété de l’homme », précise-t-il.

Aujourd’hui, « les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours et assistance », l’article 215 du Code civil précise qu’ils s’obligent à une « communauté de vie », sans en préciser la nature. La question sexuelle n’est plus explicitement évoquée, même si elle transparaît dans les jugements de divorce pour « altération définitive du lien conjugal ».

Les époux seraient-ils l’un pour l’autre dans une « servitude réciproque » (saint Augustin) afin de remédier à la faiblesse de la chair*, toujours susceptible de les écarter du lit conjugal ? La « libération sexuelle* » est passée par là, charriant avec elle la question de la parité : le seul devoir qui semble s’imposer aujourd’hui au sein du couple n’est-il pas davantage un devoir… de volupté ? Ça doit marcher, vite et bien… le sexuel comme la procréation, ou alors…

Mais décidément, devoir ne rime pas avec désir*, celui-là même qui attise, contrarie, renouvelle, bref, anime les sujets vivants. « Je hais une femme qui se donne parce qu’il faut se donner, qui ne mouille pas, qui songe à sa laine. Je ne veux pas d’une femme qui me donne du plaisir par devoir. Qu’aucune femme surtout ne se sente de devoir envers moi ! » (Ovide)