Draguer (Séduire)

On « drague » seulement depuis 1960 ! Le verbe est alors apparu dans son usage actuel, emprunté au champ maritime, celui de la pêche « à la drague », filet qui ramasse et épuise les fonds marins. Le bateau drague sans distinction, le pêcheur à la drague, quant à lui, ramasse surtout les coquillages… les huîtres et les moules.

Entre racler et racoler, se glisse une voyelle, le « o » de celui qui reluque et procède au recensement des (femmes) possibles, pour finalement oser. Oser, tenter sa chance avec l’autre, n’importe quel autre ? Pour le séduire, la séduire, comme si à ce moment-là toute sa vie en dépendait. Le sketch-slow de Sophie Daumier et Guy Bedos (1975) avec leurs voix off scelle un moment mythique de drague, où l’on assiste à la méprise de la rencontre :

Lui : «… Accroche-toi Jeannot, la nuit est à nous… Elle est pas mal ma cavalière, elle est pas terrible terrible, mais elle est pas mal… ».

Elle : « Il me donne chaud à m’coller comme ça, et vas-y que j’te colle,… il m’a mordu l’oreille, il est con ce type, et puis son eau de toilette… nauséabonde ! ». Entre eux l’histoire s’arrêtera là. Et pourtant, c’est le moment où le sujet se pare de ses plus beaux atours, en vue de « l’estocade qui devrait permettre de conclure », comme le résume le mâle de l’histoire.

Si Luc en séance de psychanalyse pouvait témoigner de son angoisse de ne plus être en mesure de séduire les femmes qu’il convoitait et qu’il « matait » en boîte de nuit – « parce que tous mes cheveux sont tombés en quelques mois » –, Joseph quant à lui, s’essayait à la drague virtuelle sur Internet, planqué derrière le chat en ligne : « on se parle, on réagit avec des smileys, c’est interactif, et puis ça ouvre le spectre d’une population plus large »… Du regard du dragueur qui observe, l’air de rien, au chatter qui argumente et repousse à plus tard l’opportunité, la forme a changé, mais le but reste le même : emballer !