Éducation sexuelle

Lucie : « Les bébés sont fabriqués et naissent comme les cacas. » Plus troublée qu’amusée, la mère de Lucie décide d’éclairer la petite ignorante. Afin d’éviter les explications trop obscures, rien ne vaut, pense-t-elle, les images scientifiques qui parlent d’elles-mêmes : elle montre à sa fille l’échographie de « leur » grossesse ; le cliché, c’est sûr, suffira à détromper la petite fourvoyée : c’est bel et bien un bébé qui est dans le ventre de maman. Commentaire de Lucie : « il fait tout noir là-dedans… ».

L’éducation sexuelle est installée dans l’air du temps. Il serait nécessaire, pour un sain développement, de donner aux enfants les explications adaptées à leur maturité. L’heure n’est plus à la cachotterie prude, quand, même en termes galants, ces choses-là ne pouvaient être dites de crainte de pervertir la tendre jeunesse. L’ignorance, imposée hier comme le meilleur garant de l’innocence, est considérée aujourd’hui comme porteuse de bien des dangers internes et externes : troubles névrotiques, abus sexuel, grossesse non désirée, maladies sexuellement transmissibles… Toute action éducative en matière de sexualité – ce que, pour les adultes, on nomme « sexologie » – repose sur la vertu prêtée à la connaissance : on veut la croire éclairante, préventive et thérapeutique. Le savoir du sexuel n’est plus dangereux ni corrupteur, il peut être donné et reçu sans entraîner de mauvaises pensées. Savoir suffit !

Douce illusion… pas simplement parce qu’on ne sait jamais tout, ni même parce que les pulsions sexuelles restent inéducables et n’en font qu’à leur tête, mais surtout parce que la quête du savoir sexuel est elle-même sexuelle (« la curiosité est un vilain défaut »), sans parler de « l’exploration » sexologique. Elle est donc conflictuelle et compromise, ne serait-ce que par la séduction d’une telle « éducation ». Parce qu’elle puise à la source trouble qu’elle vise à clarifier, l’éducation sexuelle manque son but, nécessairement : elle déforme autant qu’elle informe ; chaque parcelle de lumière entraîne sa part d’ombre. Lucie, les enfants rassurent leurs parents, ils font semblant de se laisser prendre et réagissent comme « les primitifs auxquels on a imposé le christianisme et qui continuent en secret à honorer leurs anciennes idoles » (Freud).