Éjaculation précoce

« Sache la faire venir peu à peu avec des retards qui la diffèrent », écrit Ovide à propos de la volupté de Vénus. L’éjaculateur précoce qui, dans la langue du XVIIe siècle, « meurt au pied des murailles », est incapable de prendre le temps et confond désir et décharge. Julien confiait que ses sorties en boîte de nuit se terminaient systématiquement en fiasco*, l’empêchant de partager le café du lendemain matin. Il « se sentait gêné », « jamais à la hauteur »… de qui, de quoi ?

« Précoce », le mot souligne le vacillement de la temporalité – ça arrive trop tôt, trop vite –, mais il évoque surtout le tout petit enfant, débordé pulsionnellement par des soins maternels trop excitants. Plutôt fuir qu’affronter la démesure de Jocaste : « ne redoute pas l’hymen d’une mère », dit-elle à Œdipe. L’éjaculateur pressé fuit l’angoisse, celle de tomber dans le trou*, de se perdre dans le gouffre obscur, d’y rester prisonnier (penis captivus), ou de s’y faire dévorer (vagina dentata).

La langue commune est sans pitié : « il expédie son affaire », « il tire son coup ». Entre la femme négligée/agressée par cet apparent « égoïsme » et l’homme angoissé par son incapacité à tenir la distance, la suite n’est pas simple. La sécrétion* intempestive n’est pas sans rappeler celle de l’enfant qui mouille son lit. L’énurétique et l’éjaculateur précoce partagent la même honte, celle d’un Narcisse humilié d’avoir perdu ses moyens et la face devant la mère ou la femme.