Faire l’amour, coucher, baiser

Bérénice à Titus : « Ah ! Lâche, fais l’amour et renonce à l’empire. » Bien avant le slogan des années hippies, « faites l’amour, pas la guerre », les personnages de Racine opposent, mais plus encore comparent, le combat et l’étreinte amoureuse des corps.

À l’heure « libérée » d’aujourd’hui, « faire l’amour » prend le risque de résonner de façon quelque peu désuète : « c’est un homme sentimental, il fait l’amour sans faire de mal ». Un pas de plus et il ne reste plus que « l’hommage à sa bourgeoise » : « Faire l’amour à sa femme, c’est comme tirer un canard endormi » (Groucho Marx).

« T’as couché ou t’as pas couché ? » Cette question, qui taraude et divise les adolescents, attribue au premier rapport sexuel la valeur d’un rite d’initiation. Coucher désigne aussi la relation adultérine, il se dote alors d’une nuance « voluptueuse et louche qui sent le drap chaud et le traversin » (Jules Romains) – « Marie-couche-toi-là » en est la traduction misogyne. Il y a les femmes avec lesquelles on couche et celles avec lesquelles on dort (Milan Kundera).

Baiser est une autre affaire qui, dans les années soixante-dix, faisait partie de la devise (aussi orale qu’implicite) du Club Med : Boire-Bouffer-Baiser (les 3B). Si le Castor déplorait que les femmes « c’est juste bon à se faire baiser », c’est que le mot fait prévaloir l’idée d’une emprise et d’une violence faite à la femme. Baiser va de pair avec posséder et maîtriser, la pute et la chienne* ne sont pas loin. Les Valseuses (1974) regorgent de métaphores qui disent l’urgence de la baise à venir (« des années que j’l’attends mon petit Noël »), et jusqu’à un passé récent, c’était l’homme qui baisait, et la femme qui se faisait baiser, niquer, troncher… le florilège est infini. Rapport de force ancestral qui pose comme axiome principal que quand un couple baise, il y a un gagnant et une perdante.