Fessée

Rousseau a huit ans quand il fait l’expérience de la fessée, « la punition des enfants ». Elle lui laissa « plus de désir que de crainte de l’éprouver derechef par la même main. Il se mêlait sans doute à cela quelque instinct précoce du sexe ». La menace devint promesse et « la stimulation douloureuse de l’épiderme fessier » une recherche, un espoir… vite déçu. La seconde fessée administrée à Jean-Jacques fut la dernière, Mademoiselle Lambercier ayant sans doute perçu l’éveil des sens provoqué par le châtiment : « J’eus désormais l’honneur, dont je me serais bien passé, d’être traité par elle en grand garçon » (Les Confessions, 1789).

La confusion entre châtiment et sensualité, entre stimulation douloureuse et plaisir, fait de la fessée un jeu sexuel sadomasochiste, y compris chez les grands. Le creux de la paume semble attendre de rencontrer la rondeur de la fesse, n’avons-nous pas tous « une fessée rentrée dans le creux de la main » (Raymond Queneau, Les Fleurs bleues, 1965) ?

La fessée se délivre « cul nu » ; « baisse ton pantalon ! », « lève ta jupe ! » en sont les préliminaires… Le pays d’Ingmar Bergman et de Fanny et Alexandre (1982), particulièrement sensible à la rime entre éducation et perversion, en a interdit l’usage.

Dans son Éloge de la fessée, Jacques Serguine (1973), qui à l’évidence maîtrise le sujet, décrit un rituel sexuel qui penche du côté du fétichisme ; une mise en scène soigneusement réglée a pris le pas sur le jeu, comme la jouissance sur le plaisir. Cette fessée-là n’est plus un jeu d’enfant. Encore que… n’est-ce pas toujours un « enfant » que l’on fesse, quel que soit l’âge de celui qui s’y soumet ?

Fesse vient de fissa (fente) ; une fente, un orifice, autant de marques du féminin. L’analyse du fantasme « on bat un enfant » (Freud), fréquemment rencontré chez les hommes comme chez les femmes, se révèle toujours être un fantasme féminin, celui d’une « fille » (quel que soit son sexe anatomique) qui désire être battue/pénétrée* par le père (fouettard).