Fist fucking

La scène se passe généralement dans la backroom* d’un club gay : sur un sling, sorte de chaise spéciale suspendue faite de lanières en cuir et de chaines métalliques, un homme allongé et nu présente son orifice anal à un autre, debout et ganté. Le ton est donné : hard. Notons d’ailleurs que la langue anglaise règne sur le monde des pratiques sexuelles extrêmes. Une langue pragmatique : fist, le poing ; fucking, la baise. Si cette pratique semble être apparue dans le milieu gay des États-Unis dans les années cinquante, Sade pourtant l’évoque en faisant s’écrier à Dolmancé : « Foutredieu, mon extase est complète, vous les enfoncez jusqu’au poignet… » (La Philosophie dans le boudoir). Techniquement, il s’agit de la pénétration de la main et de l’avant-bras dans l’orifice anal. Foucault en parlait comme d’un « yoga anal », mais on ne peut ignorer la part de violence destructrice de cette pratique sexuelle risquée. Elle pousse la maîtrise à son paroxysme : maîtrise sphinctérienne (chez le receveur « fisté ») et maîtrise manuelle (chez le « fisteur »). Si le fisté peut ressentir l’impression qu’on lui fait l’amour de l’intérieur, la main du fisteur ressent dans le ventre des impressions de chaleur et de palpitation. S’agirait-il de réaliser bien étrangement le fantasme de retour au ventre maternel ? Telle une marionnette en attente d’une main, le fisté piège cette main pour mieux la maîtriser et prouver à son propriétaire que son pénis est peu de choses.

Les pornos hard hétéros se sont emparés de cette technique pour faire varier les possibilités puisque le corps de la femme offre deux orifices à la main intrusive. Si l’excès est ici de rigueur, on comprendra pourquoi après le fist simple, apparaît le double-fist proposant l’introduction de deux avant-bras dans l’orifice choisi ou un dans chaque. En ajoutant quelque chose dans la bouche, on s’assurera d’avoir fermé toutes les portes du désir…