Fornication (Péché)

« Fuyez la fornication : quelque péché que l’homme commette, il est hors du corps, mais le fornicateur pèche contre son propre corps, contre le temple du Saint-Esprit » (saint Paul, Épître aux Corinthiens).

Fornication vient de fornix, la voûte, en référence aux chambres voûtées servant de lieu de prostitution dans l’ancienne Rome. Fornix est peut-être de la même famille que furnus, le four : similitude des voûtes, une chaleur à brûler… fornication est un mot d’enfer. La fornication ne s’arrête pas aux relations avec les prostituées – le plaisir charnel est plus condamnable que la vénalité –, elle s’étend à toute relation sexuelle qui n’est pas acte de génération. Contre elle, un seul remède : « Que chaque homme vive avec sa femme, et chaque femme avec son mari » (saint Paul). La fornication, nommée par les Pères de l’Église « la grande avenue de l’idolâtrie », est une chute, de l’homme à la bête, une immolation, celle de l’âme. Celui ou celle qui fait l’amour pour le plaisir devient à son tour l’idole de la volupté et doit brûler afin que soient sauvées les institutions divines.

Le sexe ou Dieu, il faut choisir… jusqu’au jour (aujourd’hui) où le sexe s’est fait Dieu et qu’à l’ancien mot d’ordre (« Multipliez-vous », Genèse I) s’est substitué un nouvel impératif catégorique : « Jouissez ! ». La fornication était infernale, elle est devenue une obligation : assouvir ses fantasmes est la preuve d’une bonne santé. L’enfer parmi nous, la montée des intégrismes religieux ne sont peut-être que les deux faces d’une même médaille. Le nouvel « intégrisme social » n’est pas en reste. Il n’est pas de bon ton, notamment aux États-Unis, qu’un homme et une femme sortant du bureau prennent seuls et ensemble l’ascenseur, le soupçon de « harcèlement sexuel* » guette l’un ou l’autre, en attendant, sinon le Jugement dernier, au moins le tribunal.

De la voûte à l’ascenseur, la fornication est sortie de l’alcôve et se nomme libération (obligation) sexuelle. Si l’enfer a toujours été sur terre – Dieu nous laisse sur terre pour expier nos péchés – la différence est que le fornicateur d’aujourd’hui, cet idolâtre de la volupté, crie : « Vive l’enfer ».