Jouissance (orgasme)

À un admirateur qui lui demandait quel était son secret pour demeurer toujours aussi belle, Lauren Bacall répondit, dans une volute de fumée : « No orgasm ».

Étrange répartie, bien loin de la philosophie dominante des magazines d’aujourd’hui (« L’orgasme c’est bon pour la santé »), mais qui évoque la sagesse millénaire du Kâma Sûtra, son invitation à retarder la « petite mort » et à préserver autant que possible la vie du désir. Décharge n’est pas plaisir, il est des tensions préliminaires* délicieuses.

« Je meurs entre les bras de mon fidèle amant, Et c’est dans cette mort que je trouve la vie », écrivait au XVIIe siècle Hortense de Villedieu, dans un poème intitulé « Jouissance ». L’apaisement du manque, promis par l’orgasme, est de courte durée, à peine conquise, la jouissance – « jouir » signifie aussi posséder – se dérobe. Post coïtum animal triste*.

L’opposition étymologique entre les mots « orgasme » – du grec orgê, accès de colère, longtemps réservé à l’homme –, et « jouissance » – du latin gaudere, accueillir chaleureusement, faire fête, plus évocateur de la féminité –, est à l’image du malentendu entre les deux sexes. Parce que la jouissance féminine est intérieure, plus tardive, plus secrète que la leur, les hommes s’en inquiètent. Est-elle feinte ? « Les soupirs des anges ne sont que de pieux mensonges », chantait Brassens. Ou démesurée ? « Si la jouissance se divise en dix parties, la femme en a neuf et l’homme une seule » : Héra, furieuse d’entendre son secret ainsi révélé à Zeus, frappa le devin Tirésias de cécité. Et que dire du duo clitoris/vagin* ! C’est une des curiosités (des naïvetés) de l’homme Freud : sa conviction que la femme ne pouvait accéder à l’une (vaginale) qu’en renonçant à l’autre (clitoridienne*).