Libération sexuelle

Tout commence par la séparation de la sexualité et de la procréation : la capote, dans les années trente, passe à l’âge industriel. La consigne aux GI’s, pendant la Seconde Guerre mondiale, était : Don’t forget to put it on before you put it in. Le stérilet et la pilule feront plus que compléter l’arsenal, ils associeront la femme à la révolution.

Les années soixante marquent le tournant capital, dévoilant la sexualité, la projetant sur le devant de la scène : on s’embrasse dans la rue, on montre ses jambes, les idées suivent les vêtements. La censure au cinéma comme en littérature se lève. Et Dieu créa la femme… car la libération est d’abord celle des femmes.

Clémentine exulte : c’est l’été, elle va pouvoir mettre des vêtements qui la dénudent, les enlever, montrer son corps, jouir de sa séduction. Seulement, Clémentine est frigide, ce qu’elle montre est ce que « les autres n’auront pas ».

La sexualité peut-elle être libérée ? Masters & Johnson, et leur clinique de l’orgasme, sont le symbole d’un rapport au corps devenu caricatural, le réduisant à une machine à jouir, « oubliant » que le corps sexuel est d’abord un corps psychique ; il suffirait de savoir s’y prendre, ou de demander au sexologue.

Ce qui devait libérer s’est transformé en injonction sociale où triomphent la normativité et le conformisme. En anthropologue pleine d’humour, Margaret Mead remarquait que la morale du XIXe siècle édictait à la femme : « Travaille, économise et renonce à la chair ! ». Le nouvel impératif, plus catégorique que « libéré », lui intime : « Sois heureuse, sois comblée, jouis ! ». Le premier des deux avait au moins le mérite d’être réalisable !

L’abandon du tabou de la virginité*, la liberté de l’orientation sexuelle sont les plus clairs témoignages du bouleversement des mœurs. Mais qui prendrait le risque d’affirmer que les « faiblesses » des hommes et la frigidité* des femmes sont des symptômes en baisse ? L’inconscient est plus réactionnaire que révolutionnaire. Pas si facile de jouir sans entraves !