Nu

À l’époque victorienne, on habillait les animaux domestiques. Où commence la nudité ? Elle naît d’une rencontre : d’un côté un regard (concupiscent), de l’autre une pudeur*. Un père prenant son bain avec sa petite fille de 3 ans se demande : quand devra-t-il arrêter ? Comme au premier jour : « leurs yeux se dessillèrent, ils surent qu’ils étaient nus ». Il n’y a pas de nudité avant la sexualité. Un camp de nudistes, c’est comme un jardin d’Éden sans serpent, personne n’y est nu. Jusqu’à ce que… « Mais papa qu’est-ce que tu fais en zizi dans le couloir ? ». Dans Les Habits neufs de l’empereur, le conte d’Andersen, seule la parole vraie de l’enfant révèle la nudité du monarque. Les adultes l’avaient habillé de leur obéissance.

« Ce n’est point une nudité qu’un visage, quelque aimable qu’il soit, mais une belle main commence à en devenir une » – sauf pour les partisans de la burqa, qui n’ont pas lu Marivaux. D’un côté la burqa, de l’autre Copacabana, où le string* est à ce point réduit qu’on le surnomme fio dental (fil dental) ; la nudité est relative à ce qui la recouvre. Peut-être le tableau le plus nu de toute la peinture est-il le dyptique peint par Goya, Maja vestida et desnuda. Pas de nudité (sexuelle) qui ne soit habillée, fut-ce d’une ultime toison ou d’un geste de pudeur, parce que c’est le paradoxe du nu : plus il se montre, moins il y a à voir. La sexualité est moins affaire de nudité que de mise à nu : « Une femme qui se met nue, c’est comme si elle entrait en scène. » (Paul Valéry)