Pénis, Phallus, bite, zizi

Le pénis « possède une intelligence en propre ; en dépit de la volonté qui désire le stimuler, il s’obstine et agit à sa guise ; se mouvant parfois sans l’autorisation de l’homme ou même à son insu, il ne suit que son impulsion ; souvent l’homme dort et il veille, et il arrive que l’homme est éveillé et il dort ; maintes fois l’homme veut se servir de lui et il refuse, maintes fois il le voudrait et l’homme le lui interdit » (Léonard de Vinci). De l’homme ou du pénis, on ne sait plus très bien qui est l’appendice de l’autre. Quand le Loulou de Pialat (1980), lui qui rêve d’amour, lâche sur un ton dépressif : « ce que les femmes veulent c’est la queue », il ne fait qu’exprimer à sa manière brutale ce que Freud nomme « envie du pénis ».

Du pénis autocrate au phallus, il n’y a qu’un pas. Les fresques de la villa des Mystères à Pompéi en témoignent, Phallus est un dieu et la domus tout entière lui rend un culte. Entre le phallus et le pénis, il existe une différence essentielle : le premier ne connaît que l’érection (éternelle) ; la détumescence, le fiasco*… ces petites avanies de la vie trop humaine sont le lot du second. La taille du phallus ne fait pas question, quant au pénis en revanche, depuis la cour de récré, il manquera toujours un centimètre. Le pénis est une grandeur constante, inégalement répartie, il y aura toujours un père, un frère, un copain, un supérieur… pour en avoir « une plus grande ». Tant d’incertitude pousse l’homme à s’accrocher à ce qu’il a. Il est amusant que l’argot consacré, bite, évoque irrésistiblement la bitte d’amarrage, ce point fixe et rassurant, coulé dans le bronze, immuablement érigé, auquel le bateau s’arrime avant de s’embarquer pour une navigation éventuellement périlleuse.

Avant le pénis, la bite et le phallus, il y a le zizi. Petit oiseau, zozio, zizi… ce sont les mots d’une comptine chantée par la Grande Prêtresse de l’enfance, la « maman ». Jamais gagné d’être « à la hauteur » de ses attentes.