Puberté

La puberté, c’est d’abord des poils*. Des poils qui signent une maturité sexuelle longtemps attendue, mais dont la venue est soudaine, brutale. Le corps se métamorphose dans des proportions parfois vécues comme kafkaïennes. Car si la génitalité s’exhibe glorieusement chez certains adolescents, fiers de leurs nouveaux attributs, elle entraîne chez d’autres la honte, voire la haine d’un corps vécu comme méconnaissable et potentiellement dangereux. La masturbation compulsive, l’anorexie, la boulimie, les scarifications témoignent des efforts désespérés de maîtrise de ce corps nouveau.

La puberté est traumatique parce que les changements du corps rendent possible un inceste* que l’immaturité du corps infantile empêchait. « Je voulais couvrir ma mère de baisers et qu’il n’y eut point de vêtements », confesse Stendhal, mais il ajoute : « J’étais, pour ce qui constitue le physique de l’amour, comme César serait s’il revenait au monde pour l’usage du canon et des petites armes » (Vie de Henry Brulard, 1890). Dépourvue de munitions, la vie sexuelle de l’enfant « n’a guère d’autre latitude que de se répandre en fantasmes » (Freud). La puberté change la donne : l’adolescent est à même de mettre ses projets à exécution. La barrière de l’inceste est en péril : pour éviter qu’elle ne s’effondre, il doit trouver de nouveaux objets d’amour. Et même si « la découverte de l’objet est à vrai dire une redécouverte » (Freud), et que l’empreinte des objets œdipiens continue de hanter une sexualité humaine qu’elle a d’abord fondée, la rencontre amoureuse dote la sexualité d’une nouveauté radicale.

La puberté met en effet au jour une différence sexuelle qui ne peut plus se résumer au seul attribut phallique qu’on a ou qu’on n’a pas. Certes, les filles n’ont pas le pénis, mais elles ont un vagin, promesse d’une sexualité génitale inconnue du monde de l’infantile. Enjeu de la puberté, ce creux féminin et l’annonce des plaisirs qu’il recèle est tout autant attirant qu’effrayant : « Chaque fille qu’il voit s’avère (tenez-vous bien) pourvue entre les jambes d’une chatte véritable. Stupéfiant ! Époustouflant ! Elles ont toutes des chattes ! » (Philip Roth, Portnoy et son complexe, 1969).