Putain, chienne, salope (rabaissement de la femme)

Tomas est un homme pragmatique : ne pouvant aimer et désirer au même endroit, il a scindé sa vie en deux. D’un côté, Tereza, la femme aimée, l’unique élue de son cœur ; de l’autre, une infinité de maîtresses* avec lesquelles il parcourt les chemins de la volupté, mais seulement ceux-là. À l’instar du héros de L’Insoutenable Légèreté de l’être de Kundera (1984), un grand nombre d’hommes voient leur vie amoureuse divisée entre le courant tendre et le courant sensuel : ils aiment d’un amour (trop) respectueux la mère de leurs enfants et ne peuvent éprouver une jouissance véritable qu’auprès de femmes beaucoup moins considérées. Mais pourquoi le rabaissement de la femme devrait-il être une condition de la jouissance masculine ?

Freud ajoute, et c’est encore plus scandaleux, que la femme rabaissée, c’est aussi la mère, cette mère qui, lorsqu’elle quitte le fils le soir, redevient la putain du père. Le rabaissement de la femme permet donc aux hommes de jouer avec l’inceste*, en trouvant des moyens qui à la fois le cachent et l’exhibent. Artifice rhétorique de l’érotisme*, il n’est pourtant pas forcément dénué de tendresse : « Ma douce petite pute Nora, je voudrais pouvoir entendre tes lèvres bredouiller ces mots orduriers divinement excitants » (James Joyce).